
Bonne et heureuse année 2009 !
Une année vient de s'écouler… Une année encore où le soleil africain a brillé par les bêtises de ses fils. Des fils qui continuent d'offrir au monde un spectacle d'une hideur sans nom : Putschs, rébellions, guerres, bandes armées, seigneurs de la guerre, enfants-soldats, pirateries.
Immigration de la misère, fuite des cerveaux... Famines, pandémies, mauvaise gestion, corruption, trafic en tout genre. Des maux qui n'ajoutent rien à la gloire d'un continent défiguré par des prédateurs qui se constituent des fortunes et des empires sur le dos du peuple.
Comment peut-on s'en étonner lorsque des dictatures, drapées dans des oripeaux de la démocratie se multiplient et avec eux les « hommes-providence » et les présidents « à vie » ? Ces vampires de sinistre réputation continuent de bâtir et de fortifier leur pouvoir à la sueur et au sang de leur peuple. Pendant que le monde est en mutation, l'Afrique en est encore et comme toujours à la traîne, à regarder passer le train du progrès et de la modernité.
Vers quelle destination se dirige un tel peuple qui absorbe tout ce qui vole en matière de concepts étrangers sans jamais les remettre en question ? Vers quelle fin tragique court donc ce peuple qui lutte systématiquement contre ses sources génératrices de progrès ? En effet, dans nos tristes sociétés africaines, il suffit d'essayer de briller pour être confronté à toutes sortes de difficultés. C'est une insulte que d'y faire honneur à quelqu'un qui a mieux réfléchi... Dans nos villages, les sorciers ne « tuent » jamais les cancres. Leurs victimes sont toujours les meilleurs éléments de la communauté. Combien sont-ils les cadres qui sont morts pour avoir voulu participer au développement de leur village ? Combien sont-ils les hommes politiques qui sont combattus avec une haine vénéneuse, juste parce qu'ils ont de meilleurs projets pour leur peuple ?
Qu'espère l'Afrique quand ses jeunes se méprisent au point d'ignorer leur propre Histoire ? Soundjata Kéita, Samory Touré, Chaka Zulu, Behanzin, Ablah Pokou, Sarraouina, Marcus Garvey, Kwamé N'Kruma, Frantz Fanon, Cheick Anta Diop... effacés de notre mémoire. A jamais. Quelle société se projette-t-elle quand toute une génération se consume dans la perversité et le superficiel ? De quoi rêvons-nous pour nos enfants ? Quel héritage leur léguer ? Quel profil de citoyen voulons-nous dans cette société sans sève nourricière ? Mais enfin !...
Pour cette année 2009, rêvons d'une Nouvelle Côte d'Ivoire au moment où elle négocie un autre virage dangereux de son histoire. Et que ce rêve s'articule autour de la restauration des fils cassés par cette crise multiforme. Pour reconstruire la Nation ivoirienne. Creuset où doit se fondre tous les Ivoiriens.
Que chaque Ivoirien revienne de son illusion d'être seul, pour partager cette Terre avec tous ses frères. Oui, vibrer ensemble pour de nouvelles valeurs. Bâtir ensemble, irréversiblement unis, une Nation. Pour réaliser le difficile selon Confucius : la Paix. Ce qui exige un consensus permanent. Une tolérance quotidienne de l'autre, de mon frère différent de moi. Autant dans sa culture que dans l'expression de sa liberté, de ses opinions, de ses projets et de ses rêves. Alors pourquoi prédire l'apocalypse ? Là où l'élection présidentielle de 2009 ne sera qu'un jeu fraternel. Avec pour seul objectif, la victoire du peuple Ivoirien.
Rêvons cette année d'une Côte d'Ivoire d'amour, de paix, d'égalité, de liberté, d'unité, de solidarité, de justice pour tous, d'éducation et de santé pour tous. Du partage équitable de la prospérité nationale (...). Car la misère est en train de dépasser toutes les limites du supportable et de l'acceptable.
Que 2009 marque la fin des discours politiques pour passer à des actions plus concrètes. Afin de mettre fin à la souffrance des Ivoiriens… Les discours ne sont pas une thérapie. Au contraire, ils montrent à quel point nos hommes politiques sont étrangers à la réalité sociale qu'ils prétendent évoquer. A la vérité, les discours politiques ne satisfont que leurs auteurs. A l'image des funérailles qui n'ont de sens que pour les vivants.
