
Pascale Touloulou: ''Le Théâtre est un moyen très efficace pour réssouder le tissu social''
A l' occasion de la 8ème édition du Festival International des Théâtres Sans Frontières qui s' est déroulée du 02 au 5 décembre, un spectacle a tenu notre attention. Il s' agit de la pièce « la fuite » jouée par l' Atelier Théâtre Féminin ( Congo Brazzaville ) dans une mise en scène orchestrée par une jeune dame qui a du talent à revendre.
Dans cette interview qu' elle a hésité à nous accorder, Pascale Touloulou nous relate un pan de son parcours dans le métier du théâtre. Elle donne son point de vue sur la politique culturelle de son pays sans oublier les impressions qu' elle garde de ce festival qui selon elle à réussir à rassembler des troupes de plusieurs pays. Lisons- la…
Rezoivoire.net: Comment as-tu accueilli la sélection de ta pièce au FISAF ?
Pascale Touloulou: La sélection de ma pièce ? J'étais émue certes mais pas autant que le jour où Acho ( directeur du FITSAF) m' appelé pour me dire qu'il avait envoyé les billets électroniques dans ma boite mail. Vous savez à combien de festivals du monde entier j'ai été sélectionnée qui à la dernière minute vous avancent des raisons de transport international. A mon humble avis ce n'est pas la sélection à un événement qui me fait dire que j'ai gagné le pari mais plutôt lorsque j'ai des titres de voyages de toute ma troupe et que je m'envole pour la destination voulue.
Comment tu as vécu ton premier contact avec la scène ivoirienne ?
La scène ivoirienne n'est pas tout à fait différente des autres scènes où j'ai eu l'occasion de me produire. C'est pratiquement les mêmes réalités en Afrique noire.
Pourquoi avoir choisi cette pièce pour le voyage en terre ivoirienne ?
Effectivement j'ai un répertoire bien fourni de pièces de théâtre dans ma compagnie, mais j'ai choisi la Fuite parce que :
-j'ai décidé de tourner avec en ce moment ;
- je suppose que les sous thèmes que cette pièce renferme sont d'actualité ;
-je pense que par rapport à l'effectif des comédiens, c'est un spectacle léger
- personnellement, par rapport à toutes mes mises en scène, celle-ci fait partie de celles que j'aime bien.
Pour toi qui vient d'un pays qui a connu la guerre, penses-tu sincèrement que le théâtre peu aider a ressouder le tissu social ?
Evidemment le théâtre est un moyen très efficace pour ressouder le tissu social. C'est un peu comme le football qui réunit des milliers et des milliers de supporters qui ne se connaissent pas au départ mais qui finissent par se familiariser sur les gradins surtout quand ils supportent la même équipe. Si au théâtre, le public vient partager les mêmes émotions mais il ne se connaît pas au préalable et grâce a l'expérience vécue ensemble, ce public finit par tisser des relations. Je prends un exemple, dans mon pays le Congo, la capitale dans laquelle je vis, c'est-à-dire Brazzaville, la majorité des salles de spectacle se trouve dans la partie sud de la ville, et ça n'empêche pas les habitants de la partie nord de la ville de venir nombreux suivre les spectacles, d'où chaque programmation d'une activité culturelle quelconque réunit ces deux couches de la population, car il faut noter que chez nous, qui dit partie nord de la ville, dit le Lingala comme langue vernaculaire et qui dit partie sud de la ville dit le Lari comme langue vernaculaire. Par conséquent, il se crée un véritable brassage quand il y a du théâtre.
Le public Congolais est-il passionné des arts de la scène ?
Pourquoi pas, il suffit juste de faire un bon marketing à travers la presse, les banderoles, les affiches, autour des activités, vendre les billets d'entrée abordables pour toutes les classes sociales et programmer l'activité à un lieu facilement accessible et à une heure raisonnable, c'est-à-dire pas trop tôt ni trop tard et vous avez une salle pleine à craquer par le public venu de partout.
