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7 août 1960: Indépendance de la Côte d’Ivoire

Le 7 août 1960, la Côte d'Ivoire devient une république indépendante après avoir été colonie française pendant les 67 premières années de son existence. Son premier président est un médecin de 55 ans devenu planteur de cacao et militant syndical, Félix Houphouët-Boigny.

Le «Vieux».

Né dans le village de Yamoussoukro (aujourd’hui capitale administrative du pays), en pays baoulé, il est baptisé à l’âge de dix ans. Devenu adulte, il exerce la médecine avant d’hériter en 1940 des grandes plantations de cacao de son oncle maternel ainsi que de la chefferie des Akoué, autour de Yamoussoukro. Il devient dès lors un notable respecté, surnommé affectueusement le «Vieux».
Comme les planteurs africains de cacao et de café souffrent de discriminations vis-à-vis de leurs homologues européens, il fonde le Syndicat Agricole Africain et mène la lutte pour l’obtention des mêmes droits.
Après la Seconde Guerre mondiale, il est élu député à l’Assemblée constituante, à Paris, et devient plusieurs fois ministre dans les gouvernements de la IVe République. Il fait passer le 11 avril 1946 une loi qui porte son nom pour l’abolition du travail forcé dans les colonies.

En octobre de la même année, il participe à Bamako, au Soudan français (l’actuel Mali), à la création du Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Ce nouveau parti politique réunit des militants des huit territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF), dont la Côte d’Ivoire. Il en est élu président par acclamations.
Quand le général de Gaulle installe la Ve République, la Côte d’Ivoire, à l’instigation de Félix Houphouët-Boigny, le soutient sans réserve.
Le référendum du 28 septembre 1958 jette les bases d’une Communauté au sein de laquelle la Côte d’Ivoire devient une République autonome…
Mais, peu désireux de partager avec les autres territoires d’AOF les richesses (relatives) de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny ne veut pas dissoudre celle-ci dans une fédération africaine comme le souhaiterait son homologue Léopold Sédar Senghor..
En juin 1960, le «Vieux» rompt les liens avec la Communauté française tout en préservant d’étroites relations avec Paris. C’est enfin l’indépendance.

Sagesse et modération

Le nouveau président fait d’emblée le choix d’une coopération sans réserve avec l’ancienne puissance coloniale.
Il prend le contrepied de ses homologues africains, tous imprégnés d’idéologie marxiste et prompts à dénoncer le «néo-colonialisme» des Occidentaux.
C’est ainsi qu’il se contente d’une armée d’opérette, faisant confiance à la France pour assurer sa sécurité extérieure.
Houphouët-Boigny prône l’économie de marché. Il ne considère pas d’autre part que son peuple soit prêt pour une démocratie à l’occidentale. Il instaure un parti unique, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dans lequel il a soin d’intégrer des représentants de toutes les ethnies ou tribus du pays (soixante au total).
Au sein du gouvernement et dans l’administration, le président fait preuve de la même pondération. Chaque ethnie a sa part du pouvoir et… de l’aide occidentale.
Aux bonnes âmes qui s’affligent de ce que les Européens aient créé en Afrique des états artificiels, Félix Houphouët-Boigny répond en octobre 1985 lors d’un congrès de son parti : «Non ! les Européens n’ont pas balkanisé les peuples d’Afrique ! Ils les ont au contraire rassemblés» (*).

De cette façon, la Côte d’Ivoire se développe paisiblement pendant près de trois décennies, ignorant presque totalement les turbulences idéologiques qui secouent le continent noir et l’entraînent de culbute en culbute.

