
Journées hommage à Amédée Pierre: Un hommage en costume et non un à titre posthume
L'association Awalet Art et culture a célèbré du 5 au 13 juillet Amédée Pierre, l'architecte de la musique ivoirienne, avec en apothéose, un grand concert au Palais de la Culture.
"Un hommage en costume est mieux qu'un hommage posthume". Car les africains ont la manie de rendre toujours hommage aux morts alors que de leur vivant, ils sont laissés pour compte.Amédée Pierre lui, est encore vivant, et il a la reconnaissance de toute la Côte d'Ivoire, avec en premier lieu, la société savante qui lui voue un véritable culte.
Nahounou Digbeu ou Amédée Pierre est un dieu ou a vécu comme un dieu. Malgré l'usure du temps, sa frêle silhouette qui ploie sous le poids des ans, affiche encore les allures d'un dandy, avec un raffinement d'éternel tombeur. Raison pour laquelle l'association Awalet a décidé de le magnifier. Amédée Pierre, c'est une œuvre qui résiste à l'épreuve du temps et des générations. Son nom, c'est la musique ivoirienne dans sa dimension moderne.
Des journées hommages, des panels ont été animés par les professionnels des arts et de la culture. "Sur les traces de la musique moderne ivoirienne : Amédée Pierre et les autres", "Amédée Pierre : un homme, une voix d'hier, d'aujourd'hui et de demain", "Poétique de la poésie d'Amédée Pierre", "Nos grands hommes de culture face à leur destin : quelle politique pour les garder vivants ?" Ces thèmes, les uns aussi importants que les autres, ont été conclus par une journée d'échanges et de témoignages. Il y a aussi eu une exposition, des projections de films, des conférences, des panels et des témoignages. Le clou de ces journées hommage a été le concert du vendredi 13 juillet qui a vu des adultes et des personnes du 3ème âge, qui chantent et dansent avec entrain. Des spectateurs qui, dans des transports de joie, s'agenouillent devant le «Dopé national» en signe d'hommage…
"Amédée Pierre fait partie des premiers artistes à chanter dans nos langues. Et opérer cette rupture, pour nous, avait une valeur nationaliste. Il a joué un rôle important au commencement de notre indépendance : créer les conditions de notre indépendance culturelle". constate le professeur Séry Bailly, l'un des meilleurs chroniqueurs ivoiriens. Bailly Spinto ne dit pratiquement pas autre chose. "C'est le précurseur, explique-t-il, c'est le bâtisseur de la musique moderne ivoirienne".
Amédée Pierre, c'est à la fois, le précurseur, mais aussi le créateur. N'est-ce pas lui qui avec un certain Joseph Pango, a créé en 1968 l'orchestre national de la Côte d'Ivoire ? C'est encore lui qui est à la base de la création du Burida avec le soutien de plusieurs intellectuels. En tout cas, Amédée Pierre a tout donné à la musique.
Aujourd'hui, avec ses 70 ans bien sonnés, il vit les privilèges des précurseurs. Fils de fonctionnaire, c'est en 1949 qu'il découvre la région de Daloa d'où sont originaires ses parents. Un an plus tard, il rejoint son père à Abidjan où il est inscrit à l'école Saint Jean-Bosco de Treichville. Là-bas, il décroche son Certificat d'Etudes primaires élémentaires (CEPE). Malheureusement, le jeune Amédée perd la même année sa mère Doudou Séry. Affecté au Collège classique d'Abidjan, (aujourd'hui Collège moderne du Plateau), Amédée s'offre son diplôme de premier cycle. Mais l'enseignement, encore moins les travaux champêtres n'étaient pas son dada. Après un tour au conservatoire du Plateau, il monte avec son ami homonyme Christophe Digbeu, le duo "Patrice et Mario". Il donne alors quelques spectacles dans les lycées et collèges en interprétant les tubes à la mode à cette époque. Malheureusement, en 1957 ce duo prend fin à cause du départ en France de son second Christophe Digbeu. Amédée devient alors un dandy bohémien. Entre-temps, il fallait faire bouillir la marmite à la maison. Le jeune artiste fait alors un tour aux Grandes Endémies, grâce à son oncle Abiali Guéi qui lui trouve un poste d'infirmier. A Dimbokro où il est affecté, il s'adonne à des activités syndicales. Ce qui lui coûte amèrement son poste. De retour à Abidjan, il s'adonne corps et âme à son art : la musique. Puisque c'est ce qu'il voulait faire. En 1962, il sort son premier disque Zado Gbabaano. La suite, on l'a connaît… Amédée Pierre revendique aujourd'hui plus 170 chansons, avec des titres qui sont devenues cultes dans le répertoire musical ivoirien. Médaillé du mérite culturel et médaillé du mérite, le papy est célèbré, depuis près d'une semaine par l'Association Arts et Culture de Mme Bekouan". Une initiative porteuse d'enseignements "comme le reconnaît le chef de l'Etat".