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Quand le cacao ivoirien enrichit le Burkina Faso
De notre envoyé spécial à Fengolo

Le Burkina Faso, grand exportateur de cacao. Qui l'eut cru ! A la faveur de la crise ivoirienne, le Burkina par un trafic illicite de cacao, s'est positionné comme un grand exportateur de de ces fèves précieuses. Quand on sait qu'un seul plant de cacao ne pousse dans ce pays, il y a de quoi s'étonner.


Quand le cacao ivoirien enrichit le Burkina Faso

Situé à 5 Km de Duekoué, le village de Fengolo est devenu la plaque tournante de ce commerce honteux et à la fois juteux sous le regard appropateur des Forces onusiennes puisque le village est situé en zone de confiance. Autant dire que Fengolo est un véritable Port sec. Il nous est revenu de façon récurrente que durant la précédente campagne, le Burkina a exporté près de 200.000 tonnes de cacao. Par quel stratagème cela a-t-il pu être possible? Pour mieux comprendre cette nouvelle donne, nous nous sommes rendus à Fengolo où il existe le fameux Port appelé " Port sec".

Le port sec

La notion de « Port sec » renvoie au fait que c'est un endroit d'embarquement du café et du cacao sur des véhicules KIA et autres grumiers. Acheteurs et vendeurs se donnent rendez-vous en ce lieu. Plusieurs camions y sont stationnés. C'est un vaste marché où on trouve tous les petits métiers liés au trafic du cacao. Ceux qui vendent et achètent le cacao sont en majorité des burkinabé. Les anciens manoeuvres se sont mués en vendeurs. Selon des témoins, ces derniers se sont accaparés des plantations de leurs patrons qui ont fui la région pour cause de guerre. Des allogènes baoulés revenus sur les lieux sont obligés de partager leurs récoltes avec quelques autochtones guéré au risque de se voir déposséder de toute la plantation.

Des personnes bien informées que nous avons trouvées sur place nous ont confié la main sur le coeur que les acheteurs burkinabés sont pour la plupart financés par des pontes de la rébellion.


Un quartier de Fengolo

Dans ce trafic illicite il y a aussi un DUS (Droit de Sortie Unique) qui semble-t-il, est perçu lors de la traversée de la zone sous contrôle des rebelles. Ce DUS s'élève à 250F/ Kilo N'ayant pas pu aller au-delà de Fengolo, il nous a été difficile de vérifier cette information. Renseignements pris sur place, il ressort qu'à Fengolo, les opérateurs sont à l'écoute de la Bourse Café Cacao qui annonce officiellement le prix indicatif. Le prix qui a cours à Fengolo oscille entre 350 et 400 Fcfa. Nous avons noté que le financement de la campagne était le dernier de leur souci. Fengolo étant en zone de confiance, elle échappe du coup aux Forces de Défense et de Sécurité et est placée sous l'autorité des soldats bengladeshis de l'ONU. Cette passivité de ces derniers qui ressemblent à une complicité a heurté notre bon sens. En nous amusant à faire un petit calcul sur la base de ce qu'on nous avait dit à propos du DUS, ce sont environ 50 millions qui entrent dans les caisses des autorités des Forces Nouvelles si nous considérons que c'est effectivement 200.000 tonnes qui passent par le Port sec de Fengolo. Cette guerre et ce trafic illicite de cacao qui en découlent ont fait passer Fengolo du statut de petit village à celui de pôle économique. Souvenez-vous que Fengolo a été le théâtre d'affrontements sanglants entre autochtones et allogènes sous l'ère Bédié. Aujourd'hui encore cette bourgade est sous les feux de l'actualité. Et dire que c'est à partir de Fengolo que la Côte d'Ivoire perd la mirobolante somme de 50 millions !

Cette enquête nous a permis de comprendre à quel point la guerre pouvait changer les données économiques. C'est sûr que si la guerre se prolonge, le pays des hommes intègres -cela reste à vérifier- deviendra l'un des grands exportateurs de cacao au monde.

Raymond Alex Loukou, envoyé spécial à Fengolo

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