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Interview

M. Ekissi, Sécrétaire Général du PCRCI: " La Côte d' Ivoire est loin d' être un Etat de droit "
Interview réalisée par Raymond-Alex Loukou  [ 9/8/2008 ]


M. Ekissi, Sécrétaire Général du PCRCI

Le mercredi 13 aout 2008, le parti communiste révolutionnaire de Côte d'Ivoire va organiser la quatrième commémoration de l' assassinat de l'un de ses militants Dodo Habib. Avant cette cérémonie importante qui aura lieu à la mairie d' Adjamé, le sécrétaire général dudit parti M. Ekissi Achy a dicidé de nous entretenir.

M. le S.G quelle signification particulière donnez-vous à cette quatrième commémoration de la mort de Abib Dodo ?
La quatrième commémoration de la mort d'Abib Dodo est un appel à la mobilisation de tous les démocrates, défenseurs des droits humains, révolutionnaires, pour engager la lutte ferme contre l'impunité des crimes politiques. En effet, depuis septembre 2002, des hommes vivants en Côte d'Ivoire ont été tués, non pas sur les champs de batailles militaires mais à leur domicile, ou en cachette. Certains de ces crimes ont fait l'objet de plaintes au près des juridictions. Mais à ce jour aucun dossier ne connaît un début de solutions.

Quatre ans ont passé et depuis lors la justice n'a toujours pas trouvé l'auteur de ce meurtre. Croyez-vous que les choses vont s'améliorer ?
Nous sommes convaincus que sans une pression politique le dossier sera classé sans suites, à moins qu'un pouvoir soucieux des droits humains remplace celui-ci. Il faut souligner que le cas d'Abib Dodo n'est pas le seul. Tous ceux qui ont été accusés de "rebelles" et assassinés, connaissent le même sort.

L'année dernière, à l' occasion de cette même cérémonie de commémoration, vous aviez indexé la FESCI comme principal auteur de cet assassinat. Maintenez-vous toujours cette position ?
Oui, nous maintenons cette position et sommes d'autant plus convaincu de cette position que le pouvoir traîne les pieds pour faire comparaître l'accusé.

Kuyo Serge, ancien Secrétaire général de la FESCI que votre parti a fortement soupçonné d'être à la base de cet assassinat a trouvé la mort dans un accident. Peut-on dire que justice a été rendu ?
Non ! Justice n'a pas été rendue. La justice que nous réclamons est la justice de la république et non la justice divine. Nous ne réclamons, ni ne souhaitons la mort des accusés. Nous réclamons qu'ils soient jugés et punis selon la loi de la république.

Pensez-vous réellement que la justice peut contribuer à la manifestation de la vérité quand on sait que la FESCI a toujours été taxée de bras séculier du pouvoir en place ?
La justice supposée indépendante dans un Etat de droit devrait pouvoir contribuer à la manifestation de la vérité. Le fait que la FESCI soit membre du CNRD au pouvoir n'autorise pas la justice à classer le dossier. Dans le cas contraire c'est une démonstration de plus que nous sommes dans une autocratie où la justice est au service exclusive du pouvoir en place.

Habib a été également membre de la FESCI. Ne pensez-vous pas qu'il a été victime d'un règlement de compte ?
Abib a été membre de la FESCI jusqu'en 2001. Depuis lors, Abib n'était plus membre de cette organisation. Nous pensons qu'il a été assassiné parce qu'il a contribué à la naissance de l'AGEECI, une autre organisation d'étudiants qui dénonce la FESCI pour ses accointances avec le pouvoir, qui foule les libertés des étudiants au pied, qui tourne le dos aux revendications des étudiants.

Quel sera le contenu exact de cette journée de commémoration ?
Cette manifestation fera le point des libertés en Côte d'Ivoire, des dossiers des crimes politiques dont celui d'Abib. En outre, un film sur les crimes politiques sera projeté. Enfin, une pétition pour exiger de la justice, le traitement du dossier sera adoptée est adressée au ministère de la justice et au procureur de la république.

Des organisations de droits de l'Homme ont-elles été associées à cette manifestation ?
Cette manifestation est coorg anisée par le PCRCI, le MIDH et l'AGEECI. L'AGEECI fera le point des libertés en milieu estudiantin, le MIDH celui des dossiers des crimes politiques, le PCRCI celui du dossier Abib.

A propos aviez-vous saisi des juridictions internationales concernant le cas Dodo Habib ?
Non, nous n'avons pas saisi de juridiction internationale. Mais au cas où la justice ivoirienne ne réagit pas nous serons dans l'obligation de saisir les juridictions internationales.

Un appel à lancer ?
L'appel que nous lançons est que les peuples de Côte d'Ivoire doivent savoir que l'Etat de droit se construit par la lutte. Ces luttes sont organisées autour de cas congrès d'injustice, de violation de droits humains, de crimes politiques et économiques. La Côte d'Ivoire est loin d'être un Etat de droit, et nous avons tous le devoir de lutter pour briser toutes les résistances, de dénoncer tous les auteurs des crimes politiques, d'exiger que notre justice soit juste et au service de la république.

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