
L'avare et son épouse
Il était une fois un jeune homme très riche qui possédait de grands troupeaux de boeufs, de moutons et de chèvres. Son épouse connaissait bien ses défauts, elle savait où il était âpre au gain et de plus en plus pingre. Mais elle ne disait rien et s'efforçait de réduire au maximum les dépenses du ménage tandis que son mari accumulait de nouvelles richesses.
Un jour l'avare entreprit un voyage d'affaires ; au moment de son départ il confia tous ses biens à la garde de son épouse en précisant toutefois qu'il voulait retrouver tous ses animaux, sans exception lors de son retour. Sa jeune femme lui répondit de ne pas s'inquiéter à ce sujet et il partit. Or le même jour les trois frères de la jeune femme vinrent lui rendre visite. Ils furent bien accueillis par leur petite soeur qui fit égorger un poulet pour leur dîner.
L'avare revient trois jours plus tard et sa première question consistait à demander si tous ses biens étaient restés intacts. Sa femme l'assura que tout était pour le mieux, hors mis un vieux coq qu'elle avait égorgé à l'occasion de la visite de ses trois frères. En entendant cela l'avare entra dans une colère épouvantable. On avait oser le dépouiller d'une partie de ses richesses ! Dominé par la fureur, il battit si violemment sa femme qu'elle en fut cruellement meurtrie. Heureusement les gens du voisinage intervinrent et la dispute s'acheva. Le lendemain la jeune femme prit ses affaires en fit un baluchon qu'elle posa sur sa tête et elle partit se réfugier chez ses parents ; la séparation dura trois mois. Ce délai permit à l'avare de mesurer l'amour qu'elle portait à sa femme ; mais il hésitait à aller la voir car il craignait d'être éconduit. Enfin il se décida à rendre visite à ses beaux parents. En le voyant arriver ils chargèrent leur fils aîné de tuer le plus beau mouton de leur troupeau, c'est ainsi qu'il convient toujours d'accueillir un visiteur et à plus forte raison un membre de la
famille, selon les lois de l'hospitalisation traditionnelle, ce qui n'est jamais un vain mot en pays moaga. L'avare mangea à satiété but le bon dolo ancestral et s'endormit. Au réveil son beau père vint le saluer et au cours de la conversation il chercha à connaître les causes du retour de sa fille, mais le gendre éluda habilement toutes les questions. Il faut dire ici que la jeune femme avait observé un mutisme complet pour tout ce qui concernant son mari. Aussi le beau père décida de mettre un terme à leur brouille. Usant de toute son autorité il mit sa fille en demeure de d'expliquer elle y consentit. Son époux étant parti en voyage tous les biens du ménage avaient été laissés à sa garde, or le jour là ses trois frères étaient venus et elle n'avait tué qu'un vieux coq pour les accueillir. En apprenant cela son mari lui avait reproché de ne pas avoir fait égorger le plus beau de ses moutons afin de recevoir ses trois beaux frères, ils s'étaient disputés et excédé il l'avait battue.
Après avoir écouté sa fille, le vieil homme se tourna vers son gendre en lui demandant d'exposer sa propre version des faits. L'avare se contenta de répondre « je n'ai rien à dire sinon que l'homme qui a épousé une femme issue d'une famille honorable doit s'estimer comblé par Dieu » on lui recommanda plus de modération à l'égard de sa femme. Le jeune homme écouta les conseils de son beau père et jura sur ses ancêtres que plus jamais il ne battrait son épouse. Réconciliés les deux jeunes gens repartirent dans leur concession mais c'est sur le chemin de retour que se produisit la véritable explication :
« mon cher mari, voyez où vous conduisait votre avarice ! sans mon mensonge vous serez déshonoré, n'avez-vous pas éprouvé une grande honte lorsque mon père a fait égorger le plus beau de ses montons pour vous accueillir ? Et vous, êtes vous pingre au point de regretter un vieux coq qui encombrait votre basse cour ?
« ma femme, ne dit plus rien je reconnais mes torts toi par contre tu as sauvé mon honneur. Désormais je te le jure tu disposeras de tous nos biens et tu agiras selon ton coeur ».
Moralité: La leçon était bonne et ils vécurent heureux car le jeune homme tint ses promesses en remerciant Dieu de lui avoir donné une épouse bonne et généreuse. Mes chers enfants n'oubliez jamais ce qui disaient nos anciens : celui qui veut jouir de ses biens se trouvera un jour dans un gêne extrême.
Conte Peul