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Sangaré Yacouba : " Avec Ciné Droit Libre, le combat pour les droits de l'homme ne fait que commencer " Interview réalisée par Raymond Alex Loukou [ 18/7/2008 ]
Sangaré Yacouba
La première édition du festival de films sur les droits humains et de la liberté d'expression dénommée Ciné Droit Libre s'est achevée le 13 juillet dernier sur une note d'espoir selon M. Sangaré Yacouba de Ciné Connection car le public a adhéré au festival, preuve que le combat pour les droits humains n'est pas une entreprise vaine.
A travers cet entretien, le président de Ciné Connection nous dresse le bilan de ce festival qui durant trois jours ( du 10 au 13 juillet ) a fait le bonheur des activistes des droits humains et autres cinéphiles.
Rezoivoire.net: La première édition de Ciné Droit libre vient de prendre fin. Etes-vous satisfait de l'organisation ?
Sangaré Yacouba: Oui dans l'ensemble même s'il y a quelques difficultés. La première journée de projection s'est déroulée difficilement à l'Université avec un petit public. Cela dit, notre premier défi était d'abord d'organiser ce festival. Ce que nous avons réussi. Même si, hormis le Goethe Institut dont je salue au passage la directrice générale, Mme Verena Passig Oulaï, nous n'avons pratiquement pas eu de soutien au plan local. Notre ambition était avant de porter sur les fonds baptismaux, ce festival. Et je pense modestement que nous l'avons réussi.
Vos attentes ont-elles été comblées ?
Nous sommes globalement satisfaits de cette première édition de Ciné Droit Libre à Abidjan. Nous voulions, à travers des films engagés, susciter le débat autour des questions des droits de l'homme et surtout inciter les gens à l'action, à se mobiliser pour la défense des droits humains. C'est pourquoi, nous avons choisi des films qui abordent des sujets qui titillent les consciences et parfois révoltent, tant qu'ils captent de façon saisissante certaines dures réalités de ce monde. A ce niveau, nos attentes ont été largement comblées car nous avons vraiment durant ces quatre jours qu'a duré le festival, amener les gens à prendre conscience un tout petit peu de graves violations de droits de l'homme qui pullulent hélas sur la planète.
Comment le public a réagi à cette première édition ?
Favorablement si on s'en tient aux réactions et débats d'après projections. Cette première édition de Ciné Droit Libre à Abidjan a montré qu'il existe effectivement un public pour les films qui promeuvent les droits humains. Vous qui avez suivi de bout en bout ce festival, vous avez dû constater que les débats étaient très animés autour des préoccupations que soulevaient les films. C'est la preuve pour nous que le public a adhéré à l'esprit de ce festival dont le crédo est justement de libérer la parole autour des sujets qui dérangent et que personne n'ose aborder. A Ciné Droit Libre, la liberté d'expression est sacrée, surtout quand il s'agit des droits humains.
Beaucoup d'organisations de la société civile et d'organisations de droits de l'homme ont été invitées à ce festival. Mais il semble qu'elles n'ont pas répondu massivement à l'appel. Qu'en est-il ?
Effectivement, beaucoup d'organisations qui militent pour les droits de l'homme en Côte d'Ivoire n'ont pas répondu massivement à notre appel. Pourtant, nous les avons adressé des invitations. Seul un représentant du MIDH( Mouvement ivoirien pour les droits humains) était présent au forum que nous avons organisé le samedi 12 juillet dernier au Goethe Institut et qui avait pour thème, « Médias, paix et élections ». Le président de la Lidho, M. N'Gouan Patrick, devait y être, mais suite à un empêchement il n' a pu honorer ce rendez-vous. Pour les autres, nous ne savons pas pourquoi, ils ne sont pas venus. Toutefois, nous avons bénéficié du soutien du Pr Dégny Séguy et du doyen de la Faculté de Droit de l'Université de Cocody, Pr Mélèdje Djédjro, deux éminents juristes de ce pays, c'est énorme. Cela dit, pour nous l'essentiel, c'était d'abord de lancer ce festival, qui est avant tout destiné au grand public. Je voudrais par ailleurs remarquer que la lutte pour les droits de l'homme nous concerne tous. Elle n'est pas l'apanage de ces organisations. Chacun à son niveau, quelque soit son rang social, doit se sentir concerné par les questions des droits de l'homme et prendre son bâton de pèlerin pour mener la sensibilisation dans son entourage. Les droits de l'homme ne doivent pas être uniquement une affaire de la Lidho, du Midh, ou encore de l'APDH (association pour la promotion des droits humains), mais de tout le monde. Vous, moi et nous tous.
Comment avez-vous jugé la qualité des débats qui ont eu lieu après la projection des films ?
Assez bon. C'est l'une de mes satisfactions de ce festival. Les débats étaient riches et pertinents. Par moments, il y a un peu de passion mais les échanges étaient enrichissants. Cela nous réconforte beaucoup et surtout nous achève de convaincre qu'il y avait bel et bien un besoin de ce type de festival.
Il semble que le public a apprécié le forum " Médias, Elections et paix en Côte d'Ivoire ". Est-ce parce que le sujet est d'actualité ?