En effet, quel sens peuvent avoir des discours pour un enfant dont le père est au chômage depuis 2002 et qui a de fortes chances d'être lui aussi au chômage, ainsi que ses frères et sœurs ? Quel est le sens de ces discours quand les hôpitaux ne sont plus rien d'autres que des mouroirs ? C'est quoi des discours à un moment où l'école est quasiment inexistante ?
Oui, pourquoi des discours quand l'immoral prend la place de la morale ? Quand l'anormal se substitue au normal… Une commutation des valeurs, au fil d'une déliquescence incontrôlée de l'éthique. Que peuvent bien faire des discours quand le vice a fini par se suppléer à la vertu ? Dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Quelle signification donner à des discours quand nos enfants naissent et grandissent dans un climat de tricherie, de corruption, de médiocrité et de recherche de gain facile… servis en quantité comme modèle ?
Qu'en 2009 les parents se réapproprient l'éducation de leurs enfants… Et que les hommes politiques s'oublient quelque peu pour accompagner les populations vers des voies plus lumineuses. Car tant que ce sera le même égoïsme, la même indifférence à la misère, à la souffrance des populations. Tant que la spiritualité sera folklorisée, commercialisée, mal comprise et portera le lourd manteau de l'intolérance, les plus beaux rêves de paix et de développement seront vains.
Pour cette nouvelle année, il nous faut un Etat fort. Un Etat qui consolide un cadre politique et économique viable. Fondé sur le respect scrupuleux des droits des citoyens… Qu'en cette nouvelle année nos intellectuels soient les ouvriers passionnés de la modernisation et du développement de notre pays. A l'instar des philosophes européens du XVIIIe siècle, qu'ils libèrent de tous les freins la Côte d'Ivoire dans sa marche vers le progrès. Et les Ivoiriens de comprendre l'immense enjeu du processus de sortie de crise rendu irréversible par l'APO. Cet accord ne sera rien si nous n'y mettons pas notre volonté inébranlable d'aller à la paix. Il nous faut savoir, comme l'indique Ueshiba Morihei, fondateur de l'aïkido, que : « La Paix n'est pas facile. C'est un combat sans merci, une lutte contre les désirs maléfiques et toutes les faussetés qui les accompagnent... ».
Une Côte d'Ivoire Nouvelle, consciente de ses atouts et de ses faiblesses et déterminée à s'engager résolument dans la voie de l'unité retrouvée et du développement est tout à fait possible... Notre pays mérite notre Amour. Aimer la Côte d'Ivoire, c'est s'investir totalement dans son développement. Aimer la Côte d'Ivoire, c'est non seulement se préoccuper de nous-mêmes et de nos proches, mais aussi du sort de tous nos compatriotes d'où qu'ils viennent.
Malgré l'anxiété des questions sans réponses, l'intolérance et l'inégalité qui nous agressent, nous devons être des semeurs infatigables de Paix. C'est vrai que nous luttons à armes inégales contre certaines injustices. Mais la Paix et l'Amour peuvent venir à bout de la violence et de toutes les haines engendrées par la soif de pouvoir de certains d'entre nous… Nous avons besoin aujourd'hui de tirer les grandes leçons de tout ce qui nous est arrivé. Regardons en arrière, mais surtout en avant. Pour espérer beaucoup en l'année 2009. Car l'espoir aide à surmonter bien des difficultés.
En tous cas, je souhaite à tous que 2009 soit bonne et heureuse. Que nous puissions vivre nos petites joies et nos petites peines en bonne santé. Que nous soyons plus attentifs, plus solidaires envers l'autre. Il y a tellement de choses dont on rêve et qu'on souhaite à soi même et à ses frères ! De bonnes rencontres... de nouvelles amours... des amours pérennes... moins de stupidités à la télé... des rues propres... des routes plus sûres... des hôpitaux plus humains… une Ecole qui fonctionne réellement… un peuple discipliné et responsable… une société moins « si vile »… mais aussi et peut-être surtout, du travail pour ces milliers de jeunes désespérés.
Frères Ivoiriens, cette année 2009 doit nous faire prendre conscience que tout dépend de nous… « Que si le pays s'enfonce dans le chaos, c'est notre faute. S'il stagne, c'est encore à cause de nous. Et si le pays avance vers le progrès, c'est grâce à nous. Qu'il n'y a pas d'hommes providentiels ni de messie. Le démiurge, c'est le peuple. Les mains magiciennes ne sont en définitive que celles du peuple. »
Bon 2009 à tous !