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Carnet de bord de Harare: Violence et intimidation Bbc [ 11/5/2008 ]
Les sans-abri espèrent que la situation va bientôt changer
Esther (son nom a été changé), 28 ans, qui exerce une profession libérale à Harare, la capitale du Zimbabwe, écrit régulièrement un carnet de bord sur les défis que la population doit relever.
Le Zimbabwe connait une grave crise économique. Le pays a le taux d'inflation le plus élevé au monde et seulement une personne sur cinq a un emploi.
J'ai un ami dont le frère est professeur dans un quartier qui, dit-on, connait les violences postélectorales parmi les plus graves.
Quand l'école a repris, il y a une quinzaine de jours, il a décidé de ne pas se présenter.
Apres quelque temps, il à pensé qu'il pourrait retourner dans son école sans courir de risque, étant donné qu'aucune information ne faisait état de violences dans l'établissement.
Il a été enlevé à son domicile le lundi soir, bastonné et ramené chez lui.
Il a réussi à envoyer des SMS à sa famille pour lui dire de ne pas venir le chercher pour le faire soigner. Ses assaillants lui avaient donné l'instruction de ne pas quitter la zone sinon il aurait affaire à eux.
Parce qu'il n'a pas de carte à la Zanu-PF, il a été pris pour un sympathisant du MDC.
Et le pire, c'est qu'on lui a donné un "certificat" pour prouver qu'il avait été bastonné.
On lui a dit de le montrer à chaque fois que quelqu'un voudrait le rosser pour prouver qu'il l'avait déjà été.
Le document avait même été daté avec un tampon et portait la signature du chef du groupe.
Un autre de mes amis avait un oncle qui est décédé récemment. Il m'a dit qu'il se demandait s'il devait ou non aller à la campagne pour assister à l'enterrement.
Des fermes ont été attaquées par des anciens combattants
Ses parents lui avaient dit que des "anciens combattants" dans la zone avaient érigé des barrages routiers, qu'ils arrêtaient et fouillaient tous les véhicules et qu'ils disaient aux gens qui se rendaient à Harare de rebrousser chemin.
En fin de compte, il a décidé de se rendre aux obsèques de son oncle pour lui rendre hommage: il verrait bien.
Il n'est pas encore rentré, alors je ne sais pas comment ca s'est passé.
Les gens disent que c'est un avant-goût de la période pré-électorale: elle devrait être faite de violence et de harcèlement.
L'objectif est d'obliger les sympathisants de l'opposition à être loin de chez eux pour qu'ils ne puissent pas voter le jour de l'élection.
Il est impossible que ces gens mentent. Les informations en ce sens sont trop nombreuses, et proviennent de trop de zones différentes.
La vie en ville
Pour les citadins, le problème principal, comme toujours, c'est l'augmentation des prix.
Les prix des transports publics ont été multipliés par deux en une semaine. Vendredi dernier, un aller coûtait 50 millions de dollars, et aujourd'hui, exactement une semaine après, il faut débourser 100 millions de dollars.
La liste des produits que l'on pensait être de première nécessité, et qui sont depuis devenus un luxe, ne cesse de s'allonger.
Par exemple, on utilise de la lessive pour prendre un bain. On se prive de pain et on cultive des ignames à la place. Et si on ne peut pas en faire pousser, on en achète parce qu'ils reviennent beaucoup moins cher.
Mais cette semaine, ma compassion va aux Birmans plutôt qu'à mes compatriotes.
Ils ont froid, ils sont trempés, ils ont faim et ils sont sans abri, pendant que leurs dirigeants se demandent s'ils doivent ou non accepter l'aide étrangère.
Les souffrances que les gens doivent endurer, alors que le monde respecte la souveraineté, sont incompréhensibles.
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