
Albert MABRI Toikeusse à GBAGBO : « Etre opposant, ce n'est pas insulter »
Le Ministre des Transports était l'invité lundi dernier de la rédaction du groupe Fraternité Matin. La rencontre avait pour thème : « L'UDPCI, des crises de croissance à la conquête du pouvoir d'Etat. » Au cours des échanges avec les journalistes, le Dr Albert Mabri Toikeusse par ailleurs Président de l'UDPCI et candidat à la présidentielle, a parlé du Gal Robert GUEï, de la vie du parti arc en ciel, avant de déballer quelques perspectives au niveau du département ministériel qu'il dirige.
Robert GUEï
Je retiens de lui un homme qui a sauvé la Côte d'Ivoire à maintes occasions. Je crois qu'il a fait tous les sacrifices au point où il est allé jusqu'à être sacrifié. C'est un homme qui a servi la Côte d'Ivoire à tous les niveaux. Un bâtisseur de notre armée, un bâtisseur de la nation. Un homme de bon ton, de tolérance qui malheureusement est parti par la volonté des méchants.
Nous pensons que les sieurs AFFI Nguessan, LIDA Kouassi Moïse et ALAIN Toussaint, sont les responsables de la mort du Gal Robert GUEï. Aux premières heures du 19 septembre 2002, nous les avons tous entendu faire des déclarations sur des chaînes de radio, accusant Robert GUEï d'être l'instigateur de l'insurrection ce jour là. Et plus tard quand le Président GUEï a été tué, nous les avons entendu non seulement affirmer qu'il bel et bien mort. Mieux, ils ont précisé qu'il a été tué alors qu'il se rendait à la RTI, déclarer sa prise de pouvoir. Je pense effectivement qu'ils ont une part de responsabilité, sinon ils sont responsables de la mort de Robert GUEï et je tiens à souligner que le silence de l'UDPCI c'est imposer à elle simplement du fait de la situation nationale qui voudrait que nous puissions d'abord sauver les meubles avant de nous attaquer à d'autres questions. Mais pour la mémoire, pour les générations à venir, mais aussi pour l'opinion nationale et internationale, ces personnes devront s'expliquer sur toutes les allégations qu'elles ont faites et dire quels en étaient les fondements. C'est pour cela qu'à l'occasion des obsèques de Robert GUEï à Kabakouma, j'ai demandé au Président de la République de faire en sorte que l'Etat veille à ce que la vérité sa mort soit révélée pour que le pardon qui est en cours puisse avoir un sens. On ne peut pas mettre en parenthèse la disparition de quelqu'un qui a occupé les plus hautes fonctions de l'Etat, et laisser dans l'esprit de ses concitoyens, qu'il est mort parce que c'était un putschiste qui a été tué sur le chemin de la télévision. Pour notre histoire, ce n'est pas bien. Peut être que demain, le programme de l'Education Nationale va enseigner l'histoire récente de la Côte d'Ivoire aux élèves. Qu'est ce qu'on doit écrire à propos de Robert GUEï ? Moi je pense qu'il est bon que sur la question de la disparition du Président GUEï, que les ivoiriens soient situés. Que les gens sachent que lorsque la justice apprécie un dossier, entend des gens, ce n'est pas forcement pour prendre des sanctions pénales. On applique des sanctions au regard de la législation et de la réglementation. Si la législation dit que ceux qui ont commis des faits au cours de la crise que nous avons connu, sont exempts de sanctions pénales, nous nous en tenons. Mais au moins, chacun saura ce qui s'est passé exactement. C'est à cela que l'UDPCI tient et nous ferons en sorte que la lumière soit faite.
L'UDPCI
Contrairement à ce que certains pourraient croire, l'UDPCI n'est pas implanté seulement à l'Ouest. Nous sommes toutefois fiers d'avoir un bastion parce que tout parti sérieux doit avoir un bastion. Partout ailleurs c'est pareil. Et chez nous en Côte d'Ivoire, tous les grands partis ont leur bastion. C'est une réalité nationale que personne n'ignore. En ce qui nous concerne, l'UDPCI est représenté partout en Côte d'Ivoire. Au moment où le Président GUEï nous quittait, nous étions à un peu plus de 50 coordinations. A l'heure où je vous parle, nous en sommes à plus de 300 et nous totalisons 1600 sections sur le territoire national. Chez nous, une section c'est à peu près une soixantaine de responsables, sans même parler des autres militants. Donc quand vous multipliez 60 par 1500, vous voyez ce que çà donne. Et je n'ai pas pris en compte l'implantation des jeunes et des femmes. Nous avons également des mouvements et clubs de soutien au Président de l'UDPCI ou au parti. Nous avons certes enregistré des départs, mais nous enregistrons tout le temps des arrivées. Nous sommes peu bavards sur ces questions mais je pense que le temps permettra de voir que l'UDPCI est représenté partout en Côte d'Ivoire.
