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Littérature

Une si longue lettre (1979) de Mariama Bâ
  [ 13/7/2007 ]


Une si longue lettre

A la mort de son mari, Ramatoulaye écrit à sa meilleure amie une "longue lettre" de confidences sur sa vie de femme et sur le comportement de son mari, dont elle dresse un portrait peu flatteur.

Elle évoque successivement leur rencontre, leur mariage, l'éducation des enfants, le traumatisme provoqué par l'arrivée de la deuxième épouse, les relations parfois difficiles avec la belle famille et les sollicitations dont elle est l'objet depuis la mort de son mari. Un livre-témoignage sur le comportement masculin, le rôle de la famille et le poids de la religion islamique dans la vie du couple et, tout particulièrement, dans celle de la mère et de l'épouse.

Institutrice de formation, Mariama Bâ est devenu avec ce livre une pionnière des lettres africaines. Son livre courageux demeure une étape essentielle dans la prise de parole féminine et reste l'un des romans africains les plus lus sur le continent.

Une si longue lettre, Nouvelles Editions Africaines, Dakar, 1979.

Mariama Bâ (1929 - 1981)
Mariama Bâ est née en 1929 à Dakar. Orpheline de mère, elle a été élevée par sa grand-mère dans un milieu traditionnel musulman. A l'époque de la loi cadre son père était le ministre sénégalais de la santé. Elle est la première romancière africaine à décrire la place faite aux femmes africaines dans la société. Elle est jugée brillante en français par ses camarades de l'Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque où, après de brillantes études, elle obtient son diplôme d'institutrice en 1947. C'est ainsi qu'elle assume sa fonction d'institutrice pendant douze ans. Par la suite, pour des raisons de santé, elle obtient son affectation à l'Inspection Régionale de l'Enseignement du Sénégal. Mariama Bâ, mère de neuf enfants, divorcée, a été l'épouse du député Obèye Diop.

Elle dit avoir subi deux influences déterminantes sur le plan scolaire :
- celle de Madame Berthe Maubert (évoquée dans le roman), qui, au CM2, organisait des cours supplémentaires pour le rayonnement d son école et qui lui a inculqué les règles grammaticales qui régissent la langue française.
- celle de Madame Germaine Le Goff, à l'Ecole Normale de Rufisque, distinguée meilleur professeur de français quand elle enseignait au Lycée « Van Vo » (actuel Lycée Lamine Gueye) et qui l'a profondément marquée.
A cela s'ajoute l'encadrement de son père. Il lui a donné le goût de la lecture en l' «inondant » de livres à ses retours de voyage et lui a appris à s'exprimer oralement en lui demandant des comptes rendus de lecture.

Son premier roman, Une si longue lettre, est publié en 1979. Cet ouvrage connaît un très grand succès aussi bien au Sénégal qu'à l'échelle internationale et est traduit en plusieurs langues. Il obtient le prix Noma en novembre 1980 à Francfort. L'auteur est décédée l'année suivante, le 17 août 1981 peu avant la publication de son second roman : Le chant écarlate publié en novembre 1981 à titre posthume. Une carrière littéraire qui s'annonçait prometteuse prit ainsi prématurément fin.

Une si longue lettre
Dans un contexte où l'écriture masculine prévalait, il y avait une volonté de la part de l'auteur de prendre en charge la cause des femmes et de faire valoir l'écriture féminine. C'est un roman féministe écrit par une femme qui réagit par rapport aux conditions de ses soeurs victimes des traditions et de la domination des hommes. Avec Une si longue lettre, Mariama Bâ est l'une des premières africaines à dénoncer les injustices faites aux femmes dans la société.

Une si longue lettre est un roman épistolaire où la narratrice Ramatoulaye, face à son impuissance devant le destin, adresse une longue lettre à sa meilleure amie Aïssatou. Dans cette correspondance, elle évoque leurs souvenirs communs, leurs destins croisés, leurs déceptions. Mariama Bâ, par le biais de la « lettre », fait un procès de la polygamie, dénonce l'ingratitude des hommes et certaines pratiques dans la société.
C'est un roman de moeurs, qui fait la peinture de la société sénégalaise. A travers cette correspondance entre deux amies, les problèmes de la femme sénégalaise sont étalés de même que les maux dont souffre la société (gaspillage dans les cérémonies, dégradation des moeurs mauvais comportements, problèmes d'éducation, mariage forcé, absence de droit des femmes
etc.).

En tant qu'éducatrice et en tant que mère, elle emprunte la bouche de Ramatoulaye pour prendre en charge certains problèmes délicats de l'éducation, de l'émancipation de la femme et de la condition des femmes.

Une si longue lettre n'est pas un roman autobiographique comme nous pouvons le penser, mais une grande partie de l'expérience de l'auteur a été transposée dans cette oeuvre.

Résumé
Une si longue lettre est conçu sous forme d'une longue lettre que la narratrice Ramatoulaye adresse à sa meilleure Aïssatou et dans laquelle elle évoque ses souvenirs. Le roman raconte les destins croisés de ces deux amies, qui sont toutes deux mariées et mères de famille et qui ont toutes deux connu des déboires dans leur ménage. Le récit a pour point de départ la mort du mari de la narratrice, Modou Fall.

Suite à la disparition brutale de son époux Modou Fall, la narratrice adresse une lettre à Aïssatou, pour lui annoncer la mauvaise nouvelle et lui raconter les circonstances de la mort de son mari et les cérémonies funéraires. C'est l'occasion pour elle de se rappeler des scènes de leur vie passée, mélange de souvenirs heureux et malheureux (enfance, études à l'école élémentaire, fiançailles, mariages, bonheur des jeunes couples, second mariage des époux, déceptions, abandon et combats quotidiens pour faire face). Le récit qui prend fin en principe avec la fin de la réclusion se prolonge avec celui de sa vie quotidienne de veuve et de ses problèmes et notamment le problème de l'éducation des enfants.

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