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« Je reviens de Man » De notre envoyé special, Jack Louamy [ 5/6/2006 ]
« Je reviens de Man »
Nous avons quitté Abidjan le vendredi 12 Mai 2006, pour la ville de Man à plus de 600Km de la capitale économique. Après environ 8heures de routes, nous voici à Man.
Péripéties d'un voyage
Après quatre années de guerre, nous voici en route pour Man. Partis d'Abidjan à 8h, nous sommes arrivés à Duékoué, dernière ville à l'Ouest sous contrôle gouvernemental, à 15h20 mn.
Quelques mètres seulement après avoir franchi le corridor de Duékoué, nous voici en plein dans la zone tampon. Ici, c'est le contingent Bangladais de l'ONU qui fait la loi. Juste après ce premier barrage des forces onusiennes, nous rencontrons celui de la force licorne (forces françaises en côte d'ivoire) dans la ville de Bangolo. A la sortie de la ville de Bangolo, un autre barrage de l'ONUCI. Le dernier avant d'atteindre la zone rebelle. Nous nous soumettons une fois de plus au contrôle, et poursuivons notre chemin.
Prochaine ville, prochaine étape, Logoualé. Cette fois, nous sommes bien en zone sous contrôle des Force Armées des Forces Nouvelles (FAFN), comme l'indique les écriteaux sur les panneaux et les murs à ce corridor de fortune.
« Descendez ! Descendez ! » Ordonne un élément très excité. Sans perdre de temps, nous nous exécutons, la peur au ventre. Pas la moindre bonne arrivée, ni même le moindre sourire. Après avoir pris nos pièces (vous pouvez présenter n'importe quelle pièce à photo), on nous demande de payer chacun la somme de 100F cfa. Chacun de nous débourse la somme exigée sans commentaire. L'agent nous remet alors nos pièces d'identités. Mais au moment où nous allions poursuivre notre route, un autre élément, visiblement plus excité que le premier, avance vers nous, arme en main, et nous demande dans un français approximatif : « Vous venez faire quoi chez nous ici ? C'est Gbagbo qui vous envoi non ? Toi le grand (s'adressant à moi), tu es gendarme ? »
Je n'eu même pas le temps de répondre qu'il se mis à soulever le bas de mon jean pour vérifier s'il y avait des traces de rangers. Il vérifia également l'extrémité de mes doigts. Après un interrogatoire musclé, il nous demande de lui verser chacun la somme 100F cfa. Nous avons collecté la somme exigée, et on pouvait enfin passer le corridor.
Ouf ! Plus de peur que de mal. Dans le véhicule, certains passagers boudaient ce comportement et faisaient des commentaires. Moi, je n'osais pas dire un seul mot. Je digérais difficilement ma peur. Beaucoup de questions tournaient dans ma tête sans réponse quand soudain, j'entendis à nouveau : « Descendez ! Descendez ! »
Nous étions cette fois au corridor de Zélé, juste à l'entrée de la ville de Man. Une fois à terre, c'étais le même chantage. Mais ici, après avoir « donné pour eux », on pouvait rentrer tranquillement à Man.
Nous voici donc à Man. Man avec ces belles montagnes qui s'impose dans toute la ville; Man avec ces cascades qui jaillissent des roches; Man avec sa forêt dense.
Mais à côté de cette beauté de la nature, la ville de Man a perdu énormément dans cette guerre. Perte en vie humaine, patrimoine détruit, locaux administratifs saccagés.
Après 4 années de guerre donc, voici le nouveau visage que présente la ville de Man.
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