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La formation du peuple wawolé: les faits majeurs de son histoire

Les Wawolé (Baoulé) occupent le centre de la Côte d'Ivoire actuelle. Leur territoire a une forme triangulaire dont la hauteur pointe vers le Sud, dans le Bas-Bandama. Il s'agit de la région des confluents du Bandama et du Nzi. La base de leur territoire à forme triangulaire s'étend aux régions de Béoumi, Bodokro, Bouaké et Mbahiakro.

L’espace géographique occupé par les Wawolé va grosso modo des rives du Bandama à l’Ouest aux rives du Nzi à l’Est. Les régions des Ayaou,Yaourè, Suamenle et Elomuen débordent à certains endroits le fleuve Bandama sur le flanc occidental. Des Ahali, Faafoè et Sono ont leurs terroirs qui sont légèrement au-delà du flanc oriental du Nzi, un affluent du Bandama.

Le territoire ou confluent nzi et comoé est en réalité celui du peuple Ano (Anofoè) et Ano Abè et non à proprement parlé celui des Wawolé. Le peuple Wawolé est l’un des peuples de Côte d’Ivoire dont la formation est des plus récentes, car ayant eu lieu pratiquement entre le 18° siècle et le 19è siècle. L’histoire des Wawolé est donc assez récente, et pourtant que de points d’ombres dans les connaissances sur leur passé ! L’on peut entre autres énumérer, les questions chronologiques ayant trait aux périodes de leurs migrations et leurs implantations dans l’espace qui est le leur aujourd’hui.

L’étonnement devant une croissance rapide de ses populations d’autant plus qu’il est d’admis, on ne sait trop comment, que les migrants de souche Akan étaient numériquement peu nombreux. Ne serait-ce qu’en tablant sur les sous-groupes wawolé, ils sont presque tous de souche akan, nonobstant les éléments non akan qui ont été intégrés dans les ensembles familiaux (aoulobo).

Le problème de l’identification des peuples pré-wawolé, celui de l’existence ou non de plusieurs royaumes ou d’un Etat, le problème du peuplement du Wawolé-Sud et celui de la diffusion des hommes dans l’espace wawolé en général. Timothy Claude Weiskel auteur d’une thèse sur les Wawolé posait le problème des connaissances sur l’histoire précoloniale du peuple wawolé, des mécanismes précis de sa formation, de son expansion et de son intégration dans l’espace qui est le sien.

Ces questions demeurent encore sans réponses, nous les aborderons. La formation du peuple wawolé est le résultat d’un processus complexe dont il faut classer de manière adéquate les pièces du puzzle, si l’on veut en avoir une idée claire.

Les moyens dont nous userons pour donner des réponses aux questions non encore élucidées de l’histoire des Wawolé, seront de plusieurs ordres. Pour résoudre certaines questions chronologiques, telles que les périodes de leurs migrations, nous ferons appel aux sources écrites hollandaises. La référence aux traditions orales des peuples akan du Ghana actuel révèle certains pans de l’histoire des Wawolé. Particulièrement celles des Suamara (Suamala) de Dadièso et dans une moindre mesure celles de Bosomoiso (Bosomoaso) dans l’Asahié Wioso et de l’Ahafo.

Il faut rééquilibrer les données de la tradition orale des Walèbo (Walèbo-Agoua) auxquelles Maurice Delafosse a largement fait écho, avec celles des autres sous-groupes wawolé. En effet, certains sous-groupes comme les Aïtou (Lomo Aïtou, Awutou, Awutu), lesNgban, les Elomuen, les Suamenle, les Nzikpli, les Alanguira-Agba ont connu des événements historiques particuliers, dont il faut tenir compte en s’appuyant sur leurs traditions orales propres.

Il faut replacer l’histoire des Wawolé dans celle plus vaste du monde akan dans son ensemble. La gestation du peuple wawolé prend véritablement forme avec le peuplement Assabou (Assabu). Les Assabou sont les Wawolé qui ont migré sous la direction de la reine Abraha Pokou.

Cependant, le pays était déjà riche en occupations humaines dont il convient de présenter les peuples qui en sont les auteurs. Nous avons choisi de ne pas être prolixe sur les peules pré-Assabou qui ne sont pas issus du ‘’continuum » culturel Akan, parce que la naissance du peuple wawolé a été avant tout l’œuvre de migrants akan.

