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Antoinette Konan: «La télé est devenue une mafia» Morisson Kassi [ 25/6/2008 ]
Le 14 Mars 2008, la vieille mère, comme on l'appelle affectueusement, était en concert live pour célébrer ses 25 ans de carrière musicale au Palais de la Culture de Treichville. 25 ans de constance, de prestance avec un public résolument acquis à sa cause. A quelques heures de ce concert, dont les fonds seront versés à la Ligue Ivoirienne de lutte Contre le Cancer (LICC), Antoinette Konan revient sur sa carrière.
25 ans de carrière musicale, ça fait beaucoup. Pourquoi avoir choisi ce moment pour le célébrer ?
Comme on le dit souvent, il y a un temps pour tout. C'est un rendez-vous qui relate tout ce que j'ai eu à vivre de positif comme de négatif. Sans toutefois oublier que ce sont ces faits qui m'ont permis d'acquérir toute cette expérience.
Pourrez-vous nous parler de vos débuts parce que nombreux sont ceux qui n'étaient pas encore nés.
Mes débuts n'ont pas été difficiles. Car j'ai eu la chance d'être entourée d'icônes de la musique africaine telles que Manu Dibango, Boncana Maïga, Aïcha Koné etc. Et c'est en 1984, que j'ai fait mon premier album.
Vous sortez votre premier album en 1984. Qu'attendiez vous à l'époque ?
En 1984, j'étais bien partie. Mais, j'étais à cheval entre mes études et la musique. J'étais donc dans l'embarras de choix. Je m'interrogeais à tout moment. Fallait-il que je me jette vraiment à l'eau pour la musique au détriment de mes études ou ne faire juste qu'un bref passage? Je n'ai pas hésité pendant longtemps avant de me décider. J'ai finalement opté de me lancer corps et âme dans la musique.
Pourquoi avoir opté pour la musique tradi-moderne alors que vous étiez entourée d'artistes qui faisaient de la variété ?
C'est vrai ! Mais j'ai fait la rencontre de M. Koko Amédée qui a beaucoup influencé mon choix. C'est lui qui m'a encouragée à opérer ce choix.
On ne peut pas parler de Antoinette Konan sans faire allusion à l'instrument musical «Ahoco». Pourquoi le choix de cet instrument ?
Je voulais faire la promotion d'un instrument africain. C'était là mon objectif premier. Aussi je voulais mettre en relief les conseils de M. Koko Amédée. Et je crois que je n'ai pas eu tort. Aujourd'hui, l' «Ahoco» est devenu un instrument international.
Pourquoi abordez-vous fréquemment les messages d'amour, d'éveil de conscience et d'espoir dans vos chansons ?
Je pense que c'est pour cela qu'on m'appelle la vieille mère. Je suis à l'aise quand je donne des conseils. C'est relatif à mon vécu. Je voulais donner de véritables enseignements de la vie à ce public qui a joué un rôle important dans ma carrière.
Après votre premier album, en 1986, vous sortez deux albums. Signe d'un trop plein d'inspiration ?
Trop plain d'inspiration, je ne sais pas. J'avais beaucoup à dire, à chanter. Je voulais remercier ce public formidable qui ne cessait de m'encourager tant en Côte d'Ivoire qu'à l'intérieur du pays. Et du moment où le public apprécie, je suis toujours prête à produire quelque chose.
En 1990, il y a eu l'éclosion du zouglou, une musique urbaine. Comment avez-vous vécu ce choc de ces 2 styles ?
Il n'y a pas eu de choc. C'était 2 styles parallèles et différents. C'était une musique urbaine et moi, je faisais de la musique tradi-moderne. Chaque musique suivait sa voie.
Mais le zouglou s'est imposé en un laps de temps?
C'est tout à fait normal. Parce qu'à l'époque, le zouglou était une trouvaille des étudiants. Cette musique mettait en exergue les tares de la vie estudiantine. Des tares qu'il fallait exprimer à travers un langage que tout le monde pourrait comprendre.
Avec l'avènement de cette musique, est-ce que la musique tradi-moderne a pris un coup ?
Pas du tout ! Parce que ce sont 2 styles différents. La musique tradi-moderne a toujours existé. Elle a ses fans. A chacun son époque.
Vous parliez tantôt d'époque. En combien d'époque diviseriez-vous votre vie d'artiste ?
Je dirais quatre époques. Le temps où il m'a fallu émerger pour me faire connaître. Le temps de l'éveil de ma conscience. Le temps où il a fallu réagir face à une situation donnée. Et finalement, le temps de jouer pleinement mon rôle d'artiste.
A quoi faites-vous allusion quand vous dites jouer votre rôle d'artiste?
Je veux dire qu'un artiste doit marquer son temps. En donnant des messages qui éveillent la conscience de son public.
Pensez-vous que ce rôle est joué par les artistes ?
Nous sommes nombreux. Certains s'y attèlent. Par contre d'autres sont carrément hors sujet. Mais, ils ont leurs visions.
En embrassant cette carrière en 1984, pensez-vous atteindre cette notoriété et aussi une longue carrière ?
A un moment donné, j'ai constaté que j'étais incomprise par le public. A force de côtoyer les gens à l'extérieur, j'ai pris conscience. Mais une carrière a toujours des hauts et des bas que chaque artiste vit inéluctablement.
Quels sont ces hauts et bas qui vous ont marqué tout au long de votre carrière ?
Le fait positif, c'est toute ma vision qui m'a permis d'acquérir cette notoriété. Par contre les faits négatifs sont liés calomnies dans le milieu du show-biz.
Parlant de calomnie, avez-vous été victime de cela ?
Quel artiste n'a jamais été victime de calomnies. Malheureusement, ce sont les artistes femmes qui en sont plus victimes.
Mais, il n'y a pas de fumée sans feu, dit-on ?
C'est un fait. Mais, les gens racontent n'importent quoi. Pour beaucoup, les artistes femmes ne peuvent pas avancer sans coucher avec quelqu'un. Si quelques-unes l'ont fait ou le font, moi, je n'ai pas eu recours à cette pratique. On m'a appris à gagner tout à la sueur de mon front. C'est dur mais à force d'acharnement, on y arrive toujours. Voyez, par exemple, la télé est devenue une vraie mafia.
Ah bon !
Oui. N'avez-vous pas fait la remarque que ce sont les mêmes artistes qui défilent en longueur de journée sur les antennes.
Peut-être que ce sont les meilleurs ?
Les meilleurs, j'en doute. Certains, oui, mais pas eux tous. La télé a choisi ses artistes. Beaucoup de gens aujourd'hui qui travaillent à la télé sont producteurs d'artistes. Ils privilégient donc leurs artistes. Qu'on loge les artistes sur la même enseigne, vous verrez par vous-mêmes.
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