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Reportage

Kôkrôni: un centre commercial du sexe
Jack Louamy  [ 17/5/2007 ]



A Abidjan, précisément à Yopougon, il existe un espace où des jeunes filles vendent leur corps : le kôkrôni. Nous nous sommes rendus en ce lieu pour voir ce qui se passe exactement.

Situé non loin de la rue princesse, entre les ateliers de menuiserie et les nombreux maquis qui jouxtent la rue des princes, se dresse fièrement un temple de la prostitution. C'est le kôkrôni.

Ici, on retrouve des prostituées de tous les calibres : grosses, minces, clairs, noir, bronzé, awoulaba, miss lolo, forces nouvelles, gnanhi…

Ces belles de nuit se disputent les clients de jour comme de nuit. Elles rivalisent de charme et d'audace pour attirer le plus de clients. Leur clientèle est variée. Ivoiriens, étrangers, travailleurs, désoeuvrés, ouvriers et indélicats de tout poils s'y bousculent avec le même objectif ; satisfaire leur libido. Une telle affluence que l'on se croirait dans un centre commercial. Un supermarché du sexe où les clients viennent contempler la « marchandise », la palper, juger le prix avant de l'emporter.

L'univers n'a rien de commode. De prime abord, on y sent la déperdition et l'insalubrité. La plupart des filles ici, venues d'horizons divers, logent sur le site. D'autres par contre y affluent à la nuit tombée.

La journée, c'est le service minimum. Les quelques clients qui s'y rendent se font particulièrement discret. Mais la nuit, le décor est tout autre. Les filles sortent leurs tenues les plus osées, car disent elles : « il faut choquer pour plaire ». Elles mettent donc des spencers qui couvrent à peine les seins, et dévoilent entièrement le bas ventre, des minis jupe hyper sexy qui laissent entrevoir le pubis et une bonne partie des fesses. Et quand un client « mord à l'hameçon », il n'a plus qu'à débourser 1000Fcfa pour atteindre le 7ème ciel. Sur place, des bâtisses de fortune servent de chambres de passage et le plus souvent d'habitations pour ces filles de joie. Il faut également payer 1000Fcfa pour le passage. Certains clients moins nantis, préfèrent se soulager à ciel ouvert entre les constructions inachevées, ou derrière les baraques et les tables qui sont à proximité du kôkrôni. Un arrangement avec la prostituée et le tour est joué. La scène est banale ici.

A kôkrôni, l'on rencontre aussi de nombreuses filles mineures. Elles sont tout aussi actives que leurs aînées. Parfois, pour voler la vedette) leurs « vieilles mères », ces petites dévergondées s'adonnent à des gestes érotiques en plein trottoir devant leurs clients, et la scène se termine plus tard dans la pénombre.

Sur le trottoir qui longe ce célèbre bordel, pillulent vendeurs de cigarettes, de papiers mouchoirs et de préservatifs. On y trouve également de nombreuses cabines téléphoniques ambulantes avec une clientèle très féminine. Les buvettes et autres fabricants de thé et de « café serré » profitent eux aussi du voisinage. A ce niveau, une forte odeur de mauvaise herbe (drogue) se dégage. Filles comme garçons en consommes à satiété. C'est d'ailleurs à cet endroit que nous faisons la connaissance de Aïcha, une prostituée avec qui nous nous sommes liés d'une amitié factice. Cette dernière nous conduit dans sa chambre. Une bicoque qui vaut à peine 4m². Seul un matelas, quelques produits d'entretiens « pommades éclaircissantes, vernis, maquillages…) et quelques effets vestimentaires meublent sa chambre. Dans un coin de la chambre, un carton d'emballage fait office de poubelle. On peut y voir plusieurs morceaux de papiers mouchoirs, et de nombreux emballages vides ( !) de préservatifs déjà utilisés. La petite ampoule au plafond éclaire mal la chambre, se qui rend encore plus triste le décor dans cette chambre. A peine avons-nous engagé notre conversation avec Aïcha, qu'un client frappe à la porte. Notre « tutrice » va ouvrir, s'entretien rapidement avec le client en question, puis nous fixe du regard sans mot dire. Le message est clair. Le boulot l'attend. L'intrus que je suis doit partir. La porte se referme après moi. Silence !

A kôkrôni, avec ou sans la capote, la passe a son prix. Vous payez un peu plus lorsque vous souhaitez aller en « live » avec la prostituée.

Dans les allées du kôkrôni, des individus au physique impressionnant déambulent. On les appelle des « gros bras ». Mine serrées, ils font d'incessantes allées et venues, lorgnant les clients des prostituées, et s'exprimant dans un français approximatif. En effet, ces jeunes travaillent pour les prostituées. Elles les emploient pour assurer leur sécurité. Ces « body guards» en plus des subsides des prostituées, servent dans le même temps d'amant à leurs « patronnes ».

Le problème ici c'est que l'insécurité est une réalité. L'on enregistre tout le temps des agressions, et des vols sur les clients. Les riverains de ce lieu de perdition se sont maintes fois plaints de cet état de fait auprès des autorités policières et de la municipalité. Le maire de la commune de Yopougon nous a d'ailleurs confié que cet espace est illégalement occupé, et qu'il entend très bientôt déguerpir les occupants, et détruire toutes les habitations qui s'y trouvent. En attendant ces mesures de la municipalité, le kôkrôni continu de susciter des curiosités.

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