Des groupes sénoufo divers peuplaient le futur espace wawolé, particulièrement les Babaala communément appelés Tagbana dont l’aire d’occupation était assez vaste, s’étendant vers le Sud de la région de Bouaké jusqu’à la hauteur de Tiébissou depuis des zones plus au Nord comme l’actuel Worodougou, Kong et Katiola. Ils ont des descendants qui ont été phagocytés dans les unités familiales des Wawolé Goli, Satrikan, Faafoè, Bro et Ahali. Les Kouéni (Gouro) seront repoussés par les Wawolé sur les rives occidentales du Bandama.

Ceux faits prisonniers de guerre, seront intégrés aux ensembles familiaux des Wawolé. Les Wan, un peuple mandé-sud sera traité de la même manière par les Wawolé. Les traditions orales des Wawolé, foisonnent de récits sur les guerres livrées aux Gouro pour s’emparer de leurs terres et capturer des hommes.

Aucun de ces peuples étrangers au monde culturel akan et dont des éléments ont été assimilés à l’intérieur d’unités familiales wawolé, n’ont donné de sous-groupes wawolé. Par contre les groupes pré-wawolé de culture akan sont devenus des sous-groupes wawolé à part entière.

La migration Akpafu-Ga-Krobo-Adele Avatime a laissé des peuples dans le futur wawolé. Il s’agit des Akpati (Akpatoufoè, Akpatifoè), Asrin ou Battrafoè (Mgbatrafoè, Battra, Mgbatra), Wamala (Mamala), Ngen, Krobo (Krowou, Akrowoufoè), Gbomi, Goli. Les populations issues de cette migration sont originaires de la basse-vallée des plaines de la Volta, de la région d’Accra et des hauts plateaux du pays Krobo. Leur migration a été provoquée par l’expansion de l’Akwamu entre 1660 et 1689.

L’identification de l’origine de ces groupes a jusqu’ici posée problème. Ils évoquent une autochtonie par rapport aux Wawolé venus par la suite, et disent souvent que leurs ancêtres sont descendus du ciel à l’aide d’une chaîne. Il suffisait de se référer aux traditions orales des Krobo d’Ores Krobo (région d’Agboville) pour déterminer l’origine exacte de ces autochtones du Wawolé.

L’on retrouve les Ngen dans la région de Mbahiakro mais aussi comme nous l’avons vu, dans l’Ano et dans l’Ano Abè. L’étude régionale de Bouaké a pourtant indiqué l’origine Krobo des Krobo et des Akrowoufoè, de même que l’origine Ga des Ngen1. Elle a noté aussi que les Akpo ou Akpatifoè évoquent aussi une origine céleste. L. G. Binger s’est trompé sur l’origine des Ngen ou Ganne comme il les appelle. Il leur a attribué une origine mandé, alors qu’ils sont des Ga originaires de la région d’Accra.

L’on trouve des Wamala sur l’axe routier Toumodi-Dimbokro. L’un de leur ancien établissement est Wamalakpri (Mamalakpri). Les Gbomi vivent à Gbomizambo, et à Gbomi Kondé Yaokro. Les Akrowoufoè ou Akrowou ont créé les villages de Ndènou, Ndèbo et Konankouassikro regroupés par former le village de Lolobo. Les Battrafoè ou Asrin sont des Akpati ou Akpatifoè. Remarquons les liens entre Battra, Kpata et Kpati.

A travers le nom du clan Kpataboèbo des Batra de Tiassalé l’on retrouve justement la racine kpata ou kpati. Ce peuple a essaimé en pays Nlandian (Alladian) et Avikam (Brignan) et y a donné le groupe Kpanda. Dans le Dida il y est appelé Panda (Penda). Les Batra vivent à Tiassalé, Asenze, Eloso, Boussoue, Gbudie. La tradition orale qui fait descendre ce peuple du ciel comme le dit aussi celle d’Ores Krobo, n’a qu’une contradiction apparente avec la référence à une origine orientale. En effet les Krobo, Akpati, Ngen sont originaires comme nous l’avons dit de la bass-vallée de la Volta, de la région d’Accra et des plateaux du Krobo. Ils se regrouperont à Ores Krobo avant d’essaimer. C’est l’essaimage à partir d’Ores Krobo qui fait parler de l’origine orientale.

Les Ga donneront les Ngen du Wawolé et de l’Ano, les Ega du pays Dida et les Ngadje (Ngadze, Nkadze) du pays Akyé. Le peuplement que nous avons appelé Akpafu-Ga-Krobo-Adele avatime a donc touché plusieurs ensembles ethniques qui sont l’Ano, l’Ano Abè, le Wawolé, l’Akyé, l’Avikam, l’Allandian et le Dida, (les Ega dans le pays dida ont conservé leur langue). Le clan nzomon d’Ores Krobo parle de l’origine céleste de ses ancêtres descendus à l’aide d’une chaîne. Adjé Menimbou qui les dirigeait, était détenteur d’un siège et avait été précédé sur le site d’Ores Krobo par les Kpaman. Les membres du clan Dabou venus du pays Krobo sous la direction de l’ancêtre Dibo Ayewra ont donné à la région le nom de leur terre d’origine.

