|
Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan : Bienvenue en enfer !!! Jack Louamy [ 30/11/2007 ]
MACA - Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan
La maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) est devenue depuis quelques années un grand centre de trafics honteux de tous genre. Incursion dans un univers carcéral qui en dit long sur la santé du système judiciaire ivoirien.
Nous sommes à la MACA. La plus grande prison de Côte d'Ivoire. Un imposant bâtiment en ruine qui se situe entre le quartier périphérique de Yopougon et le parc national du Banco. Construite dans les années 1970, la MACA a aujourd'hui triste réputation. Dégradée et surpeuplée, cette prison est le reflet des sombres trafics qu'elle cache. Ce sont plus de 6000 détenus qui y croupissent pour seulement 1500 places prévues lors de sa construction.
Evasion avec complicité
De nombreuses évasions ont été enregistrées ces dernières années à la MACA. Certains gardes pénitentiaires laissent délibérément des prisonniers s'évader moyennant rémunération. En novembre 2004, des centaines de prisonniers, aidés de gardes pénitentiaires, ont réussi à s'échapper par les égouts et la forêt voisine. Cette situation avait laissé plus d'une personne dubitative quant à l'effectivité de la conscience professionnelle de ces surveillants. Bien avant et après l'évasion de novembre 2004, plusieurs autres évasions avaient déjà été opérées avec la complicité des gardes pénitentiaires moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. L'on a encore en mémoire l'évasion de Chacoolé, membre de la Jet Set, celle du tristement célèbre Sia Popo, et plus récemment, la miraculeuse évasion des Sri Lankais. Toutes ces personnes avaient été écrouées à la MACA quand à la surprise générale, elles ont réussi à s'évader.
Trafic de drogue
Des enquêtes nous ont permis de faire la lumière sur les pratiques illicites qui ont cours à la MACA. Certains surveillants, dans leur besoin de se faire énormément d'argents, ont recours à toutes sortes de bassesses pour arriver à leurs fins. Ils font entrer clandestinement de la drogue en prison dans le but de la revendre aux prisonniers. De sources bien introduites, les surveillants feraient passer leur marchandise illégale, du cannabis précisément, par les miradors lorsqu'ils montent la garde.
« Des prisonniers sont coptés au niveau de chaque bâtiment pour faire passer la marchandise », nous confie « doyen », un ex pensionnaire de la MACA.
Réseau de prostitution
Pour le prisonnier qui en foulant pour la première fois le sol de la MACA se pose des questions sur les moyens de satisfaire ses pulsions sexuelles, point n'est besoin de s'inquiéter. Il existe un puissant réseau de prostitution à la MACA. Un hôtel de fortune à même été aménagé à cet effet. « Le détenu qui veut satisfaire sa libido, n'a qu'à payer le droit de la passe, choisir la prostituée qui l'intéresse, et s'envoyer en l'air » raconte Adama, un jeune homme qui séjourne à la MACA depuis 2005. Notre interlocuteur nous confie que les prostituées de la MACA sont elles même des détenues. Elle partage leur recette journalière avec les gardes pénitentiaires.
Mais Adama n'a pas fini de nous surprendre. Il nous confie que certaines surveillantes s'adonnent également à la prostitution. Les bénéficiaires de cette « garde rapprochée » comme on l'appel là bas, sont les détenus logés aux bâtiments des assimilés.
Notons qu'aux assimilés, ne sont logés que les détenus disposants d'un certains confort du fait de leur statut social peu ordinaire. Ce sont donc ces derniers qui bénéficient des largesses des surveillantes, avec la complicité de leurs collègues qui ferment les yeux sur cette surveillance particulière.
Un repas par jour
Des individus sont enfermés à la MACA pour avoir commis des crimes crapuleux. D'autres par contre y sont parce qu'on les auraient accusés d'une faute qu'ils n'ont pas commise. Mais tout le monde est logé à la même enseigne. A la MACA, c'est un repas par jour. Quelques rares fois, deux (2). Et comme repas, on sert aux détenus du « gbinzin » (Du riz de très mauvaise qualité et mal cuit) ou de l'igname à peine bouillie. Si vous ne mourrez pas de malnutrition, c'est sûr que vous mourez de paludisme ou d'infection de tout genre, vu l'insalubrité qui règne dans les cellules.
La raison du plus fort
La MACA n'est plus une maison de correction, mais plutôt un camp de formation de bandit de grand chemin où la violence est monnaie courante. Dans cette prison, c'est la force physique qui permet de survivre. Les plus faibles subissent le courroux des plus forts. Des « vieux pères ». Tant que ce dernier n'est pas rassasié, ou n'est pas de bonne humeur, vous n'avez pas droit à la pitance du jour. Lorsqu'un parent apporte de l'argent ou de la nourriture à un détenu, il peut être sûr que le destinataire ne le recevra jamais. Si ce dernier n'est pas bon bagarreur, on lui arrache tout en route. Et les cela au vu et au su des gardes qui feignent de ne rien voir. La seule porte de sortie pour un nouveau détenu, ou pour un détenu qui n'est pas fort physiquement, c'est de coopérer avec un « vieux père ». Dans ce cas, le butin est partagé à parts égales.
Comment comprendre qu'une personne enfermée pour mauvaise conduite puisse sortir de là encore plus violente qu'auparavant ? Quel rôle joue la MACA ? N'est elle pas sensée corriger ces pensionnaires ? Que l'Etat prenne ses responsabilités avant que cette situation ne lui échappe davantage.
|