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Serge Kassi: "Je ne regrette rien"
Interview réalisée par Sylla Moris Swary Image: Cesar Adohi (Synapse Communication)
Les uns, l'aiment pour sa musique. Les autres, pour son engagement. Certains, pour ne rien au monde ! Depuis
les années 90 jusqu'à nos jours, Serges Kassy assume… Faites bien le calcul, ça vous donne une bonne quinzaine
d'années. Ce n'est pas rien 15 bougies, ça se fête ! À l'hôtel Ivoire, ce 01 décembre et 02 décembre, le reggae
man vous offre sa carrière en image et en son. (Exposition photo, table ronde, documentaire...). Pour terminer, sa
fête en beauté, c'est le live… gratuit, samedi 03 décembre 2005 au complexe sportif de yopougon ! Mais d'abord,
sur sa vie, ses choix et ses envies le « sergent » des patriotes a réponse à tout. L'interview exclusive, c'est
ici !
Serge Kassi
Sergent, où t'étais passé ?
J'étais là.je faisais autre chose. J'alternais mes activités patriotiques et ma musique. ça fais bientôt, 2ans que
j'ai fais mon dernier album. J'avais mis disons un bémol à mes activités musicales parce que je voulais aider mon
pays à d'abord retrouver son unité perdue. Sinon, je suis là !
Ça va donc ?
Oui, ça va !
Tu as donc repris goût à la musique ?
Je ne peux pas volontairement dire que j'ai repris goût à la musique. La côte d'ivoire a été attaquée depuis le 19
septembre 2002. J'estimais alors que pour mon pays, je n'avais pas que des droits. J'ai aussi des devoirs. Et étant
donné, que je suis un leader de jeunes, mon devoir était du côté de ses jeunes là pour les aider à ramener la paix
et la réconciliation.
Quinze années de « musique et d'engagement » comme annoncé dans les spots, qu'est ce ça
signifie pour un artiste comme toi ? Le chiffre « 15 » c'est fétiche pour toi ou quoi ?
J'avoue toute de suite que l'initiative ne vient pas de moi. J'ai des amis. C'est vraiment, ces amis qui ont décidé
que je fasse un bilan. Ils estiment que j'ai fais beaucoup pour mon pays, les actes que j'ai posé au nom de pays et
la lutte que j'ai mené méritait reconnaissance. J'ai trouvé l'idée géniale. Et ils m'ont fais la proposition qu'en
plus du volet artistique, parce qu'au départ, on avait prévu juste un concert, il fallait associer à l'événement
un volet scientifique c'est-à-dire présenter à tous ceux qui m'ont suivi depuis 15 ans, à tous ceux qui m'ont aimé
et applaudi et qui ne connaisse pas mon côté jardin de faire pour eux une exposition photo. A l'hôtel Ivoire,
c'est toute une carrière que les ivoiriens découvriront. Ils verront l'autre face cachée de Serges Kassy. Il aura
des jeux, une centaine de photos exposées pour que tous les mélomanes viennent découvrir la vraie face de l'artiste
que je suis. Un documentaire relatera aussi un peu l'essentiel de ma carrière en 20 minutes minimum. A travers le
témoignage des gens qui m'ont connu. le deuxième jour c'est-à-dire le 02 décembre 2005, une table ronde accueillons
toute l'intelligentsia culturelle, social, économique ivoirienne. Ces personnes viendront débattre des 15 ans de
Serges Kassy. Et il aura, C'est sûr, des débats contradictoires. Parce que durant toutes ces années, on n'a pas
fait que des heureux....on s'est aussi fait des ennemis, des personnes qui n'apprécient pas les actes que nous
avons posés. Et, je pense qu'au sorti de tout ceci, on essayera d'améliorer nos comportements. On essayera d'être
plus fort pour attaquer le futur.
Dans quel état d'esprit à quelques jours seulement de ta grand'messe ?
Un peu fatigué...heu …angoissé même. Beaucoup de stress aussi parce que tu sais, quand on est à la veille de ce
genre d'évènement on pris le seigneur pour que les choses se passent bien et qu'on en retiennent quelque chose de
positif. Surtout, pour les hommes que nous sommes. C'est surtout dans cet état d'esprit que je suis.
La musique, Serges ça te vient d'où ?
Je ne suis pas d'une famille de musiciens. Je suis le seul enfant de la famille à adopté comme métier la musique.
