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Le guide de la diaspora

Rencontre avec Claudia Tagbo
Interview réalisée par Ida ZIRIGNON  [ 22/7/2007 ]

Entre deux tournages, « Portraits de la diaspora ivoirienne » a rencontré cette semaine Claudia Tagbo, surnommée par la presse africaine « L'ivoirienne de TF1 ». Une des rares exceptions dans ce milieu. Car « l'invisibilité des Noirs que l'on fait mine de découvrir ces derniers temps dans l'audiovisuel français trouve sa pareille au cinéma ».

Claudia Tagbo est un de ces miroirs d'Afrique dans lequel on aurait envie de se mirer... Très joli port de tête, un rire franc, de l'énergie à revendre, un enthousiasme contagieux, le bonheur et la beauté incarnés...

Ida ZIRIGNON: Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Claudia TAGBO: Mon nom est Claudia Tagbo, d'origine ivoirienne, comédienne. Je suis née à Abidjan. J'ai grandi à Alès (dans le sud de la France) où je suis arrivée à l'âge de 13/14 ans.

Quels sont vos rapports avec la Côte d'Ivoire sur le plan biographique ?
Toute ma famille est ici. Disons que le plus important est ici à part ma grand-mère que j'adore.

Et sur un plan strictement familial, connaissez-vous l'histoire de votre famille ?
Oui je la connais parce que j'ai les pieds bien ancrés dans le sol, je me perdrais sinon. Je suis bété de Gagnoa. Plus précisément ma mère de Bobia et mon père de Oni Tabré.

Quelles sont les circonstances qui vous ont fait quitter la Côte d'Ivoire ? Et pourquoi avoir choisi la France pour émigrer ?
Ma mère est arrivée la première pour des raisons professionnelles, ensuite ce fut mon père avec nous. La France représentait une autre ouverture possible, sinon ça aurait pu être un autre pays. Le Canada par exemple qui me parait plus « roots » et où il existe moins d'à priori et de peur vis-à-vis des étrangers. Ou le Danemark avec son ouverture d'esprit semble être une société moins sclérosée… Alors que la France est beaucoup plus conservatrice.

Quelle place occupe la Côte d'Ivoire dans votre vie de tous les jours ?
La Côte d'Ivoire par petites touches : je mange africain et si ça ne tenait qu'à moi, ça serait tous les jours (rires !!!). Dans mon éducation, dans mon énergie intérieure, je me sens citoyenne du monde.

Vous êtes l'une des rares comédiennes de la diaspora à avoir réussi à vous imposer dans le monde du spectacle et du cinéma ici en Europe. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?
En fait, je suis passionnée par le théâtre depuis mon plus jeune âge. Après mon baccalauréat, j'ai tenté le conservatoire de Montpellier mais sans succès. J'ai donc débarqué à Paris en 1998 pour suivre des études de théâtre à l'Université Paris VIII, Saint Denis. Je n'ai pas soutenu ma maîtrise en arts du spectacle option théâtre au grand désespoir de mon père. Je voulais passer à la pratique. Claude Buchvald m'a fait travailler dans Appel à poète de Paul Eluard et l'opérette imaginaire de Valère Novarina. J'ai ensuite travaillé avec Pascale Siméon dans Marisol de José Rivera. C'est aussi l'époque de mes début au cinéma avec mon premier court métrage « Lettre à Abou ». Les choses se sont enchaînées comme ça.

Justement, vous êtes en ce moment sur le tournage de la 3ème saison de R.I.S - Police scientifique - (pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'une série diffusée sur TF1 à une heure de grande écoute et inspirée de la célèbre série américaine « Les Experts »). Pouvez-vous nous parler de votre personnage ?
Martine Forest, le rôle que j'incarne est lieutenant de la police judiciaire. Elle en a bavé pour gravir les échelons. Elle aime un homme marié, est très croyante, active, très généreuse… J'ai été séduite par son côté déterminé, dynamique et énergique. Et comme le film évolue au fur et à mesure des jeux des acteurs, c'est un moule dans lequel je peux la tirer plus en travaillant à la fois avec l'auteur et le réalisateur….

