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Reportage

Après 4 ans d'occupation rebelle, voici ce qui reste de Man
Jack Louamy  [ 5/6/2006 ]


Après 4 ans d'occupation rebelle, voici ce qui reste de Man

Man, capitale montagneuse demeure au bout de 4 années de guerre, une curiosité. Tant il est difficile d'imaginer, pour beaucoup d'ivoirien, la vie derrière le rideau de fer.

Pour rappel, la ville de Man a été prise par les rebelles du MJP et du MPIGO, le 28 novembre 2002, soit deux mois après le déclenchement de la crise armée en côte d'ivoire,en même temps que les villes de Biankouma, Danané, Touba…

Le Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP) du commandant Dely Gaspard, annonçait être venu venger la mort du Gnl Robert Guéï, quand le Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) du Sergent Doh Felix, voulait tout simplement chasser Gbagbo du pouvoir.

L'on se souvient encore, cette prise de la ville de Man faisait suite aux échecs des négociations menées par le groupe de contact de CEDEAO à Lomé. Mais l'on se rendra compte bien plus tard que ces deux fractions (MJP et MPIGO) et le MPCI, ne formaient qu'une seule et même branche armée.

L'installation de la rébellion à Man s'est faite dans la douleur. La plupart des fonctionnaires et non musulmans avaient été obligé de quitter la ville, abandonnant tout derrière eux.

L'administration à Man

En terme d'administration, il n'y en a véritablement plus. A part celle installée par les FAFN (gendarmerie, mairie, justice, douane…), on note la présence massive des organismes internationaux sur le terrain : ONU, PAM, MSF, ACF, UNICEF, HCR, Croix Rouge…

L'administration ivoirienne, la vraie, s'en sort avec une timide représentation. On note entre autre la présence d'une équipe d'environ 20 agents de la CIE, 4 agents de la SODECI, 2 agents de Côte d'Ivoire Télécom, et une représentation du Ministère de l'Education National composé de 3 agents.

Concernant le fonctionnement de l'hôpital général de Man, c'est l'affaire de Médecins Sans Frontière (MSF). Tous les soins sont gratuits.

Les banques, n'en parlons plus. Les locaux ont été tout simplement pillés, avant d'être saccagés. Les fonctionnaires de la ville sont donc obligés de se rendre dans la ville de Duékoué (en zone gouvernementale) pour prendre leur salaire.

A Man et banlieue, la population est captée côté FM, sur Radio Man, ONUCI FM, et RFI.

A la télé, les téléspectateurs, en plus des programmes de la première chaîne nationale, bénéficient gracieusement de TV5 et de GOTV. Cette dernière ne diffuse que des programmes télévisés consacrés essentiellement à l'actualité FN tant à Man, qu'à Bouaké et dans toutes les autres villes sous contrôle FAFN.

La mairie de Man est actuellement gérée par deux (2) adjoints au maire. Ces adjoints au maire qui sont restés sur place depuis le déclenchement des évènement, officialisent les mariages imposent et perçoivent des taxes qui sont ensuite partagées avec les responsables des FN. Mais ce qui est triste dans tout çà, c'est qu'il n'y a aucun projet de développement dans la ville. En dehors des réalisations entreprises par les organismes internationaux, ni les FN, ni les adjoints au maire, ne se soucient de l'image de la ville.

Quand la contrebande s'installe

La première chose qui frappe à Man, c'est l'odeur de l'essence qui fuse de partout. En réalité, cette odeur provient des véhicules et des points de vente de carburant. Cette essence proviendrait d'un réseau de trafiquants de carburant (super, gas-oil, et pétrole). Ce carburant qui provient de la Guinée est vendu à 400 ou 500F /L.

Sur le marché, d'autres produits de provenance Guinéenne ou Malienne sont proposés aux clients. Ce sont notamment les produits de grande consommation tels le savon, l'huile de table, la cigarette… Les mentions « vente en guinée » ou made in Bamako sur les emballages attestent cela.

A Man, la majorité des véhicules gardent encore leur immatriculation d'origine. D'ailleurs cela n'inquiète personne. Ce sont plutôt les véhicules avec les numéros bleus d'Abidjan, qui paraissent suspects. De plus dans la capitale montagneuse, et dans toute la zone sous contrôle FN, on n'a pas besoin de permit pour conduire, ni de carte grise, encore moins de visite technique. Seul le laisser- passer délivré par le Com'Zone de la ville est valable.

Le Bandji glacé tient la route

S'il y a un produit « Made in Côte d'Ivoire » qui se porte bien à Man, c'est bien le vin de palme appelé communément « Bandji » ou « Glawé » en langue locale.

A Man, les vendeurs de cette boisson ont eu la judicieuse idée de la glacer. Ainsi donc, chaque soir, la « rue princesse » de Man (Doyagouiné) est remplie de consommateurs du « Bandji glacé ». Du chef de guerre au simple guerrier (c'est comme çà qu'on les appelle), en passant par le simple citoyen, tout le monde prend sa dose avant de rentrer à la maison. Comparativement aux cannettes ou bouteilles de bière vendues entre 600 et 1000F, la bouteille de 33cl de « Bandji glacé » est à la porté de tous : elle ne coûte que 50F cfa. Comprenez que les gens se ruent sur cette boisson.

La prostitution accentuée par la guerre

La prostitution et la débauche ont pris des proportions inquiétantes à Man. La situation est des plus alarmante. Avec la guerre qu'a connu cette ville, trouver de quoi se mettre sous la dent est devenu difficile. C'est donc pour faire face à ces nombreuses difficultés existentielles que certaines filles gagnent leur argent à la sueur de leurs fesses. Ces filles ne se cachent plus. Tous les soirs, elles prennent rendez-vous devant les points chauds de la ville. Ainsi, « l'infinitif », « Aboussouan », « Guetty Night Club », « le privilège », « le Nzassa »… sont pris d'assaut par ces filles qui y vendent leur charme au premier venu.

Pour un poisson ou un poulet braisé, ou même un verre de bière, elles se donnent à vous. Et après avoir satisfait votre libido, vous n'avez qu'à lui tendre une pièce de 500F pour conclure l'affaire.

Les clients privilégiés de ces filles sont les casques bleus. Avec leurs ritulants véhicules frappés des initiales ONU, ces filles les jugent meilleurs clients. Et cette situation, les casques bleus du contingent Bangladais semblent bien l'apprécier.

Ce qui se passe à Man est désolant, scandaleux, et même effrayant. La prostitution à grande échelle se pratique de la manière la plus bestiale dans cette ville. Il est si difficile d'avoir un emploi, si rare d'avoir une main secourable, que l'on est tenté de s'adonner à toutes sortes de dépravations, pourvu qu'on puisse manger un peu. Les jeunes filles dans cette logique offrent leurs faveurs au plus offrant. Parfois au premier venu. Et la famille regarde. Impuissante. Sans doute, parce qu'elle profite elle aussi de l'argent « des fesses ».

Ce phénomène à Man, c'est également la montée du SIDA en Côte d'ivoire. Qui peut d'ailleurs instaurer la morale dans cet univers de débauche où le vice est roi, et où seul l'argent compte ?

C'est tout naturellement qu'on fait l'amour à 2, 3 voire 10. C'est tout naturellement qu'on fume un joint, avant une séance de partouze. On s'envoie en l'air jusqu'à perdre haleine. Peu importe si le/la partenaire est infecté par une MST.

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