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Sidiki Bakaba, réalisateur du film documentaire "La victoire aux mains nues"
Entretien realisé à Abidjan par Raymond Alex Loukou

"Il ne faut pas attendre que les médias étrangers portent un regard déformé sur notre crise avant que nous ne réagissons"

Sidiki Bakaba
Sidiki Bakaba

Rezoivoire.net: A quel besoin répond ce film ?

Sidiki Bakaba: C'est un film témoignage sur les évènements vécus en novembre 2004. Mais il faut dire que depuis 2002, je filme tout ce qui touche à la crise. Ce film est un témoignage pour les générations à venir. Il faut qu'elles sachent que leur indépendance a été acquise au prix du sang de leurs devanciers. Il faut qu'elles comprennent mieux ce qui s'est réellement passé avec les yeux d'un des leurs. Ce film est une façon de rompre avec ce passé traditionnel qui veut faire croire que le France est un bon père qui ne veut que le bien de ses enfants.

N'avez-vous pas peur qu’on le taxe de nationaliste ?

Je l'assume; c'est un film partisan. Ce n'est pas un film objectif mais il a au moins le mérite de dire les choses crûment sans fard. Quand un pays est attaqué, en tant que citoyen de ce pays, il faut se lever et prendre parti pour la patrie. Même les grandes nations du monde comme la France ont vécu la chose de la même manière face à l'agression extérieure. Face à l'occupation allemande, les Français se sont levés qui avec sa caméra, qui avec sa plume, qui avec son pinceau...
Tout le monde a pris parti et c'est ça le patriotisme et personne n'a trouvé. Pire encore les traîtres ont exécutés. il ne faut pas attendre que les médias étrangers portent un regard déformé et déformant sur notre crise avant que nous ne réagissons. Ce schéma classique est révolu.

Vous avez pris de gros risques en filmant dans le feu de l’action.

Le risque, c'est relatif. Lorsque vous êtes agressés vous n'avez pas le temps de reculer. Quand j'ai vu les jeunes sur le pont De Gaulle qui défiaient les balles assassines des hélicoptères français on ne parle plus de risque mais de survie. Ce sont ces jeunes qu'il faut féliciter. Moi je n'ai fait que les suivre dans leur élan. Je ne peux m'arroger cette victoire qui revient de droit à la jeunesse ivoirienne. Vous savez, le danger, on le vit tous les jours. Partout il y a des risques. Le plus important c'est que les jeunes comme un seul homme ont dit Non, Non ! et Non !.

Sidiki Bakaba

Il semblerait que ce film a fait le tour de capitales européennes. Quelle a été la réaction du public ?

Nous n'étions pas dans toutes les capitales occidentales. Ce qu'il faut savoir c'est que nous étions en Guadeloupe et là-bas, l'accueil a été excellent. ça leur a rappelé l'épopée guadeloupéenne. L'émotion était à son comble. Il y a eu deux dames sud-africaines qui ont coulé des larmes il y avait dans le film comme une allusion aux atrocités subies par les Noirs de SOWETO pendant l'Apartheid. Ce qui est intéressant à souligner c'est qu'ils ne voyaient plus ce film comme un film ivoirien mais comme un film africain dépeint les souffrances subies par tout un continent. Le film est passé à Pointe-à-Pître et en Espagne, au Festival des Droits de l'Homme. La projection qui a eu lieu à la Rochelle (France) a été enrichissante parce que les débats ont été houleux compte tenu du fait que la Rochelle a été une plate-forme importante dans le commerce des Noirs. Et cela a coïncidé avec les émeutes des banlieues. On sera à Paris le mois prochain et là je sais que ça va faire des étincelles avec les émeutes qui ont atteint Paris en plein coeur aujourd'hui.

La suspension du général Poncet apparaît comme l’une des conséquences des évènements de novembre dernier. Quel commentaire en faites-vous ?

Je n’ai pas de commentaire spécial à faire. C'est trop tôt d'ailleurs! Je fais partie de ceux qui croient que toutes les actions que nous menons sur la terre payent d'une manière où d'une autre. Je crois que la justice divine ne peut tolérer une telle cruauté. De façon prémonitoire, nous avons fait un spectacle intitulé « l'Adieu au général Poncet ». Un chef traditionnel a fait des libations pour que les responsables de cette barbarie payent. Quelques jours après le général a été suspendu. Mais pour l'instant il n'est que suspendu. Restons vigilants!

Un mot de fin ?

Il faut espérer en des lendemains meilleurs. Nous devons comprendre que la liberté ne s'octroie pas mais s'arrache. Et c'est à la sueur de notre front et souvent au prix de notre sang que nous devons acquérir notre liberté. Au début, ils ont dit : on va brûler ce pays. On va détruire ce pays. Au final on se rend compte que c'est le mauvais chemin qu'on a emprunté. Ayons le courage de renoncer aux armes. faisons donc la paix mais pas une paix à nos dépends...

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