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Je reviens de Grand-Bassam

Sans doute l'a-t-on dépouillée depuis 1900, de son prestigieux statut de capitale de la Côte d'Ivoire. Sans doute est-elle économiquement anémiée suite à la percée des canals de Port bouët et de Vridi. Peut-être, a-t-elle aussi été jetée simplement aux orties. Pourtant, la cité balnéaire reste digne et attractive dans un désarroi qui rélève plus d'un défaut d'initiatives que du poids et des viscissitudes de l'histoire.

Actualité nationale
Bamba A. Karim à droite, notre envoyé spécial à Grand-Bassam

Voir Grand-Bassam et…vivre !

Venant d'Abidjan, la course vers Grand-Bassam coûte moins d'une heure. Avant même de gagner la cité légendaire, un somptueux paysage de savane dominé par de géants cocotiers, s'offre au plaisir de la contemplation. De petits villages à l'architecture singulière renvoient tout aussi allègrement, la culture locale et complète avec harmonie le panorama de tout le cordon littoral. Quelques kilomètres encore et voici Grand-Bassam, la glorieuse !

Pèlerinage en terre d'histoire

Rezoivoire.net était à Grand-Bassam en juillet dernier. Nous avons découvert une cité majestueuse et bourrée de symboles. Une bourgade ancienne presqu'en marge du progrès, mais qui demeure sans complexe et pleine d'enseignement. L'entrée dans Grand-Bassam se fait par le quartier "impérial". Une voie unique et délabrée conduit directement à "la place de la paix", dominé par une géante et mirifique statue d'une bande feminine. En allant jusqu'au pied de l'oeuvre, nous reconnaissons aisément Anne-Marie Raggie et ses camarades qui restituent à notre mémoire leur marche héroïque sur la prison coloniale où étaient enfermés en 1949 des dirigeants du RDA. Nous voici donc plongés dans ce que symbolise Grand-Bassam: un vestige de l'histoire. Celle de la Côte d'Ivoire bien entendu, mais aussi de l'Afrique noire.

Evidemment, la lutte anti coloniale n'a jamais été un exercice d'école. Elle a commandé d'énormes sacrifices, un courage absolu et une profonde conviction. D'ailleurs, une littérature abondante existe qui exalte notamment le courage et la témérité de Raggie et de ses compagnons de lutte. Seulement voilà: l'étude, même approfondie des héroismes historiques n'est jamais comparable à une présence dans le champ de l'action.

Rezoivoire.net s'est donc rendu à Grand-Bassam et a repris l'itinéraire exact de la marche de ces braves femmes. Comme elles en 1949, nous avons aussi marché. Du quartier "Impérial" cette fois, jusqu'à la prison. Cela suppose un passage obligé sur le triste “pont de la liberté” à la lisière du quartier "Petit Paris" où les marcheuses ont été sauvagement battues sous ordre de l'administration coloniale…Nous y marquons un arrêt pour rendre un hommage silencieux aux combattantes. Quelques mètres plus loin et nous bifurquons à droite pour emprunter une ruelle qui fend un champ de hautes herbes. Celle-ci mène directement à la fameuse prison. Nous l'observons longuement, à défaut de réaliser des clichés (les photos de cette prison sont interdites). Cependant, nous accédons à l'intérieur et discutons avec le régisseur. Surmontée d'une haute muraille, cet illustre univers carcéral n'est plus qu'un centre délabré qui héberge de très grands criminels.

Le reste de notre visite est une suite de découvertes fascinantes: Le tout premier bureau des postes, le tout premier hôpital, le premier bureau du trésor, l'école primaire que fréquente Bernard Dadier, le Palais du premier gouverneur, le premier chemin de fer, le centre artisanal, le tout premier wharf, bref, tous les premiers de tout. Les édifices sont demeurés en l'état. Ce qui leur confère une présence authentique. La résidence du gouverneur est une oeuvre qui s'impose au regard. À l'instar des autres édifices Grand-Bassamois, elle a une fière allure qui fouette la curiosité du visiteur. Nous y pénétrons pour découvrir les secrets qu'elle renferme. Ici également, on n'a touché à rien depuis des décennies: l'immense salon, l'impressionnante veranda, le système d'aération souterraine. Nous découvrons même la vaste salle de bain du gouverneur ainsi que ce petit passage secret qui servait d'issue de secours en cas d'insurrection généralisée des populations indigènes. Le niveau supérieur comporte également de vastes pièces identiques. On y remarque de la décoration ancienne, un gigantesque tableau qui présente la toute première architecture de la ville d'Abidjan. Dans ce palais, on se rend facilement compte de l'immensité du pouvoir du locataire. On perçoit aussi ses excès et ce qui pourrait être ses implications dans la gestion quotidienne de Grand-Bassam et de ses habitants.

(Suite dans nos prochaines éditions)

Bamba Abdoul Karim, envoyé spécial à Grand-Bassam.

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