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Toto parle à rezoivoire.net
Interview réalisée par Roger Kassaraté
Qui me connait pas les humouristes « Dago et Toto » des années 1980. Nous avons rencontré «Toto » le complice de « Dago », son
cousin. L'homme d'ordinaire reservé a décidé, de rompre le silence. Il parle de tout. Et c'est Rezoivoire qu'il a choisi.
Interview
Toto Kakou Jean Baptiste: « Je ne sais pas ce que nous avons fait à l'Etat, Dago et moi, mais nous attendons d'être décorés »
Rezoivoire.net: Veuillez vous présenter aux internautes.
Toto: je m'appelle Toto Kakou Jean Baptiste. J'étais maitre d'éducation permanent
au ministère de la jeunesse et des sports. Mais j'ai exercé toute ma profession dans la culture. J'ai préféré garder le nom Toto pour
plus d'originalité. Et, c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, tous les jeunes comédiens préfèrent garder leur nom de famille. Ainsi donc,
Toto, cela remonte à 1975 où j'ai été comédien à la télévision ivoirienne.
Etes-vous passé par une école de théatre?
Non, je n'ai pas fait d'école de théatre. Je suis né avec la comédie que j'ai perfectionné à l'INJS (Institut
National de la Jeunesse et des Sports)quand j'étais en stage car on avait comme unité de valeur l'art dramatique. Là-bas, j'ai pu
renforcer ce que je connaissais.
On ne vous voit plus sur nos petits écrans. C'est à croire que vous avez été oublié ou vous
n'êtes plus sollicités.
Je dirais que je ne suis plus sollicité. Oublié, non! Parce que beaucoup d'ivoiriens savent ce que nous avons fait
Dago et moi. Quelques fois, dans les rues, les gens m'interpellent pour savoir mon retour à la télévision. c'est pour signifier que je
n'ai pas été oublié mais seulement les gens nous demandent d'attendre. nous avons attendu en vain. Il y a une nouvelle génération de
jeunes comédiens qui est monté au créneau pour nous remplacer. C'est tout.
Je ne suis plus sollicité. Je joue au ludo avec les autres retraités.
c'est ma seule distraction 
Après la série « Dago et Toto » avez-vous participé à d'autres series?
Pratiquement non. Mais comme j'étais à l'époque à l'extra scolaire, j'ai participé à beaucoup de petits films
éducatifs qui sont passés à la télévision ivoirienne pour la masse. Ces films ont eu un grand succès tels « Waribana » (l'argent est
fini: ndlr) «l'imprévoyant » que tout le monde appelait «koutoukouakou ». Ce sont ces films auxquels j'ai participés en tant que
comédien à l'extra scolaire. A part cela, aucune autre porte ne s'est ouverte.
A quand remonte votre rencontre avec Dago?
Précisement en 1975 dans un village Attié appelé Ebimpé. Nous avons passé deux semaines ensemble et cela a permis
de fortifier nos liens et de nous connaître véritablement. Au sortir de là, Georges Taï Benson a eu besoin de nous pour des sketchs à la
télévision ivoirienne. Depuis lors, nous ne nous sommes plus quittés.
Que devient votre ami Dago?
Il est en Côte d'ivoire. Pour l'heure, il est malade. il a un diabète qui le fatigue. il n'est pas mort comme le
prédisent certaines langues. Sa santé se détériore.
Etes-vous marié?
Je suis marié légalement avec 13 enfants et plus de 20 petits fils. Mes enfants sont productifs et c'est ma plus
grande joie.
Vous êtes à la retraite. Comment toto comble t-il ce vide?
J'avais voulu dans le temps essayer de faire de la promotion dans les grosses boîtes de la place. J'ai parcouru
toute la capitale ivoirienne en vain. Même les camions publicitaires qui étaient mes cibles. Pour finir, j'ai tapé à toutes les portes
qui me sont restées hermetiquement fermees. Je ne fais rien donc. Rien. De temps à autre , je joue au «LUDO » avec les retraités comme
moi. C'est ma seule distraction d'ailleurs.
Quel jugement en tant que doyen portez-vou sur la jeune génération de comediens?