C'était à l'Arras (Treichville). Très jeune, j'étais dans le même quartier que Bailly Spinto, que feu Jimmy
Hyacinthe, que le grand Kassiry, que Georges Ouédraogo, que Wedji Ped… et je suivais la plupart de ses artistes là,
je ramassais les matériels après leur spectacle. Quand, il avait des bouffes-party, des bals de fin d'année... je les
aidais a placé le matériel. Et Cela, me permettait en retour de suivre de près leur prestation gratuitement. Je
crois d'ailleurs que c'est tout qui a été pour quelque chose dans mon éveil musical.
On t'a beaucoup vu sur la scène politique. Avec cet engagement dans l'arène politique, tu
n'avais pas peur que tes fans soient un peu désorientés ?
Tu sais, dans la vie, il y a des actes que tu poses et ces actes là quand tu les poses, il faut en assumer l'entière
responsabilité. Et, je pense que pour mon pays, je n'avais pas de choix à faire. J'ai estimé que les institutions
de la république étaient en danger. La Côte d'Ivoire était attaquée et seuls ses enfants pouvaient mieux la
défendre et c'est ce que j'ai fais. C'est vrai, il y a des gens qui sont pour et d'autres contre. Dieu lui-même
ne fait pas l'unanimité. Ce n'est pas la chair lui-même a crée qui va dire le contraire. Donc, j'assume les actes
que j'ai posés. J'ai peut-être fais l'effort quelque part de diminuer le nombre de personnes qui aimaient Serges
Kassy ! Mais, je pense sincèrement que mes fans qui se situent du côté de mon choix, doivent certainement être les
nombreux parce que nombreux sont ceux qui ont compris le sens de ma lutte. Encore, une fois, Il s'agissait de la
Côte d'Ivoire. Et,ce pays mérite bien plus que des sacrifices. Mieux que ce nous avons fais… en clair, les fans qui
aiment leur pays aiment, aiment Serges Kassy.
La musique reggæ actuellement en Côte d'Ivoire est au point mort ? Tu ne te sens pas un peu
coupable ?
C'est toi qui le dis. Sinon par rapport à la disposition discographique, il y a toujours des albums qui sortent.
Alpha Blondy vient de sortir un Best of...
Ce n'est qu'un Best of remixé…
Oui. C'est vrai! Ce n'est pas un album. Mais cela veut qu'à même dire qu'au niveau de la production il y a aussi
Fadal Dey qui est sorti, Hamed Farras également ainsi que Jim Kamson…sauf que la situation sociopolitique fait
que les gens sont préoccupés à chercher leur pain plutôt que à s'offrir un album. Pour ça uniquement, je peux dire
que nous sommes au point mort et pas pour autre chose.
Le coupé décalé n y'est pas pour quelque chose ?
Le raggae n'est pas une musique de mode. Tu ne peux pas comparer le « coupé décalé » au raggae. Le « coupé décalé »
est une musique est une musique qui est à faire bonne mine sur le plan international. C'est tant mieux ! Mais, le
reggae, je suis désolé ce n'est pas une musique de mode. C'est une musique qui vit dans le temps. Le seul problème
actuel, c'est un problème économique. Sinon, les artistes raggae bougent sur scène. Aujourd'hui, Tiken Jah est un
peu partout sur la scène, Alpha Blondy est présent sur la scène aussi. Serges Kassy malgré les activités
patriotiques est également sur le devant de la scène. J'étais en Egypte y a pas longtemps. A l'opéra du Caire, où
j'ai représenté toute l'Afrique. Voilà !
Est-ce que tu aimes le coupé décalé ?
Ah oui !j'aime bien le coupé décalé et je le danse parfaitement.
Si un faiseur de coupé décalé s'approchait de Serges pour un album typiquement « coupé
décalé », accepterait-il ?
J'accepterais, pourquoi pas ? Le coupé décalé est une musique qui permet à la Côte d'Ivoire de mieux s'exporter.
Et, il suffit que les animateurs de ce genre musical s'organisent d'avantage et les choses iront pour le mieux.
Alpha Blondy a de très bons avec par contre. Les autres aussi. La preuve, le 03 décembre, ils sont tous invités
à mon concert. Le samedi prochain,il aura Larry Cheick,Jim Kamson, Fadal Dey et tous les autres. Ils viendront
pour qu'on fasse vraiment la fête ensemble.
