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Insécurité : Les coupeurs de route règnent sur la Côtière
Fraternité Matin | 31/3/2009

Actualité
Les coupeurs de route règnent sur la Côtière

Il est devenu dangereux de parcourir les 366 km de route qui relient le département de Dabou à celui de San Pedro. Femmes violées, passagers tués et dépouillés de leurs biens, etc. Tel est le lot presque quotidien des usagers de la Côtière, axe long de 336 km. Cette situation a créé une véritable psychose.

Pour conjurer le mauvais sort, tous ceux qui empruntent cette route pour se rendre à Grand-Lahou, Fresco, Sassandra et San-Pedro s'adonnent à un rituel. «Ici, chacun fait sa petite prière avant de monter dans le car, pour confier sa route à ses ancêtres, à ses mânes ou au Dieu Tout-Puissant, selon sa croyance, conscient du danger qui le guette», témoigne dame Lou Suzanne, une commerçante en partance pour Sassandra. L'inquiétude se lit sur les visages de tous les voyageurs qui doivent parcourir, que dis-je, affronter ladite route. Plus soucieux sont encore les conducteurs de cars. «Nous sommes souvent les premiers à prendre les balles, parce que si tu n'obéis pas à temps aux injonctions des coupeurs de route, tu es un homme mort », nous rapporte l'un d'eux. Et d'ajouter: «Entre nous les chauffeurs, nous nous appelons cadavres ambulants». Notre conversation avec ce dernier a réveillé de mauvais souvenirs chez une jeune fille qui fond en pleurs. L'histoire de S.R, environ 17 ans, est des plus dramatiques. Elle s'est retrouvée enceinte à 16 ans après avoir été violée par des coupeurs de route sur le tronçon Grand-Lahou-Fresco. «C'était au carrefour "Sedekou" l'année dernière. Il était 17 heures quand nous avons atteint ce lieu marqué par une longue crevasse. Le car roulait lentement. Après le nid-de-poule, cinq individus armés de fusils nous attendaient. Ils ont intimé l'ordre au chauffeur d'amener le car sur un chemin en dehors de la voie principale. Là, ils ont fouillé tout le monde, arraché argent, portable, etc. Après avoir fait coucher tous les passagers, ils ont pris les filles de côté pour les violer une à une. Nous étions cinq jeunes filles. Ma maman leur a demandé de la prendre à ma place. Ils lui ont donné un coup de crosse à la tête et elle s'est évanouie. Ces gens nous ont laissés tard dans la nuit. Après cela, je n'ai pas vu mes menstrues», raconte en larmes la jeune fille.

De fait, sur la Côtière, les premiers coupeurs de route se signalent à 12 Km après Dabou, au pont du village de Bouboury. Là, à la tombée de la nuit, ils dépouillent les passagers qui arrivent dans les deux sens.

Cependant à Dabou, ils opèrent le plus souvent sur les pistes qui relient la ville aux villages alentours.

Les bandits, informés des entrées d'argent de certains grands planteurs d'hévéa, dressent des barricades sur les routes tortueuses et étroites qui traversent leurs plantations. Et les dépouillent de leur avoir. Souvent, ils attendent les jours de marché pour agresser les femmes qui y viennent. L'exemple de trois coupeurs de route brûlés vifs par les villageois de Kpass (commune de Dabou) l'année dernière est encore vivace dans les esprits. Ces bandits avaient attaqué un car avec à son bord plusieurs femmes revenant du marché. Les paysans des gros campements qui jalonnent l'axe Grand-Lahou-Fresco, principalement Ira, N'Guessankro, Chantier, ne sont pas épargnés. Ils sont la cible quasi permanente de ces malfaiteurs qui écument cette zone cacaoyère. Les coupeurs de route, en véritables conquérants, se sont partagés la zone. Deux groupes, les plus significatifs, ont été répertoriés par les forces de l'ordre, l'un dans le secteur de Grand-Lahou et l'autre, dans la forêt classée de Fresco. Ils opèrent avec des téléphones mobiles pour communiquer les positions de leurs victimes. En effet, ils ont des complices postés à des gares, en face des banques, etc. qui leur donnent l'identité de la personne à attaquer. De même que le montant de la somme qu'elle détient, ainsi que le véhicule qu'elle a emprunté. Ils s'arment généralement de fusils à calibre 12 à canon scié, de coutelas, de pistolets artisanaux. Cependant, depuis l'avènement de la crise, ils utilisent de plus en plus des armes de guerre, notamment les kalachnikovs. La complicité dont ils jouissent au sein de la population se vérifie chaque jour. Yao Kouassi, après en avoir fait les frais, a quitté Fresco. «J'ai perdu mon fils aîné et mon jeune frère. Les coupeurs de route les ont tués froidement à la suite d'une dénonciation. Ce jour-là, mon frère cadet a accompagné mon fils, pour que celui-ci s'achète une moto à Abidjan. Tous les deux avaient au total 1.000.000 FCFA sur eux. Leur car a été attaqué entre le village et la grande voie. Mon fils et mon jeune frère en ont été extraits et abattus après que les assaillants ont pris leur argent. Depuis cette triste affaire, j'ai vendu tous mes biens et toutes mes plantations pour rentrer chez moi à Didiévi », explique notre interlocuteur rencontré à Fresco où il était venu établir des papiers administratifs pour ses enfants. Aux environs de Toupah, dans la sous-préfecture de Dabou, dame D.S., une riche commerçante qui détenait 1.500.000 FCFA, a été également extraite d'un car de transport par des inconnus armés jusqu'aux dents. Ils lui ont réclamé l'argent en précisant le montant. Surprise, elle le leur a néanmoins remis. La gendarmerie de Dabou alertée a procédé à un ratissage systématique de la zone, ce qui a permis de mettre le grappin sur le chef de la bande. Un certain Kaboré Banorgo Karim, qui a vite fait de montrer la cachette de ses complices avec qui de nombreuses armes ont été saisies.