Parcours politique
J'ai été Député à l'Assemblée Nationale, Président de commission. J'étais 1er Secrétaire Général adjoint chargé de l'implantation, jusqu'au congrès extraordinaire de 2005, où les militants ont porté leur choix sur ma personne pour diriger le parti arc en ciel. Aujourd'hui les résultats sont là. Nous sommes fiers et nous ferons en sorte que l'UDPCI compte davantage sur l'échiquier national.
L'opposition ivoirienne
S'agissant de M. GBAGBO qui estimait qu'il n'y a pas d'opposition en Côte d'Ivoire, je voudrais dire que c'est une déclaration malheureuse. Je pensais que Laurent GBAGBO était issu du combat de la démocratie. Or cela suppose des attitudes. Il faut donner une certaines lisibilité à l'action de l'opposition, démontrer que même quand on a un pouvoir fort, on peut se targuer d'être démocrate lorsqu'on fait en sorte qu'une opposition réelle existe, qu'un contre pouvoir existe. J'ai été très triste de l'entendre dire cela. Certainement que pour le FPI et son chef, être opposant, c'est être violent. C'est casser, c'est insulter, c'est être discourtois, c'est manquer de respect. Nous qui sommes de la culture houphouétiste, nous ne savons pas faire cela. Nous respectons les pouvoir, nous respectons les autres. Nous avons respecté l'opposition hier. Quand j'étais encore à l'université, c'était avec d'autres méthodes que nous essayions de nous opposer (…)
Je pense que lorsqu'on est au pouvoir, l'idéal c'est d'avoir une opposition disciplinée, correcte et non barbare. Je le comprends tout à fait, mais je voudrais dire qu'il existe bel et bien une opposition en Côte d'Ivoire. Cette opposition mène son combat, et elle le mènera jusqu'à lui prendre le fauteuil présidentiel. Lorsque je serai élu Président de la République, je m'attèlerai à donner une visibilité à l'action de l'opposition, à la soutenir. Donc j'ai été très malheureux d'entendre ces propos, et je crois que la Côte d'Ivoire n'a pas besoin de cela.
S'agissant du prétendu rapprochement avec le FPI, je voudrais vous dire qu'il n'en est rien. Voici le président WOï Messé que j'aurais envoyé à Issia, rencontrer Bohoun BOUABRE. En tout cas, je ne l'ai jamais envoyé auprès de qui que ce soit. Ce fameux conseiller économique et social n'en était pas à sa première sortie. Il a l'habitude de faire des sorties hasardeuses et puis après, c'est le silence radio. Je me sens bien dans la famille houphouétiste et je ferai en sorte que très bientôt, ce soit l'un des nôtres qui dirige ce pays.