Qu' est- ce qui t'a conduit à la mise en scène quand on sait que ce métier ne compte pas beaucoup de femmes ?
Ce qui m'a conduit à la mise en scène, je dirais le plus simplement du monde en deux mots, c'est la passion.
As-tu été déjà comédienne ?
Bien sûr que j'ai été comédienne avant d'être metteur en scène.
S' il y avait un choix à faire entre la mise ne scène et le métier de comédienne, que choisirais-tu ?
A mon avis il n'y a pas de choix à faire entre le métier de comédien et celui de metteur en scène parce que tous les deux sont liés. En effet on ne peut être un bon entraîneur si on n'a pas été footballeur au préalable. Ainsi un bon metteur en scène c'est celui qui au préalable a été comédien car grâce a son expérience de comédien, non seulement il saura comprendre les acteurs qu'il dirige, mais aussi et surtout il saura mieux sentir ce qu'il demandera aux acteurs à interpréter et sera précis. Ainsi, en tant que metteur en scène, ça ne m'empêche d'être distribuer dans certaines pièces, donc il n'y a pas de choix à faire.
Penses-tu que pour ce métier au delà de la passion, il faut avoir une formation adéquate ?
Bien entendu, il faut une formation pour prétendre exercer ce métier. Tous les métiers connexes aux arts scéniques sont des métiers comme tout autre qui demande une base. Comment voulez- vous être un avocat par exemple sans suivre une formation pour défendre ces clients, mais un comédien ou un metteur en scène n'ait pas besoin de formation , c'est faux. Pourtant tout homme ayant la langue facile et sachant défendre ou convaincre peut prétendre devenir avocat en dépit des articles à mémoriser. Pour mon cas par exemple, quand j'ai commencé le théâtre, je n'étais pas au préalable passé par un institut de théâtre mais chemin faisant, je me suis rendu compte qu'il me fallait une formation adéquate dans le domaine si je voulais faire du théâtre ma profession. C'est ainsi que je me suis inscrite à L'Institut National des Arts à Kinshasa en République Démocratique du Congo et je suis sortie de là avec une maîtrise en réalisation scénique, je vous assure que j'ai beaucoup appris au delà du talent que j'avais déjà. Le programme de cet Institut m'a permis d'avoir des notions sur la danse, la musique, la scénographie , la régie lumière et sonore, l'expression corporelle, le mime, la diction, l'élocution, la déclamation, le décor, les costumes, la direction de l'acteur, le maquillage, les marionnette, le cinéma et j'en passe. C'est vrai qu'il y a ceux qui vous diront que pour être bon metteur en scène il n'est pas nécessairement obligatoire de passer par une école, hélas, mais c'est très capital , car celui là en dehors de son talent apprendra des choses qu'il ne peut pas apprendre dans la rue. Pour en terminer, je prends l'exemple d'un chauffeur de taxi, on peut être chauffeur de taxi sans passer par une auto école, mais jamais ce dernier ne va égaler celui qui est passé par l'auto-école, car il n'a pas appris les codes de route et ne parlera jamais le langage avec les termes techniques. En conclusion, le comédien ou le metteur en scène qui est passé par une école d'art n'est peut être pas meilleur comédien ou meilleur metteur en scène, mais plutôt aura un plus par rapport à celui qui n'a pas reçu de formation adéquate.
Comment juges- tu le public ivoirien ?
Le public ivoirien pour moi est très sélectionné et j'ajouterai même exigent. L'ivoirien est un public qui n'accepte pas n'importe quoi venu de l'extérieur.
Es- tu prêtes à revenir ici pour d'autres rencontres artistiques ?
Vous savez j'ai passé un très bon et beau séjour à Abidjan pendant le FITSAF bien que bref, alors je vous assure que je suis tenté de vivre une nouvelle expérience artistique sur le sol ivoirien. Juste en passant, je vous informe que des propositions m'ont été faites, ça revient à dire que c'était pour la première fois mais pas la dernière fois, mais je ne vous en dis pas plus. Je garde cette information pour l'interview prochaine.
