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Enquête

Concours et examens de fin d'année: çà triche fort !
Jack Louamy  [ 16/6/2008 ]

Littérature

Les concours et examens de fin d'année sont devenus de véritables mascarades où se pratiquent la tricherie à grande échelle et la corruption. Opération hibou, défense en ligne, pétrole ou pédja, ou encore mercenariat, sont des business devenus très juteux qui pourtant tuent l'école ivoirienne. Notre enquête !

Nous sommes en plein dans la période des examens de fin d'année. Et comme il est de coutume chaque année maintenant, parents d'élèves et candidats s'activent pour trouver un circuit. Circuit de fraude bien entendu. La triche est devenue la norme. La devise, c'est : « Tricher pour réussir ».

La Côte d'Ivoire est malade de ses concours et examens de fin d'année. Corruption et autres pratiques honteuses sont devenues de véritables gangrènes qui ont étalé leurs métastases dans tout le système éducatif et l'administration ivoirienne. Des enseignants aux parents d'élèves, en passant par les surveillants et les responsables de centres d'examen, les membres des centres de correction, et même les agents de service de maintien d'ordre, tout ce beau monde corrompu, participe à la tricherie.

Lors de notre enquête, nous avons décelé quatre (4) grands types de tricherie. Il s'agit notamment de l'opération hibou, de la défense en ligne, du pétrole encore appelé pédja, ou du mercenariat.

L'opération hibou
L'opération hibou est le nom de code d'une forme de tricherie qui se pratique à grande échelle, et qui implique une chaîne d'examinateurs. Le nom hibou a été donné du fait que l'opération se déroule la nuit.

Il s'agit en effet une fois la nuit tombée, de faire recomposer le candidat après chaque épreuve, soit dans le centre d'examen, soit dans un autre local non loin du centre. Les candidats qui ont déboursé de l'argent (entre 200 000F et 300 000Fcfa) se retrouvent pour reprendre, avec les corrigés, les sujets qu'ils ont traité dans la journée. Une fois le travail accompli, les surveillants se chargent de substituer les copies du candidat.

La défense en ligne
Les membres du secrétariat sont au centre d'une autre fraude qui se fait pendant même que les candidats composent. Il s'agit de la défense en ligne. Avec la complicité des surveillants, les candidats réunissent une somme qui est remise à un autre surveillant, ou un membre du secrétariat qui est par ailleurs enseignant dans la discipline dans laquelle ils doivent composer. Celui-ci après avoir rédigé le corrigé de l'épreuve, et sous prétexte de fournir des feuilles de brouillons à des candidats, glisse de façon subreptice le corrigé de l'épreuve sur une feuille de même couleur, à un ou deux (2) candidats. Ceux-ci devront se hâter de recopier le corrigé, et de le faire ensuite circuler aux autres candidats ayant cotisé pour le surveillant. Bien entendu tout cela se fait dans la discrétion totale pour éviter de se faire prendre.

Le pétrole ou pédja
On entend souvent des candidats dire : « Le pétrole a coulé cette année ». Il s'agit ici d'épreuve de corrigés d'épreuves, qui sont vendus aux candidats avant même le déroulement de ses épreuves. Généralement, les acteurs du pétrole sont des fonctionnaires des ministères concernés par l'examen ou le concours en question.

Le pétrole se vend entre 100 000F et 200 000F l'épreuve. L'avantage ici, c'est que le candidat connaît d'avance, les questions qui lui seront posées lors de la composition.

Le mercenariat
Plus récent que toutes les méthodes citées plus haut, le mercenariat comme son nom l'indique, consiste à envoyer un « mercenaire » en salle de composition. En d'autres termes, à travers ce système, le candidat réel se fait remplacer par une tierce personne dans la salle d'examen.

Les noms, prénoms, date et lieu de naissance, et tous les autres coordonnés qui figurent sur les documents, sont ceux du candidat réel, à l'exception de la photo d'identité qui est celle du mercenaire. Pour cette opération, le candidat débourse entre 200 000F et 300 000Fcfa.

Autres méthodes
L'innovation technologique dans la fraude lors des concours et examens de fin d'année, est la tricherie par SMS. Le candidat en salle d'examen, envoi discrètement par SMS, les questions qui lui semblent incompréhensibles, à son complice qui est hors de la salle. Celui-ci, à l'aide de références (cahier de cours, livres, fascicules et autres documents…), envoi les bonnes réponses, toujours par SMS, à son candidat en salle. Il importe pour cette méthode de mettre le téléphone sur silence ou sur vibreur pour ne pas attirer l'attention des examinateurs.

L'évolution technologique a fait qu'on est passé maintenant aux Ipod, et aux oreillettes miniaturisées. Le candidat qui a pris le soin d'enregistrer le corrigé des épreuves sur son Ipod, ou son oreillette, n'a plus qu'à le faire jouer, une fois en salle.

Aujourd'hui, tout le monde est d'accord pour dire que la fraude existe bel et bien en Côte d'Ivoire. Mais que fait on pour y remédier ? Toutes les tentatives de nos autorités, sont restées vaines à ce jour. La tricherie continue de s'enraciner dans le système éducatif ivoirien. Et les conséquences sont entre autres la décrédibilisation de nos diplômes à l'étranger. Au niveau national même, certaines entreprises n'accordent aucun crédit à nos diplômes.

Les parents d'élèves et les enseignants qui devaient contribuer à lutter contre la tricherie, sont hélas, ceux là même qui organisent la fraude. Quelle société et quel type de citoyen veut on former pour notre pays ?

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