Scandale à la CEI
La CEI a retrouvé sa cohésion. Elle s'est réunie. Elle a reconnu avoir procédé à un croisement interne. Mais je voudrais vous dire qu'il y a eu plusieurs croisements qui ont été fait pour que nous en arrivons à 1,3 millions. Sinon au départ, c'était 2,7 millions d'ivoiriens qui devaient se retrouver en dehors de la liste provisoire. C'est ce travail que la CEI a poursuivi. Et lorsqu'elle a fait un croisement après la sortie de la liste provisoire, elle a trouvé les 429.000 personnes en question. Elle en a donc informé le Président de la République, le Premier Ministre, tous les membres de la commission centrale de la CEI, le facilitateur et le CPC. La seule chose qui a été demandé, c'était de garder les résultats de ce croisement, puisque la liste provisoire était déjà sortie. Mais ceci dit, chacun d'eux avait donc l'information et une copie du CD. La question qui se pose aujourd'hui et pour laquelle il y a une enquête interne en cours, c'est comment ce fichier qui devait être mis de côté, a pu se retrouver dans les commissions électorales locales ? Qui a donné des instructions dans ce sens ? Mais sur le principe, la CEI a retrouvé sa cohésion. Il ne faut pas que nous la fragilisions. En tout état de cause, la commission électorale a été mise en place par une loi votée au parlement. Nous avons appris par la suite qu'il y a des dispositions de cette loi qui ont été modifiées. Je voudrais dire que c'est une loi organique. Le principe d'une loi organique, c'est qu'elle est votée par les 2/3 des députés. Donc ce n'est pas le genre de loi qu'on peut modifier par décret, même en s'appuyant sur l'article 48. Donc je voudrais dire que la dessus, il y a un certains nombre de choses sur lesquelles il faut veiller, et nous veillons à ce que l'opinion en soit informé. Nous devons savoir qui a fait parti les fichiers sur le terrain. Si c'est Mambé, il assumera. En tout état de cause, nous estimons qu'il y a des abus. Qu'est ce que vous pouvez penser d'un ministre de l'Intérieur qui écrit aux préfets et qui leur donne instruction de prendre tous les cas de réclamation et de faire en sorte que ces cas soient examinés ? Que penser d'un ministre de l'Intérieur qui donne des instructions pour faire des extraits d'actes de naissance hors du circuit administratif ? çà c'était l'opération inondation. Que penser d'un ministre de l'Intérieur qui soutien que des militants du CNRD, des responsables de campagne du candidat Laurent GBAGBO, face des listes de gens qu'ils supposent ne pas être des ivoiriens, les diffusent et aillent voir les responsables des commissions locales pour leur dire de prendre cela en compte ? Il n'est pas bienséant pour le ministre de l'Intérieur de prendre des initiatives sur des questions importantes de sortie de crise sans s'en référer au Chef du gouvernement. Je pense que TAGRO aussi, on doit le poursuivre pour tout ce qu'il est en train de faire. Qu'il ne se croit pas à l'abri car il est en train de faire beaucoup de mal au processus et peut être même au Président de la République. Certainement qu'il ne le sait pas, mais je crois qu'il y a des excès avec le ministre de l'Intérieur, et il faut y mettre un terme avant qu'il ne soit trop tard.
Initiative PPTE
Je pense que le PPTE est porté par le gouvernement et les ivoiriens dans leur ensemble. Il s'imposait à nous car la réalité de la Côte d'Ivoire, c'est que nous sommes devenus très pauvres en plus de notre endettement. Et en pareille situation, il y a des mécanismes qui nous permettent de sortir des difficultés. Le gouvernement a donc fait cette démarche pour que nous arrivions au point de décision. Et le travail est en cours pour arriver au point d'achèvement. Il n'y aura pas un seul gouvernement qui ne puisse cautionner cette politique là. Tous les pays dans notre situation, font la même chose dans tous les cas. Maintenant, la question est de savoir quel usage allons-nous faire des ressources du PPTE ? La recommandation des bailleurs de fonds est de consacrer ces ressources à la lutte contre la pauvreté. Il y a déjà un canevas qui est tracé, le gouvernement l'a examiné, adopté et l'a envoyé auprès des institutions de Bretton woods, et c'est sur cette base que nous sommes arrivés au point de décision. Et personne, logiquement, ne devait échapper aux mesures qui sont déjà inscrites dans le programme PPTE.
Transport routier
La situation du transport routier est une situation de désastre. Depuis notre arrivée, nous avons essayé de rapprocher les différentes tendances syndicales pour aller à l'apaisement. Nous l'avons obtenu à un moment donné, même s'il y a de temps à autre des épisodes avec des affrontements à la machette et au gourdin dans nos gares. Nous avons expliqué aux transporteurs et à leurs employés que cela n'est pas du tout à leur honneur et que cela va contre leurs intérêts. Progressivement, ils sont en train de s'organiser pour parvenir à ce qu'ils ont appelé le ticket de solidarité, qui va être donc, un ticket syndical unique. Et ce, sur la base d'un recensement syndical que nous allons opérer, pour connaitre la représentativité de chaque syndicat. Chacun bénéficiera alors d'une quote-part de ce ticket. Cela fait plusieurs mois qu'ils y travaillent et c'est une décision qui leur appartient, même si elle n'est pas facile. Il y a donc les questions d'organisation et de modernisation du secteur qui en sont la colonne vertébrale. Vous savez, c'est un secteur qui est réfractaire au changement et à la réforme. Ils (Ndlr : les transporteurs) ont le sentiment dès qu'il y a une esquisse de réforme, que cela va contre leurs intérêts. Il faut les rassurer et leur faire comprendre que la modernisation s'impose à nous, tant du point de vue réglementaire que structurel. Nous sommes par exemple à Abidjan, et cette grande ville de 5 millions d'habitants n'a aujourd'hui pas de gare routière. Lorsque vous êtes à Adjamé, c'est le désordre le plus complet, et vous êtes exposés à tous les risques. Il y a toute sorte d'individus qui y circulent, mais qui n'ont rien à voir avec les activités sur place. Abidjan, en se dotant d'une gare moderne, va donner l'occasion non seulement d'assurer la sécurité de tous, mais aussi de mieux organiser le secteur. De sorte que l'Etat puisse tirer des ressources étant entendu que le secteur des transports est l'un des plus gros pourvoyeurs de ressources pour l'Etat. Si nous nous organisons mieux, nous allons pouvoir en tirer le maximum. Sans oublier que les acteurs du secteur vont en être les plus grands bénéficiaires.