Quand on regarde votre palmarès, ce qui est frappant, c'est votre filmographie et la diversité des rôles que vous interprétez. Depuis 2001 vous enchaînez les tournages, pour rappel je vais citer : « Fatou la malienne » de Daniel Vignes prix Fipa d'or 2001, 7 d'or 2001 ; « lettre à Abou » de Emilie Deleuze (votre premier court métrage) ; « mama Aloco » ; « la valse des gros derrière » de Jean Odoutan ; la « dictée » de Meiji U Tum'si ; « les Anges malicieux » de Fréderic Monpierre ; « Congorama » de Philippe Falardeau ; la série « R.I.S-Police scientifique » ; « ma meilleure amie » d'Elisabeth Rappeneau et j'en passe… Vous êtes en ce moment à l'affiche de « ma vie sans Meg Ryan » de Marc Gibaja et de « avatar » de Julien Leclerq. A votre avis, quels rôles vous ont fait connaître du grand public ?
Mon énergie m'a fait connaître. Je pense que ce monde est grand et que chacun y a sa place. Il arrive à un moment donné, qu'on ait l'impression d'être comme un papillon qui sort de son cocon. On se fait remarquer, les gens vous font confiance et ça marche !!!! Je commence à être visible. Il y a des gens qui veulent travailler aujourd'hui avec Claudia Tagbo. En général nous les africains acceptons de partager que quand on a bien bouffé et qu'on est plein. Heureusement que ça commence à changer. Parmi nos frères noirs, par exemple des marques comme Dia m'ont approchée pour l'habillement et Iman pour le maquillage, ça fait plaisir. Mais pour répondre à ta question, je pense à la Dictée, un film intemporel, irréel. Et pourtant, il ne faut pas chercher loin. Il y a des gamins en bas de mon immeuble qui vivent ces situations. Il faut dire que c'était la première fois qu'on me confiait un rôle principal. Je pense aussi à Congorama, j'étais conquise par le personnage et je me suis dit que je pouvais apporter quelque chose à ce rôle. Maintenant, on aime ou on n'aime pas. Et pour finir, je pense à Martine Forest qui m'a introduite dans les maisons.

Vous considérez vous comme une artiste tout court ou comme une artiste noire ?
Comme une artiste tout court. J'ai en fait découvert que j'étais noire seulement à l'âge de 9 ans. En plus, c'était à Abidjan. Ma meilleure amie, une française est revenue de vacances avec des tâches de rousseur, j'en ai fait une maladie, et lorsque j'ai demandé à mon père pourquoi je n'en avais pas, il m'a répondu que c'est parce que je ne suis pas blanche. Mon père m'a toujours encouragée à ne pas m'arrêter sur la couleur de la peau. Il m'a toujours poussée à aller de l'avant en me disant, si tu veux faire ce métier, fais le mais surtout, n'aies pas honte de toi.

Avez-vous déjà été confrontée à des difficultés à cause de votre couleur de peau ?
J'ai rencontré les mêmes difficultés que toutes les comédiennes. Je n'ai pas vu dans le regard du directeur de casting que je n'étais pas à ma place. On m'a souvent reproché d'être grosse mais pas noire. (Rires !!!!)

Quand on regarde le cinéma français/européen, on a l'impression que les comédiens noirs sont toujours cantonnés dans un certain type de personnages. Comment le ressentez vous de l'autre côté ?
Les noirs restent une minorité dans ce milieu mais on peut dire ça aussi des blondes aux yeux bleus. On ne devrait pas s'embarrasser de ces a priori. Moi je transforme ma colère en énergie positive pour avancer…

Justement, arborer majestueusement des dread Locks, est-ce une façon de marquer votre identité, une sorte de langage visuel codifié qui affirmerait votre africanité ?
On peut le voir ainsi, mais c'est surtout que j'ai l'impression de perdre moins de temps dans la salle de bain.