Adjé Menimbou exercera dans la région une tyrannie telle que les populations se disperseront. Les Kpaman s’en allèrent à Boussoukro (Boussoue). Les Ga se réfugièrent dans le pays dida d’où ils tentèrent en vain de revenir à Ores Krobo. Les Kpaman s’implantèrent à partir d’Ores Krobo dans le Bas-Bandama où ils donnèrent naissance aux Battra ou Asrin de l’Elomouen, et aux Akpatifoè (Akpati) du Suamenle. D’autres donneront les Wamala de Wamalakpri, les Akpo ou Akpatoufoè.

Les Ga donneront les Ngen de la région de Mbahiakro et les Krobo, les Akrowoufoè et les Goli. Le fait que des Akpatifoè et des Akrowoufoè se soient retrouvés ensembles dans le Bas-Bandaman, est révélateur de l’histoire commune qu’ils ont vécu à Ores Krobo.

Les Goli s’installeront à Goliblenou dans le Wawolé septentrional. Goli est une déformation de Kloli nom par lequel se désignent les Krobo du Ghana actuel. Ces derniers situent leur origine à Tugulogo près des collines de Lolovo. La migration Akpati, Ga, Krobo s’est produite suite à l’expansion du puissant Etat Akwamu qui commence dès 1660 par la prise d’Ayawaso (Grand Accra, capitale des Ga) et l’annexion d’Accra (Petit Accra sur le littoral)3. Des Guan du sous-groupe Kpesi qui vivaient dans les plaines d’Accra seront touchés par ces guerres. Remarquons au passage le lien étymologique entre Kpesi et Kpati. A partir de 1677, les Akwamu étendent leur domination à toute la vallée de la basse volta, aux plaines de l’Afram et aux escarpements de l’Akwapem.

Ces événements majeurs de l’histoire du Sud-Est de la Côte de l’Or ont provoqué la migration de populations Ga, Krobo, Adele- Avatime, Akpafu vers la Côte d’Ivoire. Elles créeront leur premier foyer de peuplement à Ores Krobo puis essaimeront dans les régions environnantes. Ces migrants Ga, Krobo, Akpafu donneront successivement en Côte d’Ivoire les groupes Ngen, Ega, Ngadje, Akrowu, Krobo, Goli, Akpati (Akpo, Akpatifoè, Battra, Wamala). Les Akpafu sont des Guan du pays Buem. Ils habitent le district actuel de Kawu dans la vallée de la Volta.

Les Akpafu sont aussi appelés Mawu et l’individu membre de leur ethnie est appelé Owu. Les Adele-Avatime qui sont également des Guan portent le nom Kèdané6. Ceux d’entre eux qui peupleront l’Ega en Côte d’Ivoire, sont justement appelés Edele.

Les Ega des villages de Dumbaro, Guawan, Dairo, Guiguedugu, Didizo se réclament du pays Ga. Les Edele de Labodugu se réclament du Mono, région disent-ils entre les actuels Togo et Dahomey.

Il s’agit donc des Adele-Avatime populations Guan qui vivent dans la vallée de la Volta et du Moyen Dahomey. Les Ga et Krobo ne sont pas originellement de culture akan mais ils en ont subi l’influence du fait de la proximité des Akwamu, Akyem, Kwahu et Guan. Ceux qui arrivent à Ores Krobo sont donc très « Akanisés » malgré que leurs lointains ascendants relevaient de la culture Ga-Adangbe (Adangme).

Nous pensons que les peuples de cette migration étaient présents à Ores Krobo dès 1680. La tradition orale des Gbomi de Kondeyaokro indique que leur chef et ancêtre Gbomi Kofi était à Kokosènou quand il a été informé par Gbomi Koua (Kwa) de l’arrivée de la reine Abraha Pokou. Les Gbomi étaient alors descendus du ciel à Mèlèkesse depuis de nombreuses années. Ils ont précédé les Assabou, mais suite à l’alliance entre Abraha Pokou et Gbomi Kofi, des guides Gbomi accompagneront les Assabou jusqu’à Ndranoan (Ndranouan). La reine Abraha Pokou offrira un grand tambour à Gbomi Kofi. Comme on le voit la tradition orale des Gbomi à propos de leur origine est aussi celle des Battrafoè, Akrowoufoè, Akpatifoè, des Ngen et même des Nkwanta dans le Brong.

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