
Tenue scolaire: "Bleu et blanc" et "kaki" reprennent leur place dans les écoles
« L'école est gratuite », annonçait le gouvernement ivoirien à la rentrée scolaire 2002-2003, par la voix du ministre de l'Education d'alors, M. Michel Amani N'guessan. Dans le prolongement de cet engagement, il décidait de la libéralisation du port de l'uniforme dans les établissements primaires, les lycées et collèges publics sur toute l'étendue du territoire national.
Six à sept ans après, les résistances constatées alors s'expriment très ouvertement: la majorité des établissements secondaires de la capitale Abidjan semblent revenir à l'ancien système « par la force des choses », mais aussi par la volonté manifeste des comités de parents d'élèves et des élèves eux-mêmes.
Lycée municipal de Port-Bouët. Les élèves y entrent et sortent sous l'œil vigilant de leurs éducateurs, qui n'hésitent pas à les tancer sur les écarts concernant leurs tenues vestimentaires. Mais entendons-nous bien, il s'agit de l'uniforme scolaire. En effet, ne sont admis dans l'établissement que les élèves vêtus d'une jupe bleue et d'un corsage blanc pour les filles, et d'un pantalon et d'une chemise tous deux de couleur kaki pour les garçons. Bien qu'il s'agisse d'un établissement public, l'uniforme scolaire est de mise.
Cependant, la consigne du ministère de l'Education n'en est pas moins balayée du revers de la main, puisque la tenue civile au lycée municipal de Port-Bouët « n'est pas complètement bannie », selon M. Thomas Boussou, censeur au dit lycée. Avant d'indiquer qu'elle le sera « progressivement jusqu'à la prochaine rentrée scolaire » où la tenue civile ne sera plus qu'un souvenir. Cette décision de supprimer la tenue civile a été prise par le comité des parents d'élèves eux-mêmes, soutenus par l'administration de l'école, eu égard à la situation d'insécurité qui prévaut aux abords de l'établissement. « Voyez, la clôture du lycée n'est pas complètement terminée. Cela nous expose à l'intrusion d'éléments incontrôlés. S'il n'existe pas de différence, comment saurons-nous qui est élève ou qui ne l'est pas ? », s'interroge M. Boussou.
Si la tenue civile est encore faiblement tolérée à Port-Bouët, il n'en est pas de même au Collège moderne de l'Autoroute dans la commune de Treichville, où les élèves non vêtus de l'uniforme scolaire sont purement et simplement éconduits. Ici également, c'est une initiative des parents d'élèves que d'imposer l'uniforme à leurs enfants. Sur la question, Mme Angèle Coffie, le censeur est catégorique. A l'instar de son confrère de Port-Bouët, elle martèle: « le collège jouxte des quartiers précaires, donc peu fréquentables, auxquels s'ajoutent le marché de Belleville. Nous ne pouvons prendre le risque de transformer notre école en un fourre-tout à la merci du tout-va. Sans compter que de l'autre côté, se trouve le grand boulevard Valery Giscard d'Estaing. Un accident est si vite arrivé !».
Même son de cloche (ou presque) au lycée Sainte Marie de Cocody, où les parents, les moins nantis en tête, se sont dressés « à l'unanimité » contre le port de la tenue civile, dès les premières heures de la mise en application de la consigne. Ils ont décidé en comité, que leurs filles resteraient en uniforme, non seulement pour des raisons évidentes de sécurité, mais aussi et surtout pour éviter les frustrations qui naissent de la différence de conditions sociales. Et la carte d'identité scolaire dans tout cela ? Elle est également un bon moyen d'identifier les élèves mais les statistiques enregistrent, aux dires de Mme Coffie du Collège moderne de l'Autoroute, des taux de perte élevés en cours d'année. Aussi, la carte d'identité scolaire est-elle jugée moins pertinente que la tenue, en terme de moyen sécurité. [Filles ou garçons, les élèves eux-mêmes, ne semblent pas désapprouver la décision prise par leurs parents. ]
Filles ou garçons, les élèves eux-mêmes, ne semblent pas désapprouver la décision prise par leurs parents. Alimata Coulibaly (Collège moderne de l'Autoroute, 3ème) trouve, en effet, « joli » l'uniforme porté par tous, quand son amie Toualy Victoire pense que cela « fait discipliné ». Leurs amis qui assistent à l'entretien sont quasi unanimes : « nos parents ne peuvent pas acheter de nouveaux vêtements chaque trois ou quatre mois. Du coup, l'uniforme est plus pratique », expliquent-ils. A ce sujet d'ailleurs, le censeur du Lycée municipal de Port-Bouët fait savoir qu'une enquête menée auprès des élèves par l'administration de l'établissement sur le taux moyen de possession de l'uniforme, a révélé que chaque élève possédait au moins un uniforme scolaire. Aussi, considère-t-il comme un simple refus d'obéir, le fait que certains élèves continuent de se rendre à l'école en tenue civile.
Les parents d'élèves sont, en tout cas, soutenus dans leurs initiatives par les administrations des différents lycées et collèges. Un excellent « bouclier » pour les chefs d'établissements qui ne peuvent qu'exécuter les ordres venus d'en haut. « (…) En tant que personnel administratif, je n'ai pas mon mot à dire, j'exécute simplement » les décisions de la hiérarchie, confie Mme Eléonore N'cho, directrice du lycée Sainte Marie. Avant d'ajouter que s'il devait y avoir un changement, ce dernier devrait venir des parents, car « trop souvent, les parents sont restés muets, alors que c'est eux qui fournissent la matière (les élèves) à éduquer ».
Ghislaine ATTA