Quel regard portez-vous sur le cinéma africain/ivoirien ?
Un regard de générosité. J'ai été touchée par la mort de Sembène Ousmane. C'était un grand monsieur. Il avait 90 ans. J'ai vu « Bamako » récemment, j'ai applaudi. Mais la question que je me pose c'est quand allons-nous faire des films qui ne soient pas portés sur la souffrance ?

Il y a quelque temps vous avez confié dans une interview votre envie de tourner en Afrique, y a-t-il un rôle en que vous aimeriez incarner plus particulièrement ?
Oui, mamy Watta, la déesse des eaux.

Il paraît que vous avez d'autres cordes à votre arc ?
J'étais choriste de plusieurs groupes (Barabara Akabla aux Arènes de Montmartre -Paris-1999, Alphonse Souma à la flèche d'or - Paris-1999 et Masao au stadium de Bruxelles-1999). J'ai par ailleurs fait une lecture publique « Dans le nu de la vie » pour France Culture (festival d'Avignon, 2001). Comme Réalisatrice, j'ai fait un court métrage « Confusion » qui a été récompensé au festival du court métrage africain en 2003 et la direction d'acteurs pour une pièce de théâtre « Demandez-nous pardon », en 2002…

On reproche souvent à ceux qui vivent ici de ne pas dire la vérité sur leurs véritables conditions de vie en Europe et d'entretenir en cela l'illusion sur le rêve européen, qu'avez-vous à répondre à cela ?
Je conçois qu'il faille dire la vérité mais qui sommes nous pour casser le rêve des gens ? Il ne faut pas les entretenir non plus, il faut dire aux gens que ce n'est pas impossible mais aussi leur dire voici les conditions, ne serait-ce que pour avoir son intégrité. Leur dire, voilà, moi je vis ça mais à mon avis, ils ne croiraient pas.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?
(Rires) Je ne vois pas aussi loin, que Dieu me prête vie ! Avec le Jamel Comedy Club, nous avons une tournée prévue jusqu'au 31 décembre dans toute la France, au Maroc, au Canada (festival juste pour rire) etc. Je viens de tourner aux côtés de Clovis Cornillac, Jean Dujardin, Jean Reno, "Cash", un film d'Eric Besnard qui va sortir sur les écrans en octobre 2008 ; Et "Sexe, Gombo et Attieke", un film de Haroun Mahamat-Saleh, réalisateur tchadien qui vit à Bordeaux. Je suis une boulimique du travail.

Qu'est-ce qui vous fait peur Claudia Tagbo ?
La mort. Elle est toujours là, autour de nous. J'ai perdu un être cher récemment. J'ai envie d'être dans de bonnes conditions quand ça m'arrivera… parce que ça peut arriver n'importe quand. Je suis croyante, et consciente que la vie, c'est un cadeau de tous les jours.

Vous êtes un modèle de réussite pour de nombreux jeunes, quels conseils pourriez-vous leur donner ?
De se faire plaisir avant tout et ce bonheur irradiera sur les autres. Il faut bosser, bosser…

La France pour toujours ?
(Rires !!!!!) Pour l'instant, ma tête, mes pieds et mon coeur sont là… Je prends l'avion et je voyage tous les soirs sur mon oreiller. (Rires !!!!!)

Que mettriez-vous dans la définition du rêve Africain/Ivoirien s'il en existait un ?
J'y crois. La Côte d'Ivoire pourrait être une Afrique du sud d'aujourd'hui, un pays qui rassure, soutient et accueille les autres. Et peu importe d'où on vient. La Côte d'Ivoire a le même rêve que tous les pays celui de grandir.

Contacter Rezoivoire pour l'article sur Claudia Tagbo.
Mail : crazyclaudia01@hotmail.com
Agent : Méline Saint Marc

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