Côte d’Ivoire: le boom du paiement mobile (REPORTAGE)
Envoyer ou recevoir de l’argent par téléphone portable fait désormais partie de la vie quotidienne en Côte d’Ivoire, où le paiement mobile (mobile money) s’impose comme l’un des moyens de transaction financière les plus utilisés par la population au détriment des banques traditionnelles locales.
« Je sors d’une agence mobile money d’où je viens d’envoyer de l’argent au village », indique ainsi Abou Traoré, un commerçant.
Abou Traoré avoue effectuer ce geste quasiment tous les jours. Comme lui, ce sont des millions d’Abidjanais qui ont recours au paiement mobile.
Peu connu il y a quelques années, le paiement mobile connaît un boom spectaculaire. Dans la capitale économique ivoirienne, des communes populaires d’Abobo, de Yopougon, d’Adjamé, de Koumassi ou de Port-Bouët aux quartiers huppés comme Cocody ou au centre des affaires de la ville, Le Plateau, des agences de dépôt et de transfert d’argent par téléphone fleurissent partout, à chaque coin de rue, pour le plus grand bonheur des clients, dont le nombre ne cesse de croître chaque jour.
L’Autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire (ARTCI, publique) indique qu’en juin 2015, 7,2 millions des 24 millions d’abonnés au réseau de téléphonie mobile avaient des comptes de paiement mobile.
En outre, les détenteurs de compte de paiement mobile (24%) ont dépassé les détenteurs de comptes bancaires (15%) en 2014, selon un rapport de la Banque mondiale.
Au cours du premier semestre 2015, les recettes sur les retraits, les transferts et les paiements de factures ont atteint 17 milliards FCFA, soit environ 28 millions de dollars, révèle encore la Banque mondiale.
Le gouvernement ivoirien situe quant à lui le volume des transactions mobiles entre 8 et 17 milliards FCFA (16 et 28 millions USD) par jour.
UN SERVICE PLUS RAPIDE ET PLUS FACILE A UTILISER
Les services financiers des sociétés de téléphonie mobile qui permettent d’envoyer et de recevoir rapidement et en tous lieux de l’argent sont très appréciés.
« Je dispose d’un compte de mobile money, il me permet d’effectuer des transferts d’argents à mes proches sans que cela nécessite des déplacements aux coûts souvent exorbitants ou encore de recourir à des banques institutionnelles », confie ainsi Josiane Yao, habitante de la commune de Cocody.
Même son de cloche du côté du journaliste Marcel D., qui souligne la proximité des agences de paiement mobile avec la population, mais aussi et surtout « la rapidité, la fiabilité avec laquelle l’opération est réalisée ».
« A la banque, il y a trop de contraintes, on nous impose des démarches administratives à accomplir, sans compter des files d’attentes aux guichets, et souvent il faut aller de banques en banques pour avoir un guichet automatique qui marche », déplore-t-il.
Avec le paiement mobile, « nous n’avons pas besoin de perdre de temps, dans tous les recoins on trouve un kiosque de dépôt et de transfert d’argent », souligne Yvonne A.
Désiré R., un opérateur économique habitué du paiement mobile, insiste également sur le gain de temps. « C’est pratique, nous gagnons en temps avec le mobile money, contrairement aux banques institutionnelles », a-t-il estimé.
Il ajoute même que son compte mobile money est quasiment devenu son compte bancaire. « La plupart de mes encaissements passe par là », avoue-t-il.
Trois sociétés se disputent le marché de la téléphonie mobile en Côte d’Ivoire, et certains habitués du paiement mobile ont même trois comptes.
« J’ai un compte mobile money de chacune des maisons, cela traduit de mon affection pour cette nouvelle banque », explique en souriant Fatou Ouattara, une commerçante du grand marché d’Adjamé.
Des banques locales ont même conclu des contrats avec des maisons de téléphonie mobile pour permettre à leurs clients de recevoir leur salaire ou d’effectuer des opérations sur leurs comptes bancaires. « C’est comme si c’était dans une banque normale », estime Marcel D.
Seule ombre au tableau, la peur des « brouteurs », les cybercriminels et autres escrocs d’Internet.
« J’ai peur des comptes mobile money à cause du phénomène des brouteurs » qui sévit en Côte d’Ivoire, indique ainsi Barthélémy T.
Mais le paiement mobile a encore de beaux jours devant lui et les banques traditionnelles locales ont fort à faire pour inverser la tendance.
A en croire la Banque mondiale, « seul un épargnant sur huit choisit de placer ses économies dans une banque ou un établissement financier » en Côte d’Ivoire.
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