
COULIBALY Ouezzin Daniel (1909 - 1958)
Avec son ami et compagnon, l'ivoirien Félix Houphouet Boigny, le voltaïque Daniel Ouézzin Coulibaly est un des dirigeants historiques du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) des années 1945 à 1958.
Héros de la lutte anticoloniale en Haute-Volta, il était un brillant produit de la célèbre école coloniale William Ponty de Dakar. Mais plus que cela, il compte parmi les plus illustres fils de l'Afrique qui engagèrent avec détermination leur énergie dans la lutte contre l'oppression coloniale et pour l'indépendance des pays africains sous domination française.
Il naquit le 1er juillet 1909 à Pouy, un village du pays bwa, cette région de la colonie française du Haut-Sénégal-Niger qui connaîtra quelques années plus tard une révolte violente des populations contre les exactions du colonisateur, suivie de la répression la plus féroce que le pays ait connue.
Il fit ses cycles primaire et secondaire à Ouagadougou, puis fut admis à l'école normale William Ponty. A sa sortie de cette école en 1928 il fut affecté comme instituteur à Bobo-Dioulasso, puis nommé Directeur de l'école de Banfora où il fut vite remarqué par l'inspecteur d'enseignement primaire de la colonie de Haute-Volta, Monsieur Alfred Dirand. Plus tard, promu Directeur de l'école William Ponty, celui-ci se souvint du brillant instituteur voltaïque, l'appela à ses côtés comme Surveillant Général et le chargea du cours de pédagogie dans ce prestigieux établissement.
Premier africain de l'empire colonial français à avoir accédé au professorat, Daniel Ouézzin Coulibaly demeura dans ce temple du savoir colonial de 1934 à 1945, encadrant et formant les futurs instituteurs, médecins, pharmaciens, vétérinaires, administrateurs, des générations de cadres africains de l'AEF et de l'AOF. Fier voltaïque, patriote, et africaniste convaincu, il se lança très tôt dans la politique « pour faire rayonner l'option de la décolonisation totale et provoquer l'adhésion massive de la jeunesse à l'idée de l'unité africaine », un combat dont il était conscient de la difficulté. Aussi disait-il en s'adressant à ses jeunes interlocuteurs : « La lutte sera longue. Les anciens disparaîtront. Mais vous serez là, vous les jeunes, pour poursuivre notre tâche ». C'est donc tout naturellement qu'il avait fréquenté assidûment le groupe d'études communistes de l'école William Ponty, animé par des professeurs français.
En 1945, il rencontre Félix Houphouet Boigny, Médecin planteur, Président du Parti Démocratique de la colonie de Côte d'Ivoire à laquelle appartenait encore une partie du territoire de Haute-Volta. Avec lui, Ouézzin Coulibay entreprend une activité militante grandiose « une opération historique qui ne sera jamais égalée en Afrique, ni en ampleur, ni en pénétration idéologique des masses… » selon les propres termes de Félix Houphouet Boigny.
Du 19 au 21 octobre 1946 l'intelligentsia africaine réunie à Bamako, crée le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) : Ouézzin est membre de la coordination du parti. Grand tribun des foules, il savait s'adresser aux masses populaires. Pour dénoncer les injustices criantes, il créa le journal « Le démocrate ». Aussi, était-il apprécié partout dans les pays d'Afrique qu'il parcourut : Haute-Volta, Côte d'Ivoire, Guinée, Soudan, Cameroun, Niger, Congo, Nigeria, Ghana, Togo. En 1946, il fut élu Député du territoire de la Haute - Côte d'Ivoire, Conseiller Général en 1951, puis Sénateur de la Côte d'Ivoire. Le 31 mars 1957, sa coalition, le Parti Démocratique Unifié (PDU) formé de la section voltaïque du RDA et du MDV, obtient une majorité à la 3ème Assemblée Territoriale de Haute-Volta.
Aussi en qualité de Vice Président de ce parlement, Daniel Ouézzin Coulibaly constitua-t-il conformément aux décrets d'application de la Loi Cadre, un cabinet présidé par le Gouverneur Yvon Bourges. Mais épuisé par l'intense activité qu'il mena, malade, il s'éteignit le 6 septembre 1958 à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, sans avoir vu les indépendances des colonies d'Afrique Noire. Il n'avait pas 50 ans. Il fut inhumé à Bobo-Dioulasso, en République de Haute-Volta. On lui fit des obsèques nationales à Bobo-Dioulasso, à Ouagadougou, à Abidjan en République de Côte d'Ivoire.
L'Afrique venait de perdre un de ses plus dignes fils.
Source: petiteacademie.gov.bf