Premiers nuages

Grâce au café et surtout au cacao, dont le pays est devenu le premier producteur mondial, le produit national brut par tête triple de l’indépendance à 1972, dépassant celui de tous les autres pays d’Afrique noire à l’exception de l’Afrique du sud.
Les commentateurs qualifiés prédisent que la Côte d’Ivoire sera le premier pays d’Afrique noire à entrer dans le club des pays développés. Ils oublient un peu vite que son administration n’est guère plus efficace ni honnête que dans le reste du continent. Son développement dépend d’autre part de deux cultures d’exportation, cacao et café, sensibles aux fluctuations des cours mondiaux.
Surtout, ce développement repose sur la présence d’une importante communauté de Français ainsi que de Libanais et autres Occidentaux (au total jusqu’à 150.000 Blancs), mais aussi sur de très nombreux immigrants en provenance des pays voisins, en particulier de la Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina Faso).
Ces derniers, exploités dans des conditions pénibles sur les plantations, en sont arrivés à représenter un quart à un tiers de la population du pays (au total vingt millions d’habitants au début du XXIe siècle).

En 1980, lorsque chutent les cours mondiaux du cacao, les planteurs ivoiriens se tournent avec confiance vers la Caisse de stabilisation.
Cet organisme public achète la production de cacao et la revend à l’étranger. Avec les gains énormes qu’il a réalisés pendant les années de prospérité, il devrait être en mesure de continuer à acheter le cacao aux paysans au même prix quitte à le revendre à perte à l’exportation.
Mais l’on s’aperçoit avec consternation que la trésorerie de la Caisse de stabilisation a été pillée par les dirigeants du pays… C’est que la Côte d’Ivoire n’échappe pas plus que les autres pays d’Afrique au fléau de la corruption, l’un des pires qui soient.
Les paysans en sont réduits à subir la chute des cours de plein fouet et sans filet amortisseur. Le rêve est fini.

Le modèle se grippe

Le 20 juin 1990, à La Baule, station balnéaire de la côte bretonne, le président François Mitterrand réunit les chefs d’état africains et les invite à développer la démocratie dans leur pays à l’image des Européens de l’Est qui viennent de s’affranchir de la tutelle communiste.

Il subordonne l’aide française à l’introduction du multipartisme, déclarant à ses hôtes : «La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté».
Félix Houphouët-Boigny déplore que son vieil ami François Mitterrand ait pu croire que la démocratie parlementaire à l’européenne puisse s’exporter en Afrique où les règles de droit sont encore balbutiantes et où les enjeux politiques se résument au partage de la manne occidentale (aide publique, dons privés et redevances des compagnies forestières, minières et pétrolières).
Mais qu’à cela ne tienne, puisqu’il le faut, on introduira le multipartisme. C’est ainsi que, de la Côte d’Ivoire au… Rwanda, se réveillent les antagonismes ethniques, chaque parti recrutant ses militants dans une communauté qui lui est propre. C’est l’antithèse du mode de gouvernement consensuel instauré par Houphouët-Boigny.
Le «Vieux» meurt le 7 décembre 1993 et, selon la Constitution, Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale, lui succède à la présidence.
Quelques mois plus tard, le gouvernement français d’édouard Balladur décide courageusement de dévaluer de moitié le franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique).

Cet héritage de la colonisation garantit aux états issus des anciennes colonies africaines une monnaie accrochée au franc français (aujourd’hui l’euro). Son cours est maintenu par la Banque de France quoi qu’il en coûte à cette dernière.

Le franc CFA permet à la France de maintenir ses anciennes colonies dans une relation de dépendance. Il facilite aussi les détournements de fonds et les transferts vers les coffres suisses ou luxembourgeois. Mais il pénalise les exportations des pays africains et leur commerce intérieur (les céréales locales peuvent par exemple se révéler plus chères que celles d’importation).
Conformément aux prévisions, la dévaluation du franc CFA se traduit en Côte d’Ivoire par une forte reprise de la production et des exportations.
On peut croire que la Côte d’Ivoire va repartir sur des bases saines. C’est compter sans la maladresse de la classe politique…
Aux élections présidentielles de 1994, le président sortant Henri Konan Bédié est élu après avoir empêché son principal rival, Alassane Ouattara, de se présenter au motif qu’il aurait des origines burkinabé (du Burkina Faso) et ne serait donc pas un vrai Ivoirien.
Le président invente à cette occasion le concept xénophobe d’«ivoirité» et réveille imprudemment dans tout le pays les tensions tribales et les pulsions racistes. De premières émeutes ont lieu et des ouvriers immigrés sont tués ou chassés. C’est le début d’un engrenage mortel…

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