Cette nouvelle génération est différente de l'ancienne. Aujourd'hui, vous voyez des comédiens qui « forcent » la
comédie pour devenir après des chanteurs. Je ne sais pas si c'est un créneau qu'ils cherchent en se disant comédiens à la RTI (Radio
diffusion télévision ivoirienne ndlr) pour sortir des cassettes. Par rapport à nous, regardez Leonard Groguhet qui est resté tel, Adjé
Daniel qui faisait du théatre populaire n'a pas changé. Les jeunes comédiens par contre, il suffit d'être invités une ou deux fois à la
télévision pour qu'ils se prennent pour des vedettes. Je ne sais pas si c'est la course à l'argent. Aujourd'hui, les «vrais comédiens »
sont partis (Groguhet, Adjé Daniel; Dago, Toto, Bitty Moro sont tous à la retraite. La jeune génération a de la valeur mais ce n'est
plus le même engouement, le même esprit.
La crise a tout chambouler. Il n'y a pas de xénophobie en Côte d'Ivoire. Nous
devons faire la paix et vivre ensemble 
Ne peut-on pas expliquer cette effervescence par le fait d'avoir de l'argent rapidement?
Je pense que c'est l'un des aspects. Mais il ne faut pas les condamner pour autant. La société est devenue si
difficile. Chacun veut avoir «quelque chose ». Il faut donc passer par tous les moyens pour avoir un peu de liquidité dans la poche.
C'est ce qui fait que beaucoup s'erigent en chanteurs quand bien même que leurs voix ne s'y prête pas. C'est la pauvreté.
En tant que figure emblématique de la comédie ivoirienne, quels conseils donnez-vous aux
ivoiriens par rapport à cette crise?
La crise est venue tout chambouler. Elle est arrivée de manière imprevue. Si c'était un autre pays qui avait
attaqué la Côte d'ivoire, on allait peut être prendre d'autres dispositions. Mais c'est entre nous ivoiriens, à cause des malentendus.
Certains ont pris des fusils pour tuer, chasser de leurs villages d'autres ivoiriens. Je crois ce n'est pas une bonne chose. Mais Dieu
aidant, nous sommes à la fin de cette crise. il faut savoir pardonner. Que les ivoiriens acceptent de se pardonner, de revivre ensemble.
En tant que comédien, si j'étais encore à la RTI, nous aurions monté des sketchs pour prouver à la communauté internationale qu'il n'y a
rien que des malentendus. D'autres disent qu'ils sont marginalisés, objet de xénophobie. il faut montrer qu'il n'y a rien de tout cela.
Est-ce que réellement, la xénophobie existe en Côte d'ivoire?
Cela n'existe pas. certains disent qu'on les traite d'étrangers mais il n'y a pas un village ni un campement où
ils n'y sont pas. Alors ceux-là (il prend un air triste) ne doivent pas prendre les fusils à cause de se pretexte. Il y a des forces
extérieures qui ont poussé nos frères à prendre des armes contre leurs frères. il faut qu'on arrête parce que les ivoiriens sont fatigués.
Les comediens d'aujourd'hui forcent pour devenir chanteurs après 
Toutes bonnes chose ayant une fin, votre mot de fin
Bonne et heureuse année 2006 à tout le monde. Je le disais tantôt, il faut que les ivoiriens s'acceptent dans la
différence. Nous sommes après tout des frères. Nous devons nous reconcilier et vivre ensemble. Ceux mêmes qui sont les leaders
s'entendent. Alors ce n'est pas nous qu'ils entrainent dans leur sillage qui devons nous entre-dechirer. Je souhaite que ceux qui ont
pris les armes trouvent cela comme un dérapage et qu'ils reviennent à la raison. Que notre beau pays devienne de plus en plus prospère.
Plus nous faisons la gurre, plus nous devenons malheureux. Mettons fin aux rancoeurs, aux petits gestes et que la paix revienne au pays.
Aussi, je lance un cri de détresse à l'endroit des autorités ivoiriennes. Nous avons eu beaucoup de relations qui s'éteignent au fur à
mesure que le temps passe. Nous ne savons pas ce que nous avons fait Dago et moi à l'Etat mais nous attendons dêtre décorés.
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