Comptes- tu faire carrière dans la mise en scène ?
Je mange mise en scène, je dors mise en scène, je parle mise en scène. Bref je respire mise en scène, alors je ne vois pas ce qui peut m'empêcher de faire carrière si ce n' est pas dans les arts en général.
Le cinéma ne te tente t-il pas quand on sait que beaucoup de jeunes s y intéresse de nos jours?
Le cinéma est un domaine vraiment d'actualité et de temps à autre je m'y essaie La preuve, en 2001 et 2002, j'avais été actrice dans deux courts métrages, en 2005 et 2006 j'avais réalisé une dizaine de documentaires de 6 à 10 minutes, en 2007 j'avais fait la prise de vue d'un long métrage. Et récemment en juin 2008 j'ai réalisé un court métrage et en novembre 2008 je venais de réaliser 10 documentaires sur les gestes qui sauvent nos enfants , initié par l'Association Tchicaya U Tam'si en partenariat avec l'UNICEF Congo. Par conséquent cette petite expérience prouve à suffisance qu'en dehors du théâtre, le cinéma également m'intéresse.
La politique culturelle menée au Congo permet-elle aux jeunes de s'épanouir culturellement et de faire du théâtre un véritable métier ?
Dire qu'au Congo il y a une politique culturelle qui permet aux jeunes de s'épanouir culturellement et de faire du théâtre un véritable métier, serait un peu trop abuser ; ainsi je m'abstiens de donner des affirmations sur ce que je ne maîtrise pas et je préfère vous parler de ma propre expérience. Quand j'ai commencé le théâtre en tant que amateur, je n'ai pas reçu de coup de pouce venant de quelque part, mais au moment où j'ai décidé de faire du théâtre ma profession, j'ai introduis une requête à l'Etat Congolais et sans hésiter j'avais obtenu une bourse d'étude pour aller apprendre dans un institut artistique ce qui aujourd'hui me permet de vivre du théâtre. Je veux souligner qu'en dehors de ma compagnie de théâtre que je gère, j'enseigne le théâtre à l'institut National de la Jeunesse et des sports dans mon pays. Donc personnellement je me suis épanouis culturellement grâce d'une part à l'Etat Congolais et d'autre part à ma persévérance ainsi qu'au soutien de mes très chers parents.
Et si tu devais juger l'organisation du FITSAF ?
A cette question, vous me poussez à dire ce que je n'aurais peut- être pas dû dire tout haut. Il n'est pas de mon devoir de juger l'organisation. Tout ce que je peux dire en général à l'ensemble des organisateurs du FITSAF c' est chapeau ! pour la réussite de ce grand événement qui a réunit les pays des quatre coins du monde malgré quelques failles. Mais de toute façon la perfection n'est pas de ce monde. En particulier au Directeur du FITSAF Monsieur Acho Weyer, grand merci de nous avoir fait confiance et d'avoir crû en ce que nous faisons car il faut noter qu'au départ on ne se connaissait pas nous nous contentions de l'Internet pour communiquer et nous étions l'unique compagnie de théâtre invitée venant de l'Afrique centrale. C'est un honneur pour nous. Nous lui disons beaucoup de courage. Nous le soutenons. Enfin longue vit au FITSAF !
On se donne rendez vous pour la 8ème édition ?
Bien sûr qu'on se donne rendez vous pour la 8ème édition du FITSAF. D'ailleurs Acho m'a demandé de ramener une comédie musicale à la prochaine édition. Attention ça ne veut pas dire qu'il n'était pas satisfait du spectacle que je lui ai proposé à cette édition. Bien au contraire, à l'entendre parler, il veut de l'innovation à la prochaine édition. Vous êtes donc tous invités, bye bye et rendez vous au FITSAF 2010.