
Maquis le "Zoo" de Yopougon: Pythons et vipères dans les assiettes
Yop la belle n'aura pas fini de surprendre. Il se passe toujours quelque chose dans la plus grande commune de Côte d'Ivoire. Après les concepts musicaux, la rue Princesse, les maquis géants, les maquis à écrans géants, les «esprits» de Yop ont une nouvelle trouvaille depuis quelque temps : au menu des maquis, de la chair d'animaux sauvages, des plus insolites aux plus rares.
Le nec le plus ultra de ces espaces gastronomiques s'appelle tout simplement «Le Zoo». Avec un décor naturel style campagne où, palmiers, avocatiers, cacaoyers, bananiers, de manguiers étalent leurs ombres… on y mange plus d'une trentaine d'espèces animales de nos forêts. Du python à la vipère, en passant par le chat huant, le crocodile, la tortue, le pangolin, potto, le paresseux… Découvrez plutôt !
Yopougon, quartier Maroc. A quelques encablures de la pharmacie Maty. Sur un petit panneau planté à l'entrée d'une ruelle non bitumée, il est écrit : «Maquis le Zoo. Chez Félix». Quatre cents mètres plus loin, au bout de la ruelle, sur une autre pancarte devant un espace plein d'arbres et de feuillages, on peut lire : Le Zoo chez Félix. Notre désir, votre goût.
A l'entrée, plusieurs voitures sont garées parmi lesquelles de grosses cylindrées. Il est pratiquement 17 heures ce samedi après-midi. Un coup d'œil à travers les feuillages et les arbres nous permet d'apercevoir de nombreuses personnes attablées. Il n'y a pas de musique. Les uns et les autres sont préoccupés par ce qu'ils sont en train de manger. Au point qu'ils ne se rendent pas compte de notre arrivée. Sauf un. M. Félix Boussin, le propriétaire des lieux. Un ancien inspecteur qualité dans une usine, en zone industrielle à Yopougon. «Bienvenue au Zoo, cher frère», nous lance-t-il, chaleureusement. Nous sommes bien au «Zoo». Qui n'est pas un zoo comme les autres. Car le «Zoo» de M. Boussin est plutôt un maquis. Célèbre comme le Zoo d'Abidjan. Mais plutôt par son menu et ses plats insolites, à base de pythons, de vipères et bien d'autres reptiles…
«C'est en 2005 qu'un groupe d'amis du quartier et moi, avons décidé de créer ce maquis pour nous retrouver pendant nos temps libres, pour échanger, boire un coup et manger un bout. Mais nous ne voulions pas faire un maquis banal. L'idée nous est donc venue d'apporter à chacune de nos rencontres, qui un chat, qui un python, qui un morceau de vipère, qui un morceau de crocodile… C'était finalement à celui qui épatera le plus les autres par l'originalité de sa trouvaille. Et c'est comme ça que tout est parti…», se souvient M. Félix Boussin. Qui ajoute par ailleurs que ses amis et lui ont choisi le nom «Le Zoo» non seulement parce qu'il fait original, mais il correspond à l'esprit des lieux (on y mange les espèces animales rares) et son cadre naturel qui rappelle la forêt.
Depuis, le Zoo a fait son petit bonhomme de chemin. Le bouche-à- oreille a fonctionné. Les amis à la bande à Boussin ainsi que leurs propres amis sont eux aussi venus grossir le nombre. Auquel il faut ajouter les fins gourmets, les curieux et les amateurs de sensations (culinaires) fortes. «L'affluence est telle que j'ai dû recruter 8 permanents dans le maquis. A la cuisine comme au service, les jeunes gens travaillent 24 heures sur/24 et 7 jours sur 7. Les gens viennent de Cocody, Angré, Marcory, Koumassi, Port-Bouët, en somme, de toutes les communes d'Abidjan. Quand certaines personnes viennent de l'intérieur du pays, elle font un détour par ici. Sans oublier nos frères de la diaspora et les Occidentaux qui ont lu des articles sur le maquis sur internet». Affirme Félix Boussin.
Au hit parade des plats préférés par cette clientèle hétéroclite composée de femmes, d'hommes et de jeunes gens, le braisé et le kédjénou de python, de vipère, de crocodile et de chat de brousse remportent la palme.
