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Tristesse chez les producteurs de coton du Mali BBC Afrique [ 28/6/2008 ]
En observant le sol sec et fissuré de ses champs près du village d'Ouseleboungou, dans la région cotonnière du Sud du Mali, Somala Doumbia attend la saison des pluies et ne sait pas trop quoi faire.
" Je ne planterai pas de coton cette année car la dernière récolte a été mauvaise". " Les pluies étaient irrégulières, j'ai perdu 100 dollars. Je suis découragé".
Somala Doumbia n'est pas le seul. Depuis 2005, quelque 57000 producteurs de coton se sont tournés vers d'autres cultures. Le signe que le secteur du coton, qui représente les 3/4 des recettes d'exportations du Mali, traverse une crise.
Ces problèmes interviennent au moment ou l'industrie cotonnière du Mali est sur le point d'être privatisée, un processus recommandé par le FMI et la Banque mondiale depuis 2001.
Au Burkina Faso, la privatisation de ce secteur a été positive. Mais le projet malien connait de sérieux retards ce qui risque de le remettre en question. L'échéance 2008 a été abandonnée et, selon des observateurs qui connaissent bien le dossier, il sera difficile d'entamer une privatisation avant la saison de récolte de cette année.
Dettes et retards
" Nous sommes inquiets à cause des retards", déclare Olivier Durand, un ingénieur agricole qui travaille pour la Banque mondiale à Bamako.
" Nous ne sommes pas sûrs que la privatisation se fera sans heurts, nous risquons de pas trouver d'investisseurs sérieux".
A l'origine de leur inquiétude : une dette de près de 200 millions de dollars accumulée par la Compagnie Malienne de Développement du Textile (CMDT), un organisme étatique qui achète vend et traite le coton pour le compte des producteurs et qui aujourd'hui est en passe d'être privatisé.
Même si le prix du coton sur le marché mondial est à en hausse, chaque mois qui passe ne fait que creuser le fossé de la dette déjà accumulée.
De plus, on s'interroge sur ce qu'il adviendra de cette dette si la CMDT est privatisée. Selon un responsable du Programme de restructuration du Secteur du Coton au Mali, les autorités ont reconnu que le processus a souffert d'une mauvaise planification et de retards techniques.
Le gouvernement malien a adopté le projet de loi ce qui constitue une étape importante avant qu'il ne soit voté par le parlement.
Mais, selon les experts, les producteurs de coton n'ont pas les moyens d'entretenir les équipements et d'acheter les fertilisants.
" Pour sûr, nous aurons des acquéreurs, mais je ne sais pas s'ils vont payer le prix escompté", déclare Olivier Durand.
" C'est comme s'ils voulaient acheter une usine d'occasion et qu'ils essayaient de payer la moitié de sa valeur réelle. Je ne pense pas que le gouvernement soit prêt à l'accepter".
Mais comment la CMDT en est arrivé là?
Des fermiers mis à l'épreuve
La dette est symptomatique des difficultés que traverse le secteur du coton.
Les pluies de 2007 ont été tardives et la saison n'a duré que quelques mois. Par conséquent, la moisson n'a pas été abondante: 247,00 tonnes de coton alors qu'elle était en moyenne de 600 000 tonnes dans les années 1990.
Le temps de la récolte
Les fermiers ont également été touchés par les subventions accordées aux agriculteurs des pays riches et par la chute du dollar sur le marché mondial.
Pour combler ses pertes, la CMDT a promis d'offrir un prix garanti aux fermiers pendant plusieurs années mais elle parvient difficilement à tenir ses promesses.
Dans le village d'Ouelessebougou, Somala Doumbia est l'un des milliers de producteurs qui n'ont pas encore été payés pour les récoltes de 2007.
Il estime que la privatisation n'est pas nécessairement mauvaise, "à condition que nous soyons payés", dit-il.
Il ya peu de chances que le projet de privatisation soit abandonné, mais à moins que les problèmes que connait l'industrie du coton ne soient réglés, cette solution pourrait ne pas suffire à ces fermiers qui pourraient décider de quitter le secteur du coton.
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