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DOSSIER

Zone Forces Nouvelles: çà racket fort !
Jack Louamy (Envoyé spécial à Biankouma) | 1/10/2007

Actualité

La liberté de circulation n'est pas encore effective en zone CNO. Deux mois après la cérémonie du bûcher de la paix, les tracasseries routières se poursuivent sur les routes en zone Forces Nouvelles. Notre reportage.

Deux (2) mois après la cérémonie de la flamme de la paix, cérémonie qui a marqué la réunification de la Côte d'Ivoire, le racket et l'absence de liberté de circulation des personnes et des biens sont encore réels en zone Forces Nouvelles. A l'occasion d'une tournée effectuée la semaine dernière à Zouan-Hounien, Biankouma, Gouessesso, Kabakouma, et Man, nous avons vécu cette amère expérience.

Le racket et autres tracasseries routières sont encore une réalité dans cette zone. Livrés à eux même, les ex-combattant des Forces Nouvelles qui attendent sûrement leur démobilisation et leur réinsertion, se sont transformés entre temps en de véritables unités de racket sur les axes menant à leur zone. Pour avoir accès à cette zone, l'usager a obligatoirement besoin de se faire établir un laissez-passer par les responsables des FAFN. Mais malgré ce laissez-passer, les usagers en provenance ou en partance pour la zone gouvernementale sont l'objet de tracasseries diverses allant du simple racket à l'intimidation.

Notre voyage se passe sans incident majeur jusque dans la ville de Logoualé (première localité sous contrôle FAFN dans l'Ouest du pays). Nos difficultés vont commencer au premier barrage de cette ville. Des éléments des Forces Nouvelles crasseux, mal chaussés et vêtus de treillis décoloré, approchent le véhicule à bord duquel nous sommes et exigent le laissez-passer. Le chauffeur s'exécute, mais ils demandent encore leur « prix de cigarette ». Cette fois, le chef de la délégation leur remet une pièce de 500F et on peut enfin passer. Mais le périple ne fait que commencer. Car à quelques mètres seulement devant, un autre barrage se dresse. Nous marquons un nouvel arrêt. Un élément des Forces Nouvelles, kalachnikov en main, s'approche de l'engin. Il n'a que faire du respect de la syntaxe et des règles élémentaires de la langue de molière. Dans un français approximatif, il demande qu'on lui dresse la liste des occupants du véhicule : « Vou n'a qu'a fai la liste de passager dans le voiture.» Et pourtant, nous lui avons présenté le laissez-passer.

L'épreuve est difficile à supporter. Mais il faut s'y faire pour éviter d'éventuelle déconvenue. Ici, c'est les armes qui font la loi. On a droit à rien, sinon qu'à se plier à leurs exigences au risque de passer de vie à trépas. De plus, nous sommes pris par le temps. Nous dressons donc très rapidement une liste que nous lui remettons. A peine a-t-il jeté un coup d'oeil qu'il nous demande de prendre un autre laissez-passer. « çà fait 1000F », lâche t-il avant de se retirer sous le hangar qui lui sert de poste. Le chef de délégation s'exécute et court lui remettre un billet de 1000F qu'il s'empresse d'empocher. Le barrage est levé. La voie est libre. Nous poursuivons notre trajet.

Tout au long du voyage, c'est la même scène, les mêmes caprices à des degrés différents. Une fois à Danané, notre délégation se heurte à un autre groupe. Faisant fi de notre laissez-passer, le Com-secteur de cette ville nous demande de faire demi-tour, car l'autorisation qui nous a été délivré n'est valable que pour les villes de Man et de Biankouman. Les esprits s'échauffent à nouveau dans le véhicule, mais chacun garde son calme. Après moult négociations, le Com-secteur nous autorise enfin à passer. C'est tout énervé, et épuisé que nous atteignons la ville de Zouan-Hounien très tard dans la nuit.

 

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