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Déchets toxiques et Filière Cacao: Quand l'argent l'emporte sur la valeur humaine
Jack Louamy | 3/10/2008

Actualité

Du déversement des déchets toxiques, au scandale dans la filière café-cacao, la population ivoirienne a payé un lourd tribu. D'un côté les paysans qui n'ont jamais profité du fruit de leur labeur, et de l'autre, un peuple innocent, victime de produits hautements toxiques qui continuent d'endeuiller des familles. Entre la vie humaine et l'argent, les dirigeants semblent avoir fait leur choix...

Auditions et arrestations dans la filière cacao
En permettant l'audition des ministres ayant géré les portefeuilles de l'Agriculture et de l'Economie et des finances depuis 2000, pour que la vérité éclate au grand jour dans la nébuleuse qui a entouré la gestion de la filière café-cacao, le gouvernement ivoirien, et au-delà, le président Laurent Gbagbo veut prouver pour ainsi dire, son attachement à la transparence. Une moralisation de la société serait en cours, dit on. C'est pourquoi, cités dans les opérations effectuées par les dirigeants de cette filière au cours de leurs différentes dépositions, avant leur incarcération à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca), les ministres de l'Agriculture, Alphonse Douati (2000-2002), Sébastien Dano Djédjé (2002-2003), Amadou Gon Coulibaly (2003-2008), puis les ministres de l'Economie et des finances, Paul Antoine Bohoun Bouabré (2000- fin 2005) et Charles Diby Koffi (2005-2008), ont été autorisés à être entendus par le juge d'instruction qui en avait formulé le souhait. Et comme l'article 621 du code de procédure pénale, ne permet à ces personnalités d'être entendues à titre de témoins qu'après l'accord du gouvernement, un conseil des ministres a alors balayé cet obstacle. Ainsi donc, nos cinq (5) ministres ne comparaîtront qu'à titre de témoins. « Ils ne sont pas inculpés », a tenu à préciser le communiqué du conseil des ministres lu par son porte-parole, le ministre de l'Intégration africaine Amadou Koné.

Comme on le constate, le Chef de l'Etat est décidé à faire triompher la vérité autour de la gestion financière de ce secteur. Mais au même moment, l'on a envie de se demander ce qui fait tant courir le n°1 ivoirien. Dans la mesure où, en reformant ce secteur clé de l'agriculture en 2001, Laurent Gbagbo avait mis à la tête des différentes structures de gestion, des hommes qui lui étaient proches, ou presque. La gestion du monde agricole, disait-il pendant qu'il était encore dans l'opposition, doit revenir aux planteurs eux-mêmes. Mais à bien regarder, il semble que ce ne fut pas le cas. Puisque, ceux qui se sont retrouvés à la tête de ces structures, n'étaient pas des planteurs. Certains ne possédaient même pas un seul pied de café ou de cacao. D'autres n'avaient aucune notion de la culture de ces matières premières. Peut-être qu'ils ont forcé les choses, pour l'être après, de sorte à être en adéquation avec la volonté émise par le refondateur en chef. Toujours est-il que ces hommes ont engrangés tellement d'argent, au point qu'ils en ont mis à la disposition de l'Etat, pour faire face à la bande armée, née à la suite du putsch manqué du 19 septembre 2002. Laurent Gbagbo le sait, et ne saurait le nier aucunement. Pendant ce temps, les pauvres paysans, les vrais, ne profitent pas du fruit de leur sueur. Et pourtant, on leur avait promis le Kg de cacao à 3000Fcfa. Mais la vérité aujourd'hui c'est que le cacao s'achète plus mal auprès des planteurs que par le passé.

Maintenant qu'il s'entête à faire embastiller les responsables de structures de régulation ou de gestion du café-cacao, on peut se demander ce que cherche réellement le locataire du palais présidentiel? On pourrait penser que le Président de la République veut faire patte blanche devant la Communauté internationale. Faire passer son régime pour un pouvoir propre. Mais, d'aucuns pourraient penser aussi que le chef de l'Exécutif ivoirien veut en découdre avec Amadou Gon Coulibaly, le directeur de campagne de Alassane Dramane Ouattara, président et candidat du RDR à la prochaine présidentielle. Ce ministre, notons-le, est le seul à avoir passé jusque là, plus d'années à la tête de ce département. Mais récemment, ledit ministre avait déclaré avoir été écarté de la gestion de ce secteur par le chef de l'Etat lui-même, avec preuves à l'appui, publiées par la presse.

Mais ce qui ne finit pas d'étonner, c'est la volonté de Laurent Gbagbo à clarifier tout dans ce secteur clé qui a fait et qui continue de faire les beaux jours financiers de l'Etat de Côte d'Ivoire. Et pourtant, un scandale où les Ivoiriens ont attendu en vain, la vérité, n'a pas fait l'objet d'autant d'attention de la part du chef de l'Etat.

Le scandale des déchets toxiques attend son tour de vérité
En septembre 2006, le directeur général du Port Autonome d'Abidjan Marcel Gossio, le directeur général des Douanes, Gnamien Konan, le gouverneur du district d'Abidjan, Djédji Amondji Pierre et le directeur des affaires maritimes avaient été accusés d'avoir laissé déverser des déchets hautement toxiques dans la capitale économique ivoirienne, contre des sommes faramineuses, et par conséquent, avaient été suspendus de leurs postes respectifs par le Premier ministre d'alors, Charles Konan Banny. Le ministre des transports, Innocent Anaky Kobena, et celui des eaux et forêts, Jacques Andoh, avaient également fait les frais de ces accusations. Ils ont été purement et simplement débarqués.

Mais au bout du compte, les trois (3) directeurs généraux précités, ont été réhabilités dans leur fonction, sans jugement aucun. Et pourtant, l'opération de déversement des ses produits toxiques aurait permis à certains hauts responsables de l'Etat, de se faire d'énormes sous sur le dos des Ivoiriens, morts pour certains, et malades pour d'autres. On parle même de plusieurs milliards de nos francs. Alors que de nombreux Ivoiriens en sont morts ou continuent de mourir. Le comble dans cette affaire, c'est que deux (2) ans après le scandale du Probo Koala, et à quelques jours seulement du procès des mis en cause dans cette affaire, il est question ces derniers temps de la présence de produits toxiques déversés dans la ville de M'Bahiakro, et dans la commune de Yopougon. Dans la première localité citée, des sources sanitaires parlent déjà de plus de 300 personnes intoxiquées.

C'est à croire que les autorités ivoiriennes ne se soucient aucunement de la vie de leurs concitoyens. A la vérité, ils semblent plutôt préoccupés par l'argent. Hélas !

 

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