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DOSSIER

Les Africains se sentent assiégés à Moscou
BBC Afrique | 9/9/2009

Actualité

Près de 60% des habitants noirs vivant dans la capitale russe ont déjà été victimes d'agressions ou d'insultes racistes. C'est ce que révèle une étude sociologique sur le sujet.

De plus en plus d'Africains étudient ou travaillent à Moscou. Et la plupart y vivent avec la peur constante d'être attaqués.

C'est ce que démontre une étude réalisée par l'Aumônerie Protestante de Moscou, une organisation anglophone chrétienne interconfessionnelle, qui prend en charge les membres des communautés étrangères de Moscou depuis 1962.

Un quart des 200 personnes interrogées ont déclaré avoir été agressées plus d'une fois, tandis que 80% d'entre elles ont déjà été agressées verbalement.

Les conclusions de l'étude montrent que les Africains vivant en Russie ressentent une peur permanente d'être attaqués ou agressés.

Ils évitent de prendre le métro, fréquentent peu les endroits publics bondés et sortent le moins possible les jours fériés ou les jours où se tient un match de football.

La violence peut être extrême

Le nombre d'attaques contre des résidents africains de Moscou a tout de même diminué par rapport aux résultats du précédent sondage réalisé par l'Aumônerie Protestante de Moscou, en 2002.

Mais le rapport de 2009 conclut malgré cette baisse que les Africains de Russie vivent comme des "assiégés", un sentiment que confirme le correspondant de la BBC à Moscou, Rupert Wingfield Hayes.

Car d'après le rapport de l'Aumônerie Protestante de Moscou, beaucoup d'attaques contre les noirs sont préméditées et extrêmement violentes.

Un Nigérian interrogé par la BBC a relaté avoir été poignardé dans le dos à plusieurs reprises et s'être fait tirer dessus.

Un autre homme a confié qu'un agresseur avait essayé de le scalper.

Il y a officiellement 10.000 Africains à Moscou, sans compter les nombreux clandestins qui y vivent, pour des motivations avant tout économiques.

De nombreux étrangers rapportent qu'ils ont dû quitter Moscou après la répétitions des attaques racistes et menaces de groupes nationalistes ou néo-nazis.

Svetlana, jeune Moscovite, constate elle-même que ses compatriotes traitent les étrangers avec suspicion, et les Africains, moins nombreux, comme des personnes exotiques.

"La plupart des Africains se promènent toujours en groupe à Moscou", raconte-t-elle, "pour éviter d'être surpris seuls, car de nombreux jeunes Russes pensent qu'ils n'ont pas leur place en Russie et n'hésitent pas à le faire savoir".

A Moscou, les autorités ignorent le problème du racisme
Sydney Ocran est libérien, il vit à Moscou depuis 11 ans, et travaille pour l'Aumônerie Protestante de Moscou.

Il a été interrogé par la BBC, sur son ressenti personnel par rapport au racisme ambiant.

"Mon expérience personnelle confirme totalement le ressenti que décrit le rapport ; j'ai été attaqué physiquement au moins six fois depuis que je vis en Russie ; trois fois, j'ai même dû être hospitalisé", a affirmé Sydney à Network Africa.

"Je me fais insulter régulièrement aussi, presqu'à chaque fois que je prends les transports publics, mais aussi dans la rue, parfois je m'organise pour éviter de croiser des gens, et les Africains vivant à Moscou constatent tous que cette violence est partout", explique-t-il.

"Le problème pour ces Africains, c'est que nombre d'entre eux ne peuvent pas repartir, souvent ils sont là clandestinement et n'ont pas les papiers qui leur permettraient de rentrer chez eux sans danger, et puis ils viennent de situations encore plus désespérées et n'ont plus le choix", ajoute Sydney.

Mais il constate surtout que les autorités russes ignorent allègrement le problème du racisme.

"Si les autorités faisaient des efforts pour lutter contre cette situation, on entendrait plus parler des violences racistes, mais ce n'est pas le cas, elles ferment totalement les yeux sur ce fléau", conclut le jeune Libérien.

 

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