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Changements climatiques : l'Afrique dans un marché de dupes, selon un chercheur camerounais
Xinhua | 12/12/2009

Actualité

Deuxième poumon de l'humanité après l'Amazonie en raison de sa forêt équatoriale, l'Afrique représente un grand centre d'intérêt dans les discussions sur les changements climatiques, tout en étant à la fois opposée par un marché de dupes aux puissances industrielles, a analysé en marge de la conférence de Copenhague un chercheur camerounais qui milite pour les compensations financières, remises en cause par un autre expert.

Terre d'accueil du deuxième grand massif forestier du monde, le Bassin du Congo qui couvre une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés en Afrique centrale, le continent noir passe pour le plus affecté par les effets des changements climatiques, de l'avis des spécialistes qui lui reconnaissent pourtant une très faible production des émissions de gaz à effet de serre (3,88% de la production mondiale), principal responsable de ce phénomène.

« Les grands pollueurs sont les pays qui se présentent aujourd'hui comme des grandes puissances du monde. Ils redoutent de voir d'autres puissances émerger en polluant aussi. Mais ils savent bien qu'il s'agit là d'un marché de dupes », a commenté à Xinhua à la veille du sommet de Copenhague, le Pr. Athanase Bopda, chercheur à l'Institut national de cartographie (INC) du Cameroun.

Pour lui, la notion de pollution, un des fléaux auxquels l'Afrique est exposée, tenant un rôle de dépotoir pour les puissances industrielles, a une dimension politique. « Quand on dit que l'Afrique pollue peu ou qu'elle est plus concernée, c'est peut-être parce que derrière cela se cache l'idée que l'exploitation de la nature permet aux différents pays de changer la qualité de la vie, d'épanouir leurs sociétés ».

Et de remarquer que «les Européens, quand ils abattaient par exemple leurs arbres pendant des siècles, depuis le Moyen-âge, ne se posaient pas la question de savoir si ça aura une répercussion en Afrique. L'Afrique est considérée aujourd'hui comme un des poumons de l'humanité en raison de sa forêt équatoriale. Mais cette forêt équatoriale est également la ressource sur laquelle vivent des communautés africaines ».

L'homme de sciences milite pour les compensations financières réclamées par l'Union africaine (UA), qui a adopté en vue des assises de la capitale du Danemark une position commune dans laquelle elle a estimé ces compensations à environ 65 milliards de dollars US par an pour la limitation et l'adaptation aux changements climatiques sur le continent.

L'Afrique insiste aussi sur un transfert de technologies et exige par ailleurs des pays industrialisés une réduction au cours des onze prochaines années de 40% de leurs émissions de gaz à effet de serre.

« Les changements climatiques ne doivent pas masquer le changement social de l'échelle de la négociation géopolitique dans le monde. Tout simplement parce que c'est une question d'équité, de respect des uns et des autres. L'Afrique subit les torts que les autres ont faits à la nature, sans discrimination », prône le Pr. Bopda.

Responsable d'une organisation non gouvernementale (ONG) de défense de l'environnement, Cameroon Environmental Watch ( Observatoire camerounais de l'environnement), le Pr. Roger Ngoufo, géographe enseignant à l'Université de Yaoundé I, a pour sa part mis du bémol en qualifiant de moins importante cette question des compensations financières.

Il a plutôt plaidé pour la nécessité pour les pays africains de mettre en place des mécanismes scientifiques appropriés pour la gestion des changements climatiques. « Au Cameroun, il y a une vingtaine de stations climatiques conventionnelles qui fonctionnent normalement. C'est insuffisant pour collecter avec plus d'efficacité les données sur l'évolution du climat », a-t-il relevé.

En septembre 2007, à la tribune des Nations Unies à New York lors d'un sommet sur les changements climatiques en marge des travaux de l'Assemblée générale de l'organisation mondiale, le président camerounais Paul Biya avait annoncé la création d'un Observatoire national des changements climatiques.

Depuis lors, aucune action concrète n'a été menée. Ce que regrette le Pr. Ngoufo qui évoque des blocages dans la mise en place de cette structure scientifique qui devrait permettre au Cameroun de se hisser au diapason de la science sur les phénomènes climatiques, certains responsables politiques du pays se disputant le marronnier.

Or, soutient-il, avec peu d'argent, beaucoup de choses peuvent se faire. Il accorde la primauté à l'intelligence humaine capable de faire soulever des montagnes.

 

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