Oui et aussi parce que les intervenants étaient de qualité. Je profite de vos colonnes pour dire un grand merci à ces trois brillants intellectuels qui ont gratifié ce forum d'interventions enrichissantes. Il s'agit de M. Samba Koné, journaliste et ex-président de l'Olped, des Professeurs Séry Bailly et Mélèdje Djedjro. Je salue aussi Dr Fatoumata Traoré, vice-présidente de la CEI( Commission électorale indépendante) qui a enrichi les débats avec de pertinentes réflexions. Ce sujet nous l'avons choisi à dessein, afin qu'il cadre avec le contexte actuel de sortie de crise. Dans quelques mois les élections vont se tenir, nous avons tous intérêt à ce qu'elles se déroulent dans la paix et tranquillité. Car le désordre ne profite à personne.
Ceux qui ont vu les films ont apprécié. Cependant, ils ont souhaité que les projections se fassent à l'avenir dans les espaces publics, histoire de rapprocher le septième art de la masse populaire. Partagez-vous cette préoccupation ?
Totalement. Vous avez parfaitement raison. Nous y avons pensé mais compte tenu du fait que notre budget était très modeste, nous avons préféré nous limiter à trois sites : le Goethe Institut, l'Université et le Palais de la culture de Treichville. Pour la prochaine édition, en 2009, nous irons vers la masse populaire. C'est promis. Mais déjà en attendant, nous allons initier dès le mois d'août des projections de films itinérantes, suivis de débats dans les différents quartiers populaires d'Abidjan et dans certaines villes du pays. Je tiens à rassurer le public que le combat pour les droits humains ne fait que commencer.
Un bilan à dresser après cette première édition ?
Je dirai qu'il est globalement positif. Nous avons su créer un public captif sensible aux questions des droits humains. Toutes les activités du festival se sont déroulées dans de bonnes conditions. L'atelier de formation sur le film documentaire que nous avons initié au Goethe Institut a connu un succès retentissant. On attendait 30 personnes, on en a eu une quarantaine. C'est un motif d'encouragement. De plus, les gens assistaient jusqu'à des heures tardives aux projections. Tout cela dénote d'un réel intérêt pour ce festival. Enfin, nos invités sont tous repartis satisfaits de cette première édition de Ciné Droit Libre à Abidjan. C'est vous dire que le bilan est positif. Pour autant, nous ne dormirons pas sur notre laurier. Nous considérons cela comme une invitation à redoubler d'ardeur au travail et mieux faire l'année prochaine.
Comment jugez-vous que l'ONUCI partenaire de ce festival s'est au dernier moment refusé d'assister à la projection des films et au forum ?
Je voudrais d'abord expliquer qu'après avoir entretenu de l'espoir de nous soutenir, l'Onuci s'est finalement résolue à ne pas nous accompagner. Elle n'était donc pas partenaire. Si son logo a figuré sur nos affiches et flyers, il y a une explication. En fait, quelques séances de travail avec eux, ils avaient souligné la pertinence de ce projet et manifesté une envie de nous accompagner après bien entendu avoir mené leur enquête. Malheureusement, ils ont mis du temps à se décider. Entre-temps, les jours avançaient. Après leur avoir donné un délai d'une semaine pour se décider, nous avons lancé l'impression des supports de communication en espérant qu'ils soutiendraient le projet car ils nous avaient demandé de repousser justement la date d'impression des affiches et flyers, le temps qu'ils se décident. Et ce n'est qu'à six jours de la manifestation, qu'ils nous ont fait part de leur décision de ne pas accompagner CINE DROIT LIBRE à Abidjan. Sans toutefois nous donner une explication précise. Voilà.
Pensez-vous réellement que la situation des droits de l'homme en Afrique et également dans le reste du monde préoccupe les gouvernants ?
Non, sinon, il y aurait de moins en moins de violations des droits de l'homme. Je ne suis pas très surpris par cette situation car les gouvernants n'ont pas de scrupules, encore moins d'amis. Ils n'ont que des intérêts. Les droits de l'homme, ils s'en soucient peu et c'est regrettable. Car respecter les droits humains peut être aussi un facteur de développement pour un pays.
Quels sont les films qui ont particulièrement retenu votre attention et pourquoi ?
Tous les films ont retenu mon attention parce qu'ils abordent tous des sujets certes divers mais aussi pertinents les uns et que les autres. Toutefois, j'ai éprouvé de la révolte face aux images saisissantes de « J'ai serré la main du diable » de Peter Raymont qui évoque avec beaucoup d'émotion le génocide rwandais. J'ai aussi été stupéfait de savoir, à travers « Sida le doute » de Djamel Tahi, que le test du Vih Sida n'était pas du tout fiable à 100 %. Et qu'une personne peut être déclarée séropositive alors qu'elle ne l'est pas. Chose grave, d'autant qu'elle peut bouleverser à jamais la vie d'un être humain. Nous avons au cours de ce festival vu de très bons films engagés qui nous interpellent tous sur les questions des droits de l'homme ?
Un mot en guise de conclusion.
Un grand merci à tous ceux qui ont bien voulu consacrer un peu de leur énergie et de leur temps à ce festival. Merci particulièrement au portail Rezoivoire qui n'a ménagé aucun effort pour soutenir ce festival. Rendez-vous en 2009 pour la deuxième édition de Ciné Droit Libre.
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