Le 31 décembre dernier, des coupeurs de route ont occasionné un grave accident sur la voie Dabou-Sikensi faisant 2 morts et plusieurs blessés. Ce jour-là, une 504 conduite par Gohi Bi Serges a embarqué plusieurs passagers en cours de route. Parmi eux, un seul dit arriver à Sikensi. Les autres étant descendus, Gohi Bi se retrouve finalement seul dans la voiture avec son passager quand, à une vingtaine de km de Sikensi, à un tournant, ce dernier lui dit: «Gare la voiture et au plus vite…». Ce ton martial inquiète le conducteur qui accélère. Le passager assis sur la banquette arrière se jette sur lui pour l'obliger à s'arrêter. Une lutte s'engage entre les deux occupants de la 504. C'est en ce moment qu'un autre véhicule de transport surgit en sens inverse. La collision est inévitable. Le coupeur de route meurt sur le champ. Sur lui, aucune pièce administrative, sauf de faux billets de banque. Le chauffeur et d'autres blessés sont ramenés à l'hôpital méthodiste de Dabou. Le ratissage mené par la gendarmerie, pour retrouver d'éventuels complices du voyageur indélicat n'a pas porté de fruit.

Signalons que ces coupeurs de route sont pour la plupart, des ressortissants des pays de la Cedeao vivant dans les secteurs agricoles de la région. Ils disposent des troncs d'arbres sur les routes pour contraindre les cars à s'arrêter ou encore prennent position aux abords des crevasses qui, naturellement, obligent les conducteurs à ralentir.

On enregistre plus de victimes sur l'axe Grand-Lahou-Fresco baptisé "zone rouge" car lieu de prédilection de ces individus sans foi ni loi. En effet, il n'y a pas de semaine où des victimes ne tombent dans leur filet. Des endroits comme "carrefour de Sédekou", " la forêt classée ", sont les repères de ces hors-la-loi. Tout voyageur qui a dépassé ces secteurs sans encombre peut pousser un ouf de soulagement. On a encore en mémoire l'affaire des deux jeunes filles de 14 et 17 ans violées dans les environs de cette forêt classée. Alors qu'elles circulaient paisiblement entre deux villages. Elles ont été interceptées par six gaillards sortis de la brousse. Ils les ont soumises à des assauts sexuels intenses. La plus jeune (14 ans), encore frêle, en serait morte. De peur des représailles, les parents de ces jeunes filles n'ont pas saisi la gendarmerie locale. «C'est comme ça ici, les populations, par peur de représailles, ne dénoncent jamais ces malfaiteurs aux forces de sécurité» a témoigné un gendarme sur place.

«Nous avons peur, ils ont des bras séculiers partout au sein de la population, même à la justice. Nous sommes condamnés à nous taire de peur de mourir comme les autres», renchérit L.M, un habitant de Yocoboué (Grand-Lahou).Dans la région même, les coupeurs de route et autres bandits de grand chemin narguent les autorités légales, et pour cause. «Il y a quelques mois, nous avons mis la main sur l'un des chefs influent des coupeurs de route. Ce récidiviste notoire avait à lui seul, 12 téléphones portables. Acculé, il a avoué tous ses forfaits. A notre grande surprise il nous a été demandé de le libérer. Ce que nous avons fait, car l'ordre étant venu "d'en haut". Cela a créé une démotivation en notre sein», a révélé un gendarme qui a récemment servi dans la zone.

Gueu Edison

 

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