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Interview avec Isabelle Boni Claverie
Interview réalisée par Raymond Alex Loukou

Elévée par une mère journaliste et un père juriste, Isabelle-Boni Claverie est une jeune ivoirienne qui vit en France. Sa vie est partagée entre littérature et cinéma. Son premier court métrage intitulé " le génie d'Abou" l'a révélée au public il a ya des années de cela. Scénariste et réalisatrice, elle passe son temps à écrire des films qui feront d'elle une grande cinéastre. Ce n'est pas par accident qu'elle a choisi ce métier mais plutôt par passion et cette passion elle l'entend communiquer aux amateurs du 7ème art. Son film " Pour la nuit" vient d'être sélectionné pour le prochain Festival de Court métrage de la ville d'Abidjan. Pour RESEAUIVOIRE.NET elle a décidé de rompre le silence.

Isabelle Boni Claverie
Isabelle Boni Claverie (photographe : Pascal Sacleux)

Rezoivoire.net: Veuillez-vous présenter aux internautes.

Isabelle Boni-Claverie: Je m'appelle Isabelle Boni-Claverie, je suis ivoirienne, j'habite en France où je travaille comme scénariste et réalisatrice de films.

Pourquoi avez-vous choisi le métier de réalisateur de cinéma ?

C'est le cinéma qui m'a choisie. Un jour, c'est devenu évident que c'est que je voulais faire. J'aime raconter des histoires, j'aime les mettre en image. J'aime la complexité du processus de fabrication d'un film.

J'imagine que votre choix pour le cinéma n'a pas été facilement accepté par vos parents qui voulaient sûrement que vous excerciez un métier plus noble.

Oui, ils étaient très réticents, parce qu'ils se disaient qu'en tant qu'artiste je ne gagnerais pas ma vie. Mais je n'ai pas cédé. Ils ont été rassurés quand j'ai intégré sur concours une école de cinéma en France, la Fémis. Ils se sont dit que c'était du sérieux. Puis, quand j'ai réalisé mon premier court-métrage, ils sont devenus très fiers. Mon père était mon meilleur attaché de presse !

Combien de films avez-vous déjà réalisé ?

J'ai réalisé deux courts métrages : « Le Génie d'Abou » en 1998, et « Pour la nuit » - que j'ai tourné à Marseille en 2003-2004 et qui a remporté plusieurs prix dans les festivals. J'ai aussi réalisé des documentaires, notamment « La Coiffeuse de la rue Pétion », sur une mère et sa fille qui tiennent un salon de coiffure afro à Paris.

Parmi vos réalisations, laquellle vous a le plus marquée ?

La première sans doute. C'était magique d'entendre la caméra s'allumer, de voir les projecteurs s'allumer et de se dire que le rêve devenait réalité. C'est une très grande chance de pouvoir vivre concrètement ses rêves.

Est-ce facile pour un réalisateur africain de se frayer un chemin dans l'univers cinématographique ?

C'est difficile tout court pour n'importe quel réalisateur, homme, femme, noir, blanc, africain, européen ou américain. Le cinéma est un milieu dur, on ne vous fait pas de cadeaux. On vous en fait sans doute encore moins si vous appartenez à une minorité. Il faut énormément de volonté et de ténacité. Ne pas se laisser décourager.

En même temps il y a une curiosité pour le talent. J'ai en ce moment deux longs-métrages en développement avec deux producteurs différents.

Pourquoi le métier d'acteur ne vous tente pas alors que vous semblez posséder des atouts pour cela ?

J'aurais adoré être actrice ! Quand j'étais étudiante, je prenais des cours de théâtre. Il m'est même arrivé de jouer dans des spectacles. Ensuite j'ai fait le choix d'écrire et de réaliser et on ne m'a pas plus proposé de jouer. Mais je ne le regrette pas quand je vois mes amies actrices. Elles sont tout le temps en train d'attendre un rôle. En tant qu'auteur, j'ai plus d'initiative. Mes projets, c'est moi qui les crée.

En dehors du cinéma, vous êtes aussi écrivain. A quand la sortie de votre prochain livre ?

Pour le moment, je me consacre au cinéma. Comme je vous l'ai dit, je suis également scénariste, donc j'écris beaucoup. Des films. Pour moi mais aussi pour d'autres réalisateurs comme Jean-Marie Téno, Idrissou Mora-Kpai ou Mahamat-Saleh Haroun.

Le fait d'être métisse est-il un avantage ou un inconvénient dans l'univers occidental dans lequel vous évoluez ?

D'un côté c'est un atout parce qu'on maîtrise les codes culturels de l'autre. D'un autre, c'est compliqué parce que les gens aiment bien les cases toutes faites. Quand vous êtes entre deux, ils ne savent pas où vous mettre. On me demande toujours si je fais du cinéma africain ou du cinéma français. Moi je pense tout simplement que l'on ne peut pas vivre dans le monde d'aujourd'hui sans être traversé par de multiples influences. D'ailleurs mon prochain film se déroule aux Etats-Unis. Et pourtant je ne suis pas américaine.

Quelles sont les raisons qui empêchent le cinéma africain de décoller ?

L'absence d'un marché africain. Sans infrastructures de production et de distribution sur le continent, sans marché local, sans réelle volonté politique ni investissements privés, il ne peut pas y avoir de cinéma africain.

Comptez-vous revenir au pays pour faire partager votre expérience a vos jeunes frères ?

Oui, si j'en ai l'occasion. Cela m'intéresserait d'animer des ateliers de scénario. Et puis, je vais bientôt revenir pour réaliser un film. Comme je vous l'ai dit, j'ai deux longs métrages en développement; l'un d'eux est un film américain, l'autre se passe en Côte d'Ivoire.

Votre mot de fin.

La paix. C'est mon souhait le plus cher : que la Côte d'Ivoire retrouve la paix et l'unité.

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