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Dans l'univers des « fanico » Jack Louamy [ 4/11/2006 ]
Fanico dans la forêt du banco
En Côte d'Ivoire, il existe un type particulier de blanchisseurs : les « fanico ». Qui sont ils ? D'où viennent ils ? Comment exercent ils leur métier ? Entrons dans l'univers des « fanico » de la forêt du Banco.
Pour se faire de l'argent en Côte d'Ivoire, il suffit d'un peu d'imagination et le tour est joué. Des hommes et des femmes, appelés communément « fanico », ont compris cela. Pour une pièce de 50F cfa par vêtement, ils lavent vos habits. Très tôt le matin, cette nouvelle race de blanchisseurs sillonne à pied, les différents quartiers d'Abidjan à la recherche de vêtements à lessiver. C'est généralement à Abobo, Adjamé, Yopougon, Attécoubé et Treichville qu'ils ont le plus de clients. Après la collecte du linge, ils se rendent dans leur « labo » qui est la rivière de la forêt du Banco. Dans cette piscine naturelle comprenant d'énormes rochers, les « Fanico » font la lessive. Avec un morceau de savon « Kabakrou » et un peu de poudre à laver, ils réalisent un travail qui peut leur rapporter en fin de journée entre 3000 et 5000F cfa.
Après la lessive, les « Fanico » étalent le linge à même le sol, sur le gazon qui jonche la rivière du Banco. Chacun d'eux reconnaît parfaitement les vêtements de ses clients. Ils restent là à veiller sur ce linge jusqu'à ce qu'il sèche. Vers 17h, les « Fanico » font le ramassage des habits et passent à la livraison. Ils se rendent à nouveau dans les quartiers, aux domiciles de leurs clients pour la livraison de leurs habits. Notons que c'est seulement à la livraison que les « Fanico » perçoivent leur argent.
Interrogé sur le métier de « Fanico » qu'il exerce, Bachirou nous révèle ceci : « Je suis arrivé en Côte d'Ivoire en 1997. Et depuis, je ne vis que de ce métier. J'ai commencé un matin avec un morceau de savon. Aujourd'hui, je m'en sort beaucoup mieux, car c'est avec ce travail que je nourri ma famille. Ma femme et mon fils de 18ans m'aident également dans cette tâche. » Comme ce quadragénaire d'origine Nigérienne, la plupart des « Fanico » sont des ressortissants de la sous région Ouest. Les Maliens, Burkinabés, Guinéens
sont ceux qui s'adonnent le plus à cette activité qui prend de l'ampleur.
A la question de savoir s'il ne rencontrait pas d'obstacles particuliers dans l'exercice de ces fonction, Bachirou nous confie : « Il y a des fois où nous subissons les caprices des corps habillés qui nous traitent de rebelles. Ils nous embarquent dans leurs véhicules, et nous exigent de payer 2000 ou même 5000F avant d'être libéré. Cette situation n'est pas faite pour nous arranger et nous ne savons à qui nous plaindre. »
De l'avis de certains clients, les « Fanico » lavent mieux et prennent soin du linge qu'ils leurs confie. « Je donne toujours mes habits, mon matelas, et même mon tapis aux « Fanico ». Je leur fais confiance et en plus, ils nettoient mieux le linge par rapport aux blanchisseurs ordinaires » affirme Adama, fidèle client des « Fanico » vivant à Yopougon. Mais cet avis n'est pas partagé par d'autres personnes. Pour Pascal, gérant de pressing à Port Bouët « Les Fanico ne tardent pas à endommager ou même à égarer les habits de leurs clients. Il n'y a qu'à voir comment ils lavent le linge pour savoir qu'il y a des risques à leur confier des vêtements. Ils frappent plusieurs fois le linge contre les rochers, en plus le savon qu'il utilise endommage les habits ».
Il est vrai qu'on ne peut jamais faire l'unanimité côté prestations de services. Mais il faut tout de même que les « Fanico » revoient leur façon de traiter le linge et surtout, qu'ils s'organisent pour rendre non seulement leur secteur crédible, mais pour aussi pour être à l'abri des exaction de certaines forces de l'ordre qui déshonore leur uniforme en faisant du chantage.
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