Nous avons présenté au gouvernement le projet de création d'un fond de développement du transport routier pour attirer la garantie du renouvellement du parc auto complètement vieillissant. Une fois que ce fond va être créé, il va non seulement garantir les emprunts, mais aussi cautionner l'acquisition du matériel roulant auprès des concessionnaires. Ensuite nous avons pensé qu'il nous faut créer des gares dans les grandes villes du pays particulièrement à Yamoussoukro, étant donné que le processus de transfert de la capitale est en cours. Si nous n'anticipons pas, nous allons nous retrouver dans 10ans avec le même problème qu'à Abidjan. Quelques partenaires se sont déjà signalés. Nous sommes en train d'examiner avec le ministre des Finances, pour commencer dans un premier temps avec la gare d'Abidjan.
Ce projet qui s'inscrit dans l'approche BOT et implique l'appel à des investisseurs qui gèrent puis rétrocèdent l'ouvrage, a été confié au ministère de l'Economie et des Finances.
Certification de l'aéroport
C'est un vieux dossier, et je voudrais préciser que nous n'avons été évalués qu'une seule fois. C'était en 1997. Depuis nous n'avons pas demandé une autre évaluation. Nous avons repris le dossier en main il y a un peu près de 10 mois, en nous attachant à travers l'ANAC, deux (02) opérateurs, deux (02) cabinets extérieurs. L'un canadien, et l'autre américain. Le cabinet canadien est déjà en place. Le système est déjà en place et nous sommes en train de renforcer la sécurité. Les accès vont être bientôt contrôlés, le système scanner est en train d'être renforcé tant pour les passagers que pour les bagages. La clôture le sera également et le contrôle documentaire va être confié à la seconde structure. De sorte que quiconque arrive à l'aéroport, nous sachions qui exactement qui il est. Mais tout cela ne nous conduira à la certification que si chacun à la volonté d'être positif. Il y a trop de trafic d'influence. C'est pourquoi lors de la dernière réunion sur le transport aérien à Yamoussoukro, nous avons demandé au Chef de l'Etat de faire une déclaration et il en a fait une forte. Pour dire que si vous êtes Général, Ministre, ou quelque autre personnalité, ce n'est pas une raison pour dire que vous allez passer sans contrôle ou que l'on doit vous accompagner jusqu'au tarmac. Au mois de mars prochain, nous allons d'ailleurs lancer une campagne de civisme à l'endroit des citoyens. Quand on demande à vous fouiller, il faut l'accepter. Ne l'acceptez pas à Paris, pour le refuser à Abidjan, sinon vous serez obligés de toujours passer par Paris pour aller à New York ou Washington. Donc le contrôle va se renforcer à l'aéroport et cela va s'imposer à tous. A partir de mars, nous renouvellerons les badges et si vous n'en avez pas, vous n'aurez pas accès à certains compartiments de l'aéroport et si vous n'avez pas un certains statut, vous ne pourrez avoir accès au tarmac.
Notre objectif, c'est 2010. Mais pour ne pas échouer, j'ai demandé à l'ANAC que les services de l'UEMOA viennent faire un pré audit, suivi d'un autre de l'OACI. Nous attendons et après quoi, nous ferons les corrections qu'il y a à faire avant d'inviter l'administration de l'aviation civile américaine. Il s'agit d'une certification pour avoir accès directement aux aéroports américains et cela est important.