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Les foyers pour élèves, un mal nécessaire AIP [ 7/3/2007 ]
La fermeture, dans les années 1990, des internats dans les lycées et collèges publics de Côte d'Ivoire va fortement perturber l'hébergement des élèves qui du fait de la crise économique arrivent de moins en moins à se trouver des tuteurs, loin de leurs parents. Ce sera le printemps des foyers pour élèves, aux allures et fortunes diverses.
Agboville, avec ses 13 établissements secondaires de plus de 5000 élèves, compte 22 foyers qui accueillent les milliers d'élèves qui chaque année déposent leur valises dans la capitale de l'Agnéby.
Il s'agit généralement de résidences ordinaires qui accueillent les élèves ou pire, des hôtels en construction à l'image du foyer "le Touraco". Le responsable qui a requis l'anonymat affirme louer des chambres de son hôtel en construction pour venir en aide aux élèves.
Au foyer "Sangbé" dans une chambre prévue pour deux personnes, sont entassés quatre voire cinq élèves. Avec la même rengaine, "c'est pour venir en aide aux élèves qui n'ont nulle part où aller".
A part les foyers tels "St Pierre Paul" et "Notre Dame" qui essaient de sortir du lot en ayant en leur sein des salles d'études, en respectant le nombre de deux personnes maximum par chambre et en s'imposant une certaine discipline (fermeture du portail à partir de 22h), force est de reconnaître que beaucoup reste à faire.
Ces foyers qui coûtent en général 60.000 FCFA, l'année à chaque élève, sont pour la plupart créés dans la clandestinité, bafouant les normes réglementaires relatifs aux fonctionnements de ces établissements qui se sont substitués aux internats.
"Nous avons constaté effectivement que la majorité des foyers de notre cité ne répondent à aucunes normes exigées. Ce sont pour la plupart des établissements qui sont situés en plein quartier (avec tous les bruits que cela comporte), donc pas toujours propices aux études", a reconnu le responsable du service socio culturel de la mairie d'Agboville, Yavo Marie Christine.
"Les conditions d'hygiène y sont déplorables et pour être considérés comme foyers de jeunes élèves, ces établissements doivent obligatoirement être dotés de salles d'études or ce n'est pas très souvent pas le cas. En plus il n'y a pas à l'intérieur de ces établissements une véritable séparation entre les jeunes filles et les jeunes gens, exposant les élèves aux maladies liés au sexe et aux grossesses précoces ou non désirées", a poursuivi Mme Yavo un peu embarrassée.
Outre les élèves les foyers accueillent aussi des travailleurs, des fonctionnaires ou des commerçants qui ne se soucient pas toujours de la nécessité pour les élèves d'avoir un cadre propice à la réflexion.
"Ceux qui ne sont pas élèves bavardent, ils reçoivent des visites à tout moment et ne s'inquiètent même pas de ce que nous devons étudier. Mais nous n'y pouvons rien, ils paient eux aussi leur loyer", lance un peu agacée, Mlle Dogbo Yolande élève en classe d'examen au lycée moderne.
"A la mairie, nous sommes véritablement conscients des conditions de vie et de travail des élèves dans les foyers, nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises certains propriétaires de ces établissements pour qu'ils fassent l'effort d'améliorer ces conditions, mais nous ne baissons pas les bras nous allons continuer de discuter avec eux jusqu'à ce que les choses changent", a promis Mme Yavo indiquant toutefois que la situation est délicate.
"Vouloir fermer ces foyers dans l'immédiat serait créer d'autres problèmes parce qu'il faut le reconnaître ces établissements rendent service à ces milliers d'élèves qui n'ont nulle part où dormir. Comprenez que la mairie hésite à utiliser des moyens de coercition pour amener les propriétaires à revoir les choses", a-t-elle expliqué.
Pour beaucoup d'élèves comme Mlle Oda Chinon Jocelyne élève au collège d'enseignement technique féminin, ce serait effectivement catastrophique si les foyers étaient fermés.
"Si ces foyers n'existent pas où je vais aller à Agboville ici", s'est-elle interrogée.
"Je n'ai aucun parent à Agboville, je n'ai pas pu avoir de tuteur. Au moins ici, même si les conditions ne sont pas parfaites, j'ai un endroit pour dormir et pour étudier, donc qu'on ne pense même pas à fermer les foyers", a plaidé Jocelyne.
"Je me sens bien ici, la preuve depuis trois ans que je vis ici j'ai toujours eu ma moyenne en classe. Je préfère être ici que d'être chez une tutrice qui va m'obliger à faire tous les travaux ménagers avant de pouvoir étudier. En plus la vie dans le foyer nous apprend à être plus responsable", a-t-elle soutenu.
Mlle Ossouhou Danielle Pascale qui est d'avis avec Jocelyne, invite pour sa part les parents à ne pas donner l'impression d'abandonner leurs enfants dès qu'ils les ont inscrit dans un foyer.
"Certains parents dès qu'ils ont inscrit leurs enfants dans les foyers ne viennent plus jamais les voir. Un élève de sixième c'est encore un enfant qui a besoin qu'on lui mette la pression pour étudier. Si cet enfant sait que son père doit passer le voir une ou deux fois dans le mois pour contrôler son travail, il aura le souci d'étudier. Nous qui sommes des jeunes filles nous sommes exposées au premier venu quand nous avons des problèmes d'argent. Il faut donc que les parents jouent leur rôle", a-t-elle dit.
A défaut de rouvrir les internats, l'Etat devrait avoir un regard sur les foyers. En plus des mairies, les directions de l'Education nationale doivent être impliquées dans la gestion de ces établissements qui sont aujourd'hui incontestablement la panacée au problème d'hébergement des élèves.
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