Quels sont les rapports de Serges Kassy avec les autres artistes raggae makers ivoiriens ?
Oh !on a vraiment de beau rapport. C'est vrai que j'ai eu des relations conflictuelles avec Tiken Jah mais je
pense que les choses sont entrain de rentrer dans l'ordre...
Pourquoi ce accrochage particulier avec Tiken Jah Fakoly ?
J'appelle ça des accrochages politiques parce que quand la guerre a éclatée, il a choisi la rébellion. Moi,
j'ai opté pour les instances de la république. Par média interposé, chacun a dit ce qu'il pensait. Et on n'a
pas eu évidemment le même point de vue. Je pense aussi qu'après 3 ans de guerre, chacun a compris la Côte
d'Ivoire est la chose la plus importante. Donc, il faut unir le pays et apporter le plus dont notre musique
a besoin.
Tes solutions pour sortir la Côte d'Ivoire de sa torpeur actuelle ?
Je continue à me battre dans la rue avec les patriotes pour amener les rebelles à désarmer. C'est ce que j'ai
toujours fais. Car, il faut que les gens comprennent que les intérêts de personne, c'est fini ! Cette guerre
prend en otage des milliers de populations déplacées. Elle nous empêche de travailler. La Côte d'Ivoire est en
retard. Il faut que des élections se tiennent. Que le peuple fasse son choix et que ce choix soit le choix de
tous donc accepter par tous et pour tous.
Qu'est ce qui t'a marqué durant ces quinze dernières années ?
L'avènement de mon premier album qui m'a permis de me faire une place sur l'échiquier national. J'étais, il y a
une quinzaine d'années un jeune artiste qui arrivait avec un album sous le bras. Et du coup ! Je me retrouve
projeter au devant de la scène. Et depuis, 15 ans je suis soutenu par tout un peuple. Ça n'arrive pas toujours
dans la vie d'un artiste.
Maintenant, ce qui m'a choqué. Dans ma lutte syndicale avec le mouvement la FESCI (Fédération Estudiantine et
Scolaire de Côte d'Ivoire) dont je suis le parrain, j'ai connu des moments dramatiques qui ont faillis me coûter
la vie. Lors d'une descente musclée de la police et de la gendarmerie, j'ai eu cinq tendons du bras coupés. C'est
des choses qu'on n'oublie pas.
Quel artiste ivoirien admires tu en particulier ?
J'avoue que j'ai pas d'idole dans la musique ivoirienne. J'aime la majorité des artistes ivoiriens mais j'adore
par contre quelqu'un qui n'est pas ivoirien. C'est Burnin Spear !
Des regrets ?
J'ai pas de regrets…
Ah bon !
Je n'en ai pas beaucoup en tout cas. Comme, je te le disais tantôt, j'assume tout ce que je fais. C'est vrai,
on fait des choses qui ne peuvent pas plaire à tout le monde mais on s'évertue à corriger tout ça. On s'évertue
à avoir plus d'amis que d'ennemis. Parce que le parcours que nous avons choisi est tortueux, pénible mais
passionnant ok !c'est pour ça qu'on fais des bilan pour savoir ce qui a marché et ce qui n'a pas marché.
Question stupide...
Si tu trouves que c'est stupide, pourquoi tu veux me la poser ? (Rire)
C'est stupide mais intéressant... Alors si tu pouvais ressusciter une célébrité pour aller
prendre un boire un coup, qui ça sera ?
Jésus.je pense que sa présence auprès de nous nous éviterais beaucoup de choses y a d'ailleurs une de mes
chansons qui appelle Dieu à revenir pour raisonner les hommes. S'il pouvait vite revenir. Je pense qu'il y a des
choses sur terre que les gens ne ferraient pas. Aujourd'hui, on voit des personnes qui tuent au nom de Dieu. Son
retour remettrait beaucoup d'ordre dans ce monde.
Des projets ?
Je pense que j'ai encore beaucoup de choses à faire. Je n'ai pas atteint l'objectif que je m'étais assigné. C'est
surtout au plan international, trouver une maison, une major qui pourrait internationaliser ma musique. Ça me
ferait beaucoup de bien. Je suis donc à mi-parcours des objectifs que je m'étais fixé et je pense que par la grâce
de Dieu tout ira pour le mieux.
Inch'allah !
Oui. Inch'allah !
Merci, Serges !
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