Dame Nicole venue spécialement ce jour-là d'Angré pour manger un plat de vipère après avoir passé la commande auparavant par téléphone confirme : «Moi, j'adore la vipère. Je viens régulièrement manger ça chez Félix. Quand ma petite sœur vient de la Suisse, elle n'hésite pas aussi à venir déguster des bons plats de vipère au Zoo». M. Célestin Ekra, un autre habitué du Zoo, voue pratiquement un culte à la chair de python et de vipère. «C'est très, très bon. ça ressemble à du poisson frais. Quand c'est fumé et accompagné d'une sauce bien épicée, je ne vous dis pas. Avec un bon vin à l'appui, c'est le top», dit-il. Célestin Ekra est même allé très loin dans sa passion pour la chair de serpent en y entraînant sa femme, qui, pourtant, ne voulait jamais en entendre parler. «Ma femme détestait à l'extrême le serpent pour parler de manger sa chair. Mais un jour, je suis venu avec elle chez Félix et on lui a servi un plat de python à ma demande sans rien lui dire. Elle a mangé. Elle a apprécié. Et c'est après que je lui ai dit qu'elle venait de déguster la chair du python. Elle a fait la moue mais elle a aimé et depuis on bouffe le serpent ensemble chez Félix. Elle a changé d'avis», avoue-t-il, visiblement heureux d'avoir «converti» madame.
Sur la carte de menu du Zoo, les serpents ont incontestablement du succès. Au vu des commandes que le maquis reçoit chaque jour. «Des boss de l'ONUCI qui ne peuvent pas se déplacer envoient leurs chauffeurs chercher des morceaux de reptiles ici, tout le temps», lance Félix Boussin, un sourire en coin. En fait, explique, M. Paul Ouattara, chef du personnel dans une entreprise en zone industrielle de Yopougon, client du Zoo, la qualité nutritionnelle reconnue de la chair blanche est à la base du succès des reptiles. Il cite l'exemple des Asiatiques qui en raffolent et qui ne jurent que par les reptiles. D'autres personnes parlent même de vertus aphrodisiaques et de propriétés qui permettraient aux consommateurs de serpent de vivre longtemps. Enfin !
Dans tous les cas, dame Nicole qui a toujours mangé le serpent depuis sa tendre enfance au nord de la Côte d'Ivoire, préfère attribuer le succès des serpents au Zoo, par les qualités culinaires de M. Félix Boussin et ses «secrets cuisine». Un avis que partage parfaitement Célestin Ekra, qui dit avoir mangé la vipère ailleurs qu'au Zoo, mais il n'avait pas aimé. M. Sylvestre Eba, professeur de Philo, un autre fidèle du maquis, abonde dans le même sens que Dame Nicole et Célestin Ekra. «Moi, je ne suis pas porté sur les serpents, quand je viens au Zoo, c'est pour manger le chat de brousse et la civette. j'aime, particulièrement la qualité de la cuisine chez Félix», affirme-t-il.C'est certainement ces qualités culinaires qui expliquent aussi que l'endroit ne désemplit pas toute la semaine. Et que le sanglier, le varan, le singe, le rat palmiste, le lièvre, le pangolin, l'écureuil volant, la perdrix, le chat huant, la civette, la tortue et bien d'autres animaux soient tout aussi demandés par les clients. En braisé comme en kédjénou. Quel que soit l'animal, le prix moyen du plat tourne autour de 3 000 FCFA. Même si certains plats, selon les saisons, la rareté de l'animal, le nombre de morceaux demandés et leur grosseur, peuvent coûter jusqu'à 20 000 FCFA. «La rareté de certains animaux en brousse par rapport aux saisons amènent nos fournisseurs et les chasseurs à augmenter les prix. Nous sommes obligés d'en tenir compte à notre niveau. C'est le cas des reptiles. Quand il pleut, il y en beaucoup. Quand c'est la saison sèche, ils sont rares. Dans ce cas, un fournisseur ou un chasseur peut te vendre, par exemple, un python long de 6 à 7 mètres et pesant jusqu'à 50 kg, entre 30 000 et 40 000 F», explique Félix Boussin.Selon le personnel du Zoo, les animaux qu'ils reçoivent (déjà tués) viennent des régions d'Agboville, d'Adzopé, de Tabou, d'Anyama… Le «brûleur» (un employé du maquis) se charge juste de les écailler et de les nettoyer soigneusement après avoir brûler les poils. Ensuite, les trois cuisinières (Chantal, Madeleine et Mireille) entrent dans la danse, sous la supervision de Félix Boussin, le maître custo. Qui s'est bien gardé de nous livrer ses «secrets cuisine». Quoi qu'il en soit, nous avons goûté le kédjénou et le braisé de vipère et de python de Félix, accompagné d'un «vigno». C'était vachement bon. On s'en lèche encore les babines. On n'a pas eu la